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Nos chroniques pour "L'âge de faire"

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Solidaire, social et écologique
Mis à jour : il y a 1 jour 14 heures

Pour un revenu minimum garanti

30 Juin 2020 - 16:25
La France a mis en place un système de protection sociale relativement généreux : couverture médicale universelle, prestations familiales, retraites publiques, allocations chômages. Celui-ci a été complété par un système de minimas sociaux, surmonté par la prime d’activité. La crise sanitaire a ajouté à ce dispositif l’extension du chômage partiel.

Certaines failles mériteraient d’être comblées : la précarisation de l’emploi doit être combattus, les faux autoentrepreneurs doivent avoir droit à une protection sociale complète, la sous-traitance doit être limitée, le temps partiel subi doit pouvoir être transformé en temps plein à la demande du salarié, les agriculteurs doivent bénéficier d’un revenu minimum (de l’ordre du SMIC). Le droit à l’emploi doit être garanti : les chômeurs de longue durée doivent se voir offrir, selon le cas, une retraite à taux plein, une formation, un emploi de dernier ressort. Une allocation spécifique (cotisant pour la retraite) doit être offerte aux jeunes à la recherche d’un premier emploi ; les étudiants doivent largement bénéficier de bourses revalorisées. Les allocations chômage doivent dépendre des derniers salaires de temps plein et la durée de versement ne doit pas dépendre de la durée cotisée.

1 050 euros par mois

Le RSA doit être revalorisé, versé automatiquement : il est maintenant possible de suivre en temps réel l’évolution du revenu de chacun ; cela doit permettre de garantir à chaque ménage un revenu minimum, qui devrait être supérieur au seuil de pauvreté (1 050 euros par mois par unité de consommation), du moins pour les familles avec enfants, les personnes engagées dans une formation ou une recherche d’emploi.
Dans cette optique (1), la mise en place d’un revenu universel n’est pas une bonne piste. Son coût sera exorbitant s’il s’agit de verser à chaque personne 600 euros par mois (300 pour les enfants) : 425 milliards d’euros, soit en net 360 milliards (compte-tenu de 85 milliards d’économies de prestations), ce qui obligerait à augmenter la CSG de 26 points, ce qui n’est pas crédible. Les classes moyennes auraient du mal à accepter une telle hausse, même si elle est partiellement compensée par ce versement de 600 euros. Cette prestation ne sortirait pas ses bénéficiaires de la pauvreté. Pour ne pas que leur revenu baisse par rapport à l’existant, il faudrait prévoir des suppléments pour les handicapés, les personnes âgées, les salariés en chômage total ou partiel et maintenir les aides au logement. Le système ne serait pas simplifié. Il est possible de mieux aider les plus pauvres à moindre coût, en ciblant vers eux des aides spécifiques.

Henri Sterdyniak, animateur des Économistes Atterrés.

1 – Beaucoup de projet dits de « revenu universel » préconisent en fait un revenu minimum garanti. .

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Augmentation de la durée du travail : un éternel retour

04 Juin 2020 - 13:49
Avec le déconfinement, l’augmentation de la durée du travail est dans l’air du temps : déclarations du Medef, ballons d’essai de ministres ou députés… Les « ordonnances COVID-19 » permettent à certains secteurs de faire passer, jusqu’à la fin de l’année, la durée de travail hebdomadaire maximale de 48 à 60 heures, par décision unilatérale du patronat.

L’Institut Montaigne (1) vient de publier une note Rebondir face au COVID : l’enjeu du temps de travail,  avec plusieurs propositions : déroger au repos journalier minimal de 11h, supprimer des jours de congés, former les salariés hors du temps de travail… et surtout étendre les « accords de performance collective » autorisés par la réforme du Code du Travail de 2017, qui, sur la base d’accords d’entreprise, « permettent de diminuer le temps de travail avec perte de rémunération ou au contraire d’accroître le temps de travail sans augmentation proportionnelle des rémunérations ». Cherchez l’erreur…
En 2014 déjà, l’Institut, dans une note plus détaillée, Temps de travail : mettre fin aux blocages, assenait le diagnostic d’un temps de travail des salariés français à temps plein inférieur à celui de tous les pays européens, avec à la clé une croissance et une compétitivité plus faibles… et un taux de chômage plus élevé !

Porter le fer dans la fonction publique

Aujourd’hui Bertrand Martinot, l’auteur de la note, reconnaît que le dispositif législatif français permet encore plus de flexibilité avec la loi El Khomri de 2016 et les ordonnances Macron de 2017. Alors pourquoi vouloir encore « assouplir quelques verrous juridiques persistants » D’abord, pour continuer à faire pression sur les coûts salariaux. Ensuite, pour porter le fer, au nom de l’« équité », dans la fonction publique. Enfin, parce qu’il faut maintenant faire sauter le seuil de majoration des heures supplémentaires. D’où les deux scénarios avancés en 2014 – progressif, poursuivre les négociations d’entreprise dans cette direction, ou volontariste, la « durée légale du travail serait supprimée et seuls seraient conservés les seuils plafonds tels que déterminés par les textes européens », avec possibilité d’une « décision unilatérale du chef d’entreprise ». Si les formulations actuelles sont plus prudentes, la ligne d’horizon est la même. Elle est fondée sur un diagnostic des causes du chômage qui montre son inanité depuis 30 ans : à court terme, la baisse du coût du travail inciterait les entreprises à créer des emplois ; à long terme, « mobiliser les facteurs de production », avec une flexibilisation maximale, élèverait la « croissance potentielle ». Cela sans se préoccuper de la demande globale ni de la qualité de cette production accrue. Or, l’après-COVID, risque de voir une aggravation dramatique du chômage, qu’une augmentation de la durée du travail ne pourrait qu’accentuer.

Stéphanie Treillet, économiste atterrée

1 – Think tank néolibéral, influent (et repris dans les grands médias), dont le comité directeur est composé notamment de grands patrons.

Numéro 152 – Juin 2020

Dossier 6 pages : Vous reprendrez bien un peu de nucléaire ?

Dangereux, générateur de déchets radioactifs, ruineux, dépassé par les renouvelables… Le nucléaire est à bout de souffle, même en France, pays le plus nucléarisé du monde. Le gouvernement cherche pourtant à le relancer, vaille que vaille. Quant à la filière, elle met en avant de nouveaux arguments pour se vendre, notamment celui… de la sauvegarde de la planète : il s’agit d’une énergie décarbonée, qui ne dérègle donc pas le climat. Alors, le nucléaire est-il en train de renaître de ses cendres ? Ou assiste-t-on au chant du cygne ?

Numéro 152 – Juin 2020 – PDF

Dossier 6 pages : Vous reprendrez bien un peu de nucléaire ?

Dangereux, générateur de déchets radioactifs, ruineux, dépassé par les renouvelables… Le nucléaire est à bout de souffle, même en France, pays le plus nucléarisé du monde. Le gouvernement cherche pourtant à le relancer, vaille que vaille. Quant à la filière, elle met en avant de nouveaux arguments pour se vendre, notamment celui… de la sauvegarde de la planète : il s’agit d’une énergie décarbonée, qui ne dérègle donc pas le climat. Alors, le nucléaire est-il en train de renaître de ses cendres ? Ou assiste-t-on au chant du cygne ?

Numéro 152 – Juin 2020

Vous reprendrez bien un peu de nucléaire ?

  • EDITO L’appli StopCovid, entre doudou et gourou / Le corona-vélo… et après ?
  • Bretagne : la pêche… en plongée
  • Femmes en Indonésie, Les pieds dans le ciment entretien Aides publiques massives : « une opportunité historique » pour changer de cap
  • Livre :  Léon, des plages à la forêt commune. Petite entreprise : livrer sans être ubérisé
  • La carte des terres en transition en Île-De-France
  • Lorgnettes : Triangle de Gonesse : là où l’agroécologie peut s’envoler / La démocratie alimentaire, ce n’est pas le vote du caddy
  • Actus : Agriculture humaine, ou agriculture 4.0 ? / La start-up nation au chevet des cadres
  • L’atelier : Une crème pour les mains / Au jardin / Couture & Compagnie / Le coin naturopathie
  • Fiches pratiques  : A vos tipis ! / Pâtes et peintures pour s’amuser
  • Diff’été l’offre saisonnière de diffusion

Dossier 6 pages : Vous reprendrez bien un peu de nucléaire ?

Dangereux, générateur de déchets radioactifs, ruineux, dépassé par les renouvelables… Le nucléaire est à bout de souffle, même en France, pays le plus nucléarisé du monde. Le gouvernement cherche pourtant à le relancer, vaille que vaille. Quant à la filière, elle met en avant de nouveaux arguments pour se vendre, notamment celui… de la sauvegarde de la planète : il s’agit d’une énergie décarbonée, qui ne dérègle donc pas le climat. Alors, le nucléaire est-il en train de renaître de ses cendres ? Ou assiste-t-on au chant du cygne ?

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Statistiques de la pauvreté et pauvreté des statistiques en Outre-Mer

08 février 2020 - 11:03
Les départements d’Outre-Mer sont-ils en moyenne plus pauvres que les départements de France métropolitaine ? La réponse à cette question, simple en apparence, est en fait loin d’être aisée : sur le site de l’Insee, l’information est difficile à trouver et parfois à comprendre.
L’Insee calcule le « taux de pauvreté » à partir d’un seuil qui correspond à 60 % du revenu médian national et qui varie selon la situation familiale. Par exemple, en 2016 (dernière année pour laquelle les statistiques sont consolidées), ce seuil est de 11 094 euros annuels pour une personne célibataire, et 14 % de la population française se situe sous le seuil de pauvreté. Une statistique de la pauvreté à deux vitesses ?

Mais qu’en est-il en Outre-Mer ? Concentrons-nous en particulier sur les départements et régions d’Outre-Mer (DROM) (1). Pour ces cinq territoires, il y a deux cas de figure. En ce qui concerne la Guadeloupe, la Guyane et Mayotte, les derniers chiffres disponibles datent de 2011. Or, ces chiffres sont calculés à partir du revenu médian local et non national, ce qui donne lieu à des taux de pauvreté bien plus faibles (puisque le revenu médian local est inférieur à celui de la métropole). Cette méthode de calcul n’a pas lieu d’être : les prix ne sont pas plus faibles dans les DROM (comme le montre la prime de « vie chère » accordée dans ces territoires pour la fonction publique). Cela signifie donc que les taux de pauvreté communiqués sur ces trois départements sont artificiellement faibles : en 2011, 20,1 % des Guadeloupéens, 30,2 % des Guyanais et 32,4 % des Mahorais sont considérés comme pauvres selon cette convention comptable (2). Si on redresse ces chiffres à partir du revenu médian national, on en conclut que 49,1 % des Guadeloupéens, 61,2 % des Guyanais et 84,5 % des Mahorais sont pauvres en 2011… soit un chiffre bien supérieur à la moyenne française.
Depuis la parution de ces chiffres, l’Insee a revu les statistiques de pauvreté concernant la Martinique et La Réunion, où le taux de pauvreté est désormais calculé comme pour la métropole. On apprend ainsi qu’en 2016, respectivement 29,8 % des Martiniquais et 39 % des Réunionnais se trouvent sous le seuil de pauvreté. En comparaison, la Seine-Saint-Denis, département le plus pauvre de France métropolitaine, affiche un taux de pauvreté de 28,6 % la même année.
Avec la parution de chiffres actualisés pour tous les DROM, annoncés par l’Insee dans le courant de l’année, il y a fort à parier que la pauvreté en Outre-Mer soit réévaluée bien à la hausse !

Anaïs Henneguelle, économiste atterrée et Valentin da Silva
1 – Du fait de leur statut particulier, il est encore plus difficile de trouver des données sur les Collectivités d’Outre-Mer.
2 – D’après un rapport de la CNCDH paru en 2017.

Numéro 149  : février 2020

Ménage, qui fait le « sale boulot » ?

Pour Roman, de la communauté Longo Maï, c’est « un révélateur de la qualité de vie collective ». Pour Ghislaine, employée de mairie, un métier qu’elle « n’aime pas », faute de reconnaissance. Ce mois-ci, L’âge de faire s’intéresse au ménage, dont la répartition est marquée par les inégalités de genre et de classe. En coloc, en entreprise, en famille, entre les couches sociales…
Si on partageait équitablement le « sale boulot » ?

Numéro 149  : février 2020

Ménage, qui fait le « sale boulot » ?

Pour Roman, de la communauté Longo Maï, c’est « un révélateur de la qualité de vie collective ». Pour Ghislaine, employée de mairie, un métier qu’elle « n’aime pas », faute de reconnaissance. Ce mois-ci, L’âge de faire s’intéresse au ménage, dont la répartition est marquée par les inégalités de genre et de classe. En coloc, en entreprise, en famille, entre les couches sociales…
Si on partageait équitablement le « sale boulot » ?

Au sommaire du numéro 149

  • Édito : Frustration en terrasse / Un « pacte » qui stimule le débat communal
  • Film : Marcher avec les loups / Ma petite entreprise : un restau légumes
  • Femmes « Black Feminism » en Afrique du Sud / Entretien avec Francis Hallé : « Une forêt tropicale humide ne brûle pas »
  • Carte des alternatives à Tours
  • Actu : La fausse annonce de Castaner / Grrr-ondes : 5G, le grand mensonge de la transition énergétique / Économistes atterrés :Statistiques de la pauvreté et pauvreté des statistiques en Outre-Mer
  • Lorgnettes : Intimité chez soi : les rideaux bientôt obsolètes ? / Pesticides : « On n’arrive pas à protéger les populations »
  • L’atelier : Opération zéro déchet ! / Au jardin / Couture & Compagnie / Le coin naturopathie
  • Fiche pratique : Faire son bokashi

Dossier 7 pages
Ménage, qui fait le « sale boulot » ?

Pour Roman, de la communauté Longo Maï, c’est « un révélateur de la qualité de vie collective ». Pour Ghislaine, employée de mairie, un métier qu’elle « n’aime pas », faute de reconnaissance. Ce mois-ci, L’âge de faire s’intéresse au ménage, dont la répartition est marquée par les inégalités de genre et de classe. En coloc, en entreprise, en famille, entre les couches sociales…
Si on partageait équitablement le « sale boulot » ?

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Réforme des retraites : opposer les générations

25 Novembre 2019 - 10:09

Plus le gouvernement s’entête à vouloir imposer sa réforme des retraites fondée sur un système par points, plus il bute sur les contradictions inhérentes à son projet. La baisse des pensions est inéluctable avec la prise en compte de la totalité de la carrière comme base de calcul. Inéluctable aussi avec le plafonnement éternel de la part des pensions dans le PIB, alors que le nombre de retraités augmentera. Et les salariés sont promis à travailler de plus en plus tard avec la fixation d’un âge pivot de 64 ans, assortie d’une décote ravageuse, âge pivot susceptible d’évoluer dans le temps à la hausse. Bref, le passage à un système à cotisations définies, dans lequel on n’aura aucune garantie sur le taux de remplacement du salaire par la pension, montre son vrai visage : celui de la régression sociale.
Face à la dégradation du climat social, Macron sort de son chapeau une nouvelle mystification : « la clause du grand-père ». Alors que le rapport Delevoye de juillet dernier proposait de faire entrer en vigueur la réforme en 2025 pour la génération née en 1963, le gouvernement « réfléchit » à ne l’appliquer qu’aux nouveaux entrants dans l’emploi, ce qui la renverrait aux années… 2060. On ne sait pas encore s’il servira cette solution aux cheminots, très menaçants, ou à l’ensemble des salariés. L’hésitation est palpable puisque Jean-Paul Delevoye a déclaré, le 5 novembre sur France Inter, que les options « dans 5 ans, dans 15 ans, dans 30 ans… » étaient sur la table des discussions, tout en manifestant son opposition à ce report.

Opposer les générations

Au-delà du côté ridicule de clamer l’urgence d’une réforme dont l’entrée en vigueur aurait lieu dans trois ou quatre décennies, la clause du grand-père est odieuse et cynique. Elle vise à opposer les générations : on calme les salariés âgés et on reporte à plus tard le poids de la régression sur les jeunes. Cette stratégie a déjà été appliquée pour désamorcer la longue grève des cheminots de 2018. Elle serait dupliquée dans le dossier des retraites, en bafouant le principe de solidarité intergénérationnelle.
Tout cela met au grand jour les contradictions d’un projet néolibéral dont les promoteurs voient bien que la population n’est pas dupe et se fatigue d’avaler des couleuvres. Une fois de plus se confirme que toutes les manœuvres pour diminuer les pensions ou allonger la durée du travail, ou les deux à la fois, n’ont qu’une fonction : éviter de poser le problème de la répartition de la valeur ajoutée entre salaires et profits, et donc organiser la diminution des dépenses sociales et publiques, ici via la baisse des pensions, tout en incitant à l’épargne individuelle.

Jean-Marie Harribey, économiste atterré

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Réformer l’assurance-chômage pour développer la précarité

01 Novembre 2019 - 14:18

La réforme de l’assurance-chômage s’inscrit dans les objectifs du gouvernement : affaiblir la protection sociale, obliger les salariés à accepter n’importe quel emploi.
Au début de l’année, le gouvernement a exigé que les allocations chômage soient réduites de 1,5 milliard d’euros par an. Pourtant, celles-ci n’étaient déjà pas généreuses : 1010 euros par mois en moyenne ; 44 % seulement des demandeurs d’emploi sont indemnisés par l’Unedic.
Certes, depuis 2008, l’assurance chômage a accumulé 37 milliards de dette. Mais, ce ne sont pas les chômeurs qui en sont responsables. C’est la crise financière puis les politiques d’austérité qui ont maintenu le taux de chômage au-dessus de 8,25 %, taux qui assure l’équilibre financier de l’Unedic. Par ailleurs, l’Unedic finance le fonctionnement de Pôle emploi, ce qui représente chaque année 3,5 milliards d’euros. Sans ce transfert, l’Unedic n’aurait pas de dette. En 2020, l’Unedic devait être en équilibre. La baisse exigée des prestations vise à montrer au patronat et à Bruxelles que le gouvernement réduit les dépenses publiques.
Cette baisse s’accompagne d’un discours idéologique. Ce serait les chômeurs eux-mêmes qui sont responsables de leur chômage. Ils préfèrent vivre des prestations plutôt que traverser la rue pour trouver un emploi. En fait, il y a au plus 300 000 emplois vacants pour 6 millions d’inscrits à Pôle emploi ; 45% des chômeurs occupent des emplois précaires à temps très partiels. Cela n’empêche pas le gouvernement de prétendre, sans le moindre fondement, que la baisse des prestations chômage ferait baisser le nombre de chômeurs de 200 000.

Allocation divisée par deux

À partir du 1er novembre, il faudra avoir travailler 6 mois sur les 24 derniers mois et non plus 4 mois sur 28 pour avoir droit à l’indemnisation, ce qui privera d’allocation 250 000 chômeurs parmi les plus précaires.
À la suite du mensonge de Muriel Pénicaud selon laquelle 20 % des chômeurs touchent plus que s’ils travaillent, l’allocation sera calculée sur le salaire mensuel et non plus sur le salaire journalier. Un salarié en chômage partiel, qui n’a pu travailler que la moitié du temps sur la période de référence, verra son allocation divisée par deux par rapport à la situation actuelle, s’il passe en chômage total.
Pour les allocations chômage comme pour les retraites, Macron veut étatiser la Sécurité sociale, faire oublier que ses ressources, c’est l’argent des salariés que les syndicats sont légitimes à gérer. La réforme, décidée sans tenir compte de l’avis des syndicats, est passé par décrets, sans vote du parlement. C’est la négation de la démocratie sociale et politique.

Henri Sterdyniak, économiste atterré

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ADP doit rester publique

04 Juillet 2019 - 12:34

Le Conseil constitutionnel l’a confirmé : il y aura un référendum sur la privatisation de l’entreprise Aéroports de Paris, si cette proposition recueille les signatures de 10 % des électeurs, soit 4,7 millions de personnes. ADP a un quasi-monopole de l’accès en avion dans la région parisienne. Elle pourra imposer ses tarifs aux compagnies d’aviation, en particulier à Air France. Certes, l’État aura théoriquement un droit de regard, mais l’utilisera-t-il ? Les moyens de transport pour accéder aux aéroports, comme le contrôle douanier des passagers et des marchandises, incombent aux pouvoirs publics. Faut-il que l’État prenne à sa charge les dépenses et une société privée les recettes ?
ADP possède d’importantes réserves foncières autour de Paris. Est-il acceptable qu’elle décide de bétonner ses terrains, à l’encontre des nécessités de la transition écologique ?
En même temps, le gouvernement veut privatiser la Française des jeux, une entreprise particulière, qui ne doit pas avoir l’objectif de développer son activité mais doit au contraire éviter les jeux trop attractifs, lutter contre l’addiction des joueurs, lutter contre le blanchiment d’argent sale, ce qui est contradictoire avec la maximisation de son profit.

Une opération absurde

De point de vue financier, il s’agit d’une opération absurde. Les trois privatisations envisagées (ADP, La Française des jeux, Engie) rapporteraient 15 milliards ; l’État en utiliserait 5 pour se désendetter et 10 milliards seraient placés par un fonds qui rapporterait 250 millions par an, lesquels financeraient « des innovations de rupture ». Mais ces sociétés rapportent actuellement environ 1 milliard de bénéfices à l’État par an, soit une rentabilité de plus de 6 %. Pourquoi les vendre pour placer le produit de la vente à 2,5 % ? Par ailleurs, l’État peut aujourd’hui s’endetter sur dix ans à 0,3 % pour financer de grands programmes industriels. Nul besoin de vendre des bijoux de famille.
L’aéroport de Toulouse aurait dû servir de leçon : fallait-il confier une infrastructure vitale pour une région à une entreprise chinoise pirate, soucieuse avant tout d’en tirer un maximum de cash ?
Comment expliquer de telles opérations ? Des grandes entreprises comme Bouygues, Eiffage, Vinci, sont devenues des États dans l’État. Elles disposent de profits abondants, de capacités d’emprunts quasi illimitées, alors que l’État s’est appauvri en diminuant les cotisations sociales et les impôts sur les plus riches et sur les grandes entreprises. L’État se retire pour leur laisser un champ d’action. Il leur confie les infrastructures publiques, comme il leur confie la culture ou le sport avec l’appel au mécénat.
Ces privatisations marquent un renoncement de l’État. Voilà pourquoi nous devrons nous mobiliser pour obtenir ces 4,7 millions de signatures, afin de réaffirmer que l’État doit rester le garant du bien commun.

Henri Sterdyniak, économiste atterré

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Une tragédie grecque au XXIe siècle

05 Avril 2019 - 13:38
Acte I :

Le 4 février 2015, la Banque centrale européenne (BCE) prenait la décision de priver les banques grecques de l’une de leurs sources de financement en suspendant le régime qui leur permettait d’obtenir des prêts auprès d’elle.

En juin 2015, la BCE montait d’un cran supplémentaire ses exigences en gelant les versements à travers le système de crédits d’urgence (ELA).  Il faut dire que le gouvernement grec avait annoncé la veille son intention d’organiser un référendum sur les réformes drastiques exigées par ses créanciers en échange du maintien de la Grèce sous perfusion financière.

L’asphyxie provoquée par la décision de la banque centrale européenne avait provoqué la mise en place, le 28 juin, d’un contrôle des capitaux en Grèce.

Acte II :

Yanis Varoufakis, ex-ministre des finances grec, et Fabio De Masi, parlementaire allemand, souhaitaient consulter le document juridique qui appuie la décision de la BCE. Décision qui, estiment-ils, était illégitime et avait pour seul but de faire plier la Grèce lors des négociations avec ses créanciers internationaux.

Mais la BCE avait refusé de communiquer ce document au nom de la protection de ses conseillers juridiques et ses délibérations internes.

Acte III :

Face à la fin de non-recevoir de la BCE, Varoufakis et De Masi décident de poursuivre la Banque centrale européenne devant la Cour européenne de justice afin d’obtenir la publication du document resté confidentiel, à savoir l’avis juridique sur la base duquel la BCE a justifié sa décision de limiter les fonds octroyés aux banques grecques en 2015.

Ils considèrent cette décision illégale :

En réduisant la liquidité au secteur bancaire grec pour forcer le gouvernement à faire des coupes dans les retraites, à augmenter les impôts et brader les entreprises publiques, la BCE a outrepassé son mandat.

Fabio De Masi

Acte IV :

Le 12 mars 2019, la justice européenne les a déboutés, au motif que la BCE est en droit de conserver pour elle ce document.

Ainsi la BCE peut décider l’arrêt du soutien d’urgence aux banques grecques sans que la base légale de cette décision soit portée à la connaissance des autorités élues et du peuple qui venait de s’exprimer par un référendum : le 5 juillet 2015, interrogé sur l’acceptation de la proposition faite par l’UE, la BCE et le FMI, le « non » l’avait emporté avec 61,31 % des suffrages. Mais la BCE, et la justice européenne aujourd’hui, n’ont que faire du vote du peuple quand le résultat ne correspond pas à leurs souhaits.

Le peuple grec a dû accepter des baisses de salaires, des coupes dans les retraites, des augmentations d’impôts, l’austérité, des inégalités et une pauvreté accrues et des années d’humiliation.

Tout cela au nom d’un nouveau « droit », le droit à la discrétion pour la BCE !

 

Esther Jeffers, économiste atterrée

 

Cette chronique des économistes atterré.e.s paraît tous les mois dans le journal L’âge de faire.
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Numéro 140 : avril 2019

Menaces sur la forêt

Privatisation et industrialisation de l’ONF ; centrales biomasse démesurées ; scénarios de lutte contre le changement climatique qui envisagent une forêt très productive coupée en permanence ; filières de certification peu fiables…
Il y a de bonnes raisons de s’inquiéter pour la forêt.

Numéro 140 : avril 2019

Menaces sur la forêt

Privatisation et industrialisation de l’ONF ; centrales biomasse démesurées ; scénarios de lutte contre le changement climatique qui envisagent une forêt très productive coupée en permanence ; filières de certification peu fiables… Il y a de bonnes raisons de s’inquiéter pour la forêt.

Au sommaire du numéro 140
  • EDITO : manifester, dangereux ?
  • Climat : « c’est aux jeunes de convaincre les vieux »
  • Courrier et concombres
  • Burkina Faso : Jardins de santé
  • Congo : l’homme qui répare les femmes
  • Isère : un commissaire-enquêteur lance l’alerte
  • Livre : Bill Gates philanthro-capitaliste
  • Film : territoires zéro-chômage
  • Le poster : le tempérament des arbres
  • Actus : Fini les directeurs d’écoles ? L’affaire Adama Traoré relancée / La toile bien tissée de Cédric Villani
  • Lorgnettes : la galère des délogés de Marseille / Et bien, fusionnez maintenant !
  • L’atelier au jardin, rubrique à bec, la pause Qi Gong, jouons z’un brin
  • Le forum
  • Fiches pratiques : construire une kerterre

DOSSIER 6 pages :  Menaces sur la forêt

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Une tragédie grecque au XXIe siècle

05 Avril 2019 - 09:15

Acte I : Le 4 février 2015, la Banque centrale européenne (BCE) prenait la décision de priver les banques grecques de l’une de leurs sources de financement en suspendant le régime qui leur permettait d’obtenir des prêts auprès d’elle. En juin 2015, la BCE montait d’un cran supplémentaire ses exigences en gelant les versements à travers le système de crédits d’urgence (ELA). Il faut dire que le gouvernement grec avait annoncé la veille son intention d’organiser un référendum sur les réformes drastiques exigées par ses créanciers en échange du maintien de la Grèce sous perfusion financière. L’asphyxie provoquée par la décision de la banque centrale européenne avait provoqué la mise en place, le 28 juin, d’un contrôle des capitaux en Grèce.

Acte II : Yanis Varoufakis, ex-ministre des finances grec, et Fabio De Masi, parlementaire allemand, souhaitaient consulter le document juridique qui appuie la décision de la BCE. Décision qui, estiment-ils, était illégitime et avait pour seul but de faire plier la Grèce lors des négociations avec ses créanciers internationaux. Mais la BCE avait refusé de communiquer ce document au nom de la protection de ses conseillers juridiques et ses délibérations internes.

Acte III : Face à la fin de non-recevoir de la BCE, Varoufakis et De Masi décident de poursuivre la Banque centrale européenne devant la Cour européenne de justice afin d’obtenir la publication du document resté confidentiel, à savoir l’avis juridique sur la base duquel la BCE a justifié sa décision de limiter les fonds octroyés aux banques grecques en 2015. Ils considèrent cette décision illégale :

En réduisant la liquidité au secteur bancaire grec pour forcer le gouvernement à faire des coupes dans les retraites, à augmenter les impôts et brader les entreprises publiques, la BCE a outrepassé son mandat.

Fabio De Masi

Acte IV : Le 12 mars 2019, la justice européenne les a déboutés, au motif que la BCE est en droit de conserver pour elle ce document. Ainsi la BCE peut décider l’arrêt du soutien d’urgence aux banques grecques sans que la base légale de cette décision soit portée à la connaissance des autorités élues et du peuple qui venait de s’exprimer par un référendum : le 5 juillet 2015, interrogé sur l’acceptation de la proposition faite par l’UE, la BCE et le FMI, le « non » l’avait emporté avec 61,31 % des suffrages. Mais la BCE, et la justice européenne aujourd’hui, n’ont que faire du vote du peuple quand le résultat ne correspond pas à leurs souhaits. Le peuple grec a dû accepter des baisses de salaires, des coupes dans les retraites, des augmentations d’impôts, l’austérité, des inégalités et une pauvreté accrues et des années d’humiliation. Tout cela au nom d’un nouveau « droit », le droit à la discrétion pour la BCE !

Esther Jeffers, économiste atterrée

Cette chronique des économistes atterré.e.s paraît tous les mois dans le journal L’âge de faire. Abonnez-vous ! Vous êtes notre réussite !

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Une tragédie grecque au XXIe siècle

05 Avril 2019 - 09:15

Acte I : Le 4 février 2015, la Banque centrale européenne (BCE) prenait la décision de priver les banques grecques de l’une de leurs sources de financement en suspendant le régime qui leur permettait d’obtenir des prêts auprès d’elle. En juin 2015, la BCE montait d’un cran supplémentaire ses exigences en gelant les versements à travers le système de crédits d’urgence (ELA). Il faut dire que le gouvernement grec avait annoncé la veille son intention d’organiser un référendum sur les réformes drastiques exigées par ses créanciers en échange du maintien de la Grèce sous perfusion financière. L’asphyxie provoquée par la décision de la banque centrale européenne avait provoqué la mise en place, le 28 juin, d’un contrôle des capitaux en Grèce.

Acte II : Yanis Varoufakis, ex-ministre des finances grec, et Fabio De Masi, parlementaire allemand, souhaitaient consulter le document juridique qui appuie la décision de la BCE. Décision qui, estiment-ils, était illégitime et avait pour seul but de faire plier la Grèce lors des négociations avec ses créanciers internationaux. Mais la BCE avait refusé de communiquer ce document au nom de la protection de ses conseillers juridiques et ses délibérations internes.

Acte III : Face à la fin de non-recevoir de la BCE, Varoufakis et De Masi décident de poursuivre la Banque centrale européenne devant la Cour européenne de justice afin d’obtenir la publication du document resté confidentiel, à savoir l’avis juridique sur la base duquel la BCE a justifié sa décision de limiter les fonds octroyés aux banques grecques en 2015. Ils considèrent cette décision illégale :

En réduisant la liquidité au secteur bancaire grec pour forcer le gouvernement à faire des coupes dans les retraites, à augmenter les impôts et brader les entreprises publiques, la BCE a outrepassé son mandat.

Fabio De Masi

Acte IV : Le 12 mars 2019, la justice européenne les a déboutés, au motif que la BCE est en droit de conserver pour elle ce document. Ainsi la BCE peut décider l’arrêt du soutien d’urgence aux banques grecques sans que la base légale de cette décision soit portée à la connaissance des autorités élues et du peuple qui venait de s’exprimer par un référendum : le 5 juillet 2015, interrogé sur l’acceptation de la proposition faite par l’UE, la BCE et le FMI, le « non » l’avait emporté avec 61,31 % des suffrages. Mais la BCE, et la justice européenne aujourd’hui, n’ont que faire du vote du peuple quand le résultat ne correspond pas à leurs souhaits. Le peuple grec a dû accepter des baisses de salaires, des coupes dans les retraites, des augmentations d’impôts, l’austérité, des inégalités et une pauvreté accrues et des années d’humiliation. Tout cela au nom d’un nouveau « droit », le droit à la discrétion pour la BCE !

Esther Jeffers, économiste atterrée

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Carburants : pour une écologie populaire

22 Novembre 2018 - 17:00
Au nom de l’écologie, le gouvernement augmente fortement les taxes sur le carburant. Cette décision est irresponsable. Elle ne s’inscrit pas dans une stratégie globale de transition écologique.

Le soupçon selon lequel ces taxes financent les cadeaux fiscaux aux plus riches et aux entreprises (sans effet sur l’emploi) est fondé, puisque les dépenses pour l’écologie n’augmentent pas par ailleurs. Le bâtiment (chauffage des habitations et bureaux) représente 20 % des émissions de gaz à effet de serre (GES) de la France.

Or le gouvernement a réduit les subventions pour la rénovation thermique du bâti ancien. De même, il freine la construction de logements neufs (peu énergivores) à la fois privés (réduction des aides aux primo-accédants) et plus encore de HLM. Le transport est responsable de près de 30 % des émissions de GES. Rien n’est prévu pour réduire le transport routier de marchandises, lequel est pourtant responsable d’un tiers de ces émissions. La part du fret ferroviaire dans le transport des marchandises a chuté de 24 % en 1990 à 10 %  aujourd’hui. Le ferroviaire subit la concurrence déloyale de la route puisque, à l’inverse des camions, il paie ses infrastructures.

Rien n’est prévu pour le relancer. Rien n’est prévu pour re-réglementer le transport routier de marchandises, en le taxant pour le désavantager, en soutenant (contre le principe de « libre concurrence ») les compagnies nationales face à des concurrentes qui s’adonnent au dumping social et environnemental.

L’ouverture à la concurrence a été délétère pour le fret ferroviaire : le gouvernement a décidé de l’étendre au transport de passagers. De nouvelles « petites lignes » fermeront donc. De même, aucune taxe sur le kérosène n’est prévue (alors que certains pays le taxent pour les vols intérieurs).

LE SIGNAL-PRIX EST DÉJÀ LÀ

Et la voiture ? Dans une trentaine d’années, la voiture électrique devra être généralisée.

Mais comment assurer cette transition ? La hausse du prix du carburant est nécessaire sur une longue période pour dissuader son usage. Mais cette hausse doit être planifiée et annoncée. Le prix du pétrole variant fortement (40 dollars en 2004, 100 en 2008, 60 en 2009, 100 entre 2011 et 2014, 30 début 2016), les taxes devraient être ajustées en conséquence.

Depuis début 2016, le prix du baril a plus que doublé. Le signal-prix est déjà là, le supplément de taxes ne se justifie donc pas. Surtout, la hausse du prix du carburant est à compenser par des mesures fortes pour les moins aisés, bien au-delà des mesurettes annoncées.

Le chèque énergie pour les ménages modestes, par exemple, devrait être beaucoup plus revalorisé que prévu (+50 euros seulement). Il en va de même pour les primes à la conversion qui devraient être à la fois bien plus amples pour les moins aisés, mieux ciblées (50 % des véhicules neufs vendus aujourd’hui sont des SUV(1)) et plus réfléchies (on oublie souvent que la construction d’un véhicule neuf requiert beaucoup d’« énergie grise »).

L’écologie doit être populaire. On en est loin avec Macron.

 

Christophe Ramaux, économiste atterré

 

1- Véhicule utilitaire de sport.

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Carburants : pour une écologie populaire

22 Novembre 2018 - 17:00
Au nom de l’écologie, le gouvernement augmente fortement les taxes sur le carburant. Cette décision est irresponsable.
Elle ne s’inscrit pas dans une stratégie globale de transition écologique.

Le soupçon selon lequel ces taxes financent les cadeaux fiscaux aux plus riches et aux entreprises (sans effet sur l’emploi) est fondé, puisque les dépenses pour l’écologie n’augmentent pas par ailleurs. Le bâtiment (chauffage des habitations et bureaux) représente 20 % des émissions de gaz à effet de serre (GES) de la France. Or le gouvernement a réduit les subventions pour la rénovation thermique du bâti ancien. De même, il freine la construction de logements neufs (peu énergivores) à la fois privés (réduction des aides aux primo-accédants) et plus encore de HLM. Le transport est responsable de près de 30 % des émissions de GES. Rien n’est prévu pour réduire le transport routier de marchandises, lequel est pourtant responsable d’un tiers de ces émissions. La part du fret ferroviaire dans le transport des marchandises a chuté de 24 % en 1990 à 10 %  aujourd’hui. Le ferroviaire subit la concurrence déloyale de la route puisque, à l’inverse des camions, il paie ses infrastructures. Rien n’est prévu pour le relancer. Rien n’est prévu pour re-réglementer le transport routier de marchandises, en le taxant pour le désavantager, en soutenant (contre le principe de « libre concurrence ») les compagnies nationales face à des concurrentes qui s’adonnent au dumping social et environnemental. L’ouverture à la concurrence a été délétère pour le fret ferroviaire : le gouvernement a décidé de l’étendre au transport de passagers. De nouvelles « petites lignes » fermeront donc. De même, aucune taxe sur le kérosène n’est prévue (alors que certains pays le taxent pour les vols intérieurs).

LE SIGNAL-PRIX EST DÉJÀ LÀ

Et la voiture ? Dans une trentaine d’années, la voiture électrique devra être généralisée. Mais comment assurer cette transition ? La hausse du prix du carburant est nécessaire sur une longue période pour dissuader son usage. Mais cette hausse doit être planifiée et annoncée. Le prix du pétrole variant fortement (40 dollars en 2004, 100 en 2008, 60 en 2009, 100 entre 2011 et 2014, 30 début 2016), les taxes devraient être ajustées en conséquence. Depuis début 2016, le prix du baril a plus que doublé. Le signal-prix est déjà là, le supplément de taxes ne se justifie donc pas. Surtout, la hausse du prix du carburant est à compenser par des mesures fortes pour les moins aisés, bien au-delà des mesurettes annoncées. Le chèque énergie pour les ménages modestes, par exemple, devrait être beaucoup plus revalorisé que prévu (+50 euros seulement). Il en va de même pour les primes à la conversion qui devraient être à la fois bien plus amples pour les moins aisés, mieux ciblées (50 % des véhicules neufs vendus aujourd’hui sont des SUV(1)) et plus réfléchies (on oublie souvent que la construction d’un véhicule neuf requiert beaucoup d’« énergie grise »). L’écologie doit être populaire. On en est loin avec Macron.

Christophe Ramaux, économiste atterré

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Carburants : pour une écologie populaire

22 Novembre 2018 - 17:00
Au nom de l’écologie, le gouvernement augmente fortement les taxes sur le carburant. Cette décision est irresponsable.
Elle ne s’inscrit pas dans une stratégie globale de transition écologique.

Le soupçon selon lequel ces taxes financent les cadeaux fiscaux aux plus riches et aux entreprises (sans effet sur l’emploi) est fondé, puisque les dépenses pour l’écologie n’augmentent pas par ailleurs. Le bâtiment (chauffage des habitations et bureaux) représente 20 % des émissions de gaz à effet de serre (GES) de la France. Or le gouvernement a réduit les subventions pour la rénovation thermique du bâti ancien. De même, il freine la construction de logements neufs (peu énergivores) à la fois privés (réduction des aides aux primo-accédants) et plus encore de HLM. Le transport est responsable de près de 30 % des émissions de GES. Rien n’est prévu pour réduire le transport routier de marchandises, lequel est pourtant responsable d’un tiers de ces émissions. La part du fret ferroviaire dans le transport des marchandises a chuté de 24 % en 1990 à 10 %  aujourd’hui. Le ferroviaire subit la concurrence déloyale de la route puisque, à l’inverse des camions, il paie ses infrastructures. Rien n’est prévu pour le relancer. Rien n’est prévu pour re-réglementer le transport routier de marchandises, en le taxant pour le désavantager, en soutenant (contre le principe de « libre concurrence ») les compagnies nationales face à des concurrentes qui s’adonnent au dumping social et environnemental. L’ouverture à la concurrence a été délétère pour le fret ferroviaire : le gouvernement a décidé de l’étendre au transport de passagers. De nouvelles « petites lignes » fermeront donc. De même, aucune taxe sur le kérosène n’est prévue (alors que certains pays le taxent pour les vols intérieurs).

LE SIGNAL-PRIX EST DÉJÀ LÀ

Et la voiture ? Dans une trentaine d’années, la voiture électrique devra être généralisée. Mais comment assurer cette transition ? La hausse du prix du carburant est nécessaire sur une longue période pour dissuader son usage. Mais cette hausse doit être planifiée et annoncée. Le prix du pétrole variant fortement (40 dollars en 2004, 100 en 2008, 60 en 2009, 100 entre 2011 et 2014, 30 début 2016), les taxes devraient être ajustées en conséquence. Depuis début 2016, le prix du baril a plus que doublé. Le signal-prix est déjà là, le supplément de taxes ne se justifie donc pas. Surtout, la hausse du prix du carburant est à compenser par des mesures fortes pour les moins aisés, bien au-delà des mesurettes annoncées. Le chèque énergie pour les ménages modestes, par exemple, devrait être beaucoup plus revalorisé que prévu (+50 euros seulement). Il en va de même pour les primes à la conversion qui devraient être à la fois bien plus amples pour les moins aisés, mieux ciblées (50 % des véhicules neufs vendus aujourd’hui sont des SUV(1)) et plus réfléchies (on oublie souvent que la construction d’un véhicule neuf requiert beaucoup d’« énergie grise »). L’écologie doit être populaire. On en est loin avec Macron.

Christophe Ramaux, économiste atterré

1- Véhicule utilitaire de sport.

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Le protectionnisme de Trump

05 Juin 2018 - 16:14
La guerre commerciale que Trump annonçait vouloir engager semble pour l’instant repoussée. Après avoir quitté l’accord de partenariat transpacifique négocié par Obama, les États-Unis ont annoncé en avril qu’ils étaient prêts à négocier leur réintégration.

Avec l’UE, un nouveau TAFTA est envisagé par les autorités européennes. Mais la surprise est surtout venue de l’annonce d’un accord commercial avec la Chine.

Donald Trump serait-il en train d’opérer une volte-face ?
Il ne faut pas s’y tromper. Le protectionnisme de Trump n’a jamais été pensé comme un outil de régulation du commerce international mais comme une arme de type mercantiliste. En menaçant ses partenaires d’une hausse des droits de douane, Trump se donnait pour objectif de réduire le déficit commercial des États-Unis et d’apporter des gages à une partie de son électorat.

Le protectionnisme a en effet deux visages. Celui que Trump affiche est celui d’un homme d’affaires qui applique à l’échelle des États-Unis les méthodes d’un entrepreneur sans scrupule profitant d’un rapport de force favorable pour imposer à ses partenaires des concessions toujours plus grandes.

Dur avec les faibles, conciliant avec les forts, ce type de politique tend à renforcer plutôt qu’à corriger les travers d’un capitalisme déjà dominé par de puissantes multinationales. C’est aussi un protectionnisme transitoire. Une fois les concessions obtenues, le marché doit à nouveau s’imposer sur le mode d’une concurrence biaisée en faveur des forts.

Vers une disparition des normes…

Sauf que le protectionnisme peut aborder un autre visage, celui qui permettrait de réguler réellement le capitalisme et d’en corriger les défauts les plus criants.

Comment ne pas voir que le coût économique d’un bien va toujours dans le sens opposé à son coût social et environnemental ?
La manière dont la mondialisation fonctionne favorise la disparition des normes. Toute contrainte nationale imposée aux entreprises pour protéger les salariés ou l’environnement se traduit mécaniquement par un coût supplémentaire.

Résultat : les entreprises sont contraintes de délocaliser ou se voient menacées de disparaître. Elles exigent donc la disparition des normes pour s’aligner sur les pays les moins-disants. Ce processus de concurrence destructive qui sacrifie les impératifs de long terme au bénéfice d’une compétitivité de court terme ne peut être évité que d’une seule manière : en imposant aux pays qui ne respectent pas certaines normes élémentaires une taxe compensatoire.

Pourquoi ne pas avoir sanctionné commercialement les États-Unis lorsque Trump décida de se retirer de l’accord de Paris sur le climat ? Pourquoi ne pas exiger de la Chine le respect de la liberté syndicale ?
L’idéologie libre-échangiste est impuissante à corriger les déséquilibres du capitalisme. Réguler la mondialisation et préserver l’avenir implique d’être capable d’agir sur le commerce international, non pour avantager les puissants, mais pour préserver les règles et les normes.

 

David Cayla, économiste atterré.

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Le protectionnisme de Trump

05 Juin 2018 - 16:14
La guerre commerciale que Trump annonçait vouloir engager semble pour l’instant repoussée. Après avoir quitté l’accord de partenariat transpacifique négocié par Obama, les États-Unis ont annoncé en avril qu’ils étaient prêts à négocier leur réintégration. Avec l’UE, un nouveau TAFTA est envisagé par les autorités européennes. Mais la surprise est surtout venue de l’annonce d’un accord commercial avec la Chine. Donald Trump serait-il en train d’opérer une volte-face ?

Il ne faut pas s’y tromper. Le protectionnisme de Trump n’a jamais été pensé comme un outil de régulation du commerce international mais comme une arme de type mercantiliste. En menaçant ses partenaires d’une hausse des droits de douane, Trump se donnait pour objectif de réduire le déficit commercial des États-Unis et d’apporter des gages à une partie de son électorat. Le protectionnisme a en effet deux visages. Celui que Trump affiche est celui d’un homme d’affaires qui applique à l’échelle des États-Unis les méthodes d’un entrepreneur sans scrupule profitant d’un rapport de force favorable pour imposer à ses partenaires des concessions toujours plus grandes. Dur avec les faibles, conciliant avec les forts, ce type de politique tend à renforcer plutôt qu’à corriger les travers d’un capitalisme déjà dominé par de puissantes multinationales. C’est aussi un protectionnisme transitoire. Une fois les concessions obtenues, le marché doit à nouveau s’imposer sur le mode d’une concurrence biaisée en faveur des forts.

Vers une disparition des normes…

Mais le protectionnisme peut aborder un autre visage, celui qui permettrait de réguler réellement le capitalisme et d’en corriger les défauts les plus criants. Comment ne pas voir que le coût économique d’un bien va toujours dans le sens opposé à son coût social et environnemental ? La manière dont la mondialisation fonctionne favorise la disparition des normes. Toute contrainte nationale imposée aux entreprises pour protéger les salariés ou l’environnement se traduit mécaniquement par un coût supplémentaire. Résultat : les entreprises sont contraintes de délocaliser ou se voient menacées de disparaître. Elles exigent donc la disparition des normes pour s’aligner sur les pays les moins-disants.
Ce processus de concurrence destructive qui sacrifie les impératifs de long terme au bénéfice d’une compétitivité de court terme ne peut être évité que d’une seule manière : en imposant aux pays qui ne respectent pas certaines normes élémentaires une taxe compensatoire. Pourquoi ne pas avoir sanctionné commercialement les États-Unis lorsque Trump décida de se retirer de l’accord de Paris sur le climat ? Pourquoi ne pas exiger de la Chine le respect de la liberté syndicale ? L’idéologie libre-échangiste est impuissante à corriger les déséquilibres du capitalisme. Réguler la mondialisation et préserver l’avenir implique d’être capable d’agir sur le commerce international, non pour avantager les puissants, mais pour préserver les règles et les normes.

David Cayla, économiste atterré.

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Le protectionnisme de Trump

05 Juin 2018 - 16:14
La guerre commerciale que Trump annonçait vouloir engager semble pour l’instant repoussée. Après avoir quitté l’accord de partenariat transpacifique négocié par Obama, les États-Unis ont annoncé en avril qu’ils étaient prêts à négocier leur réintégration. Avec l’UE, un nouveau TAFTA est envisagé par les autorités européennes. Mais la surprise est surtout venue de l’annonce d’un accord commercial avec la Chine. Donald Trump serait-il en train d’opérer une volte-face ?

Il ne faut pas s’y tromper. Le protectionnisme de Trump n’a jamais été pensé comme un outil de régulation du commerce international mais comme une arme de type mercantiliste. En menaçant ses partenaires d’une hausse des droits de douane, Trump se donnait pour objectif de réduire le déficit commercial des États-Unis et d’apporter des gages à une partie de son électorat. Le protectionnisme a en effet deux visages. Celui que Trump affiche est celui d’un homme d’affaires qui applique à l’échelle des États-Unis les méthodes d’un entrepreneur sans scrupule profitant d’un rapport de force favorable pour imposer à ses partenaires des concessions toujours plus grandes. Dur avec les faibles, conciliant avec les forts, ce type de politique tend à renforcer plutôt qu’à corriger les travers d’un capitalisme déjà dominé par de puissantes multinationales. C’est aussi un protectionnisme transitoire. Une fois les concessions obtenues, le marché doit à nouveau s’imposer sur le mode d’une concurrence biaisée en faveur des forts.

Vers une disparition des normes…

Mais le protectionnisme peut aborder un autre visage, celui qui permettrait de réguler réellement le capitalisme et d’en corriger les défauts les plus criants. Comment ne pas voir que le coût économique d’un bien va toujours dans le sens opposé à son coût social et environnemental ? La manière dont la mondialisation fonctionne favorise la disparition des normes. Toute contrainte nationale imposée aux entreprises pour protéger les salariés ou l’environnement se traduit mécaniquement par un coût supplémentaire. Résultat : les entreprises sont contraintes de délocaliser ou se voient menacées de disparaître. Elles exigent donc la disparition des normes pour s’aligner sur les pays les moins-disants.
Ce processus de concurrence destructive qui sacrifie les impératifs de long terme au bénéfice d’une compétitivité de court terme ne peut être évité que d’une seule manière : en imposant aux pays qui ne respectent pas certaines normes élémentaires une taxe compensatoire. Pourquoi ne pas avoir sanctionné commercialement les États-Unis lorsque Trump décida de se retirer de l’accord de Paris sur le climat ? Pourquoi ne pas exiger de la Chine le respect de la liberté syndicale ? L’idéologie libre-échangiste est impuissante à corriger les déséquilibres du capitalisme. Réguler la mondialisation et préserver l’avenir implique d’être capable d’agir sur le commerce international, non pour avantager les puissants, mais pour préserver les règles et les normes.

David Cayla, économiste atterré.

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Attractivité : l’obsession

26 Avril 2018 - 15:20
En janvier dernier, Emmanuel Macron invitait à Versailles 140 « grands » patrons étrangers. Le tout dans une entreprise de séduction qui visait à les convaincre de « choisir la France ».

En France, l’attractivité est devenue une obsession qui se transmet de gouvernement en gouvernement. Au niveau international ou local, les États et les territoires font régulièrement l’objet de classements relayés par les médias. Ainsi en France, on entend « qu’elle retrouve son attractivité« . On lit que Londres est la métropole la plus attractive du monde (cabinet PWC).

A ce jour, on trouve dans la presse régionale que la Nouvelle Aquitaine est la Région la plus attractive de France (Sud-Ouest). D’ailleurs à moins que ce ne soit l’Occitanie (La Tribune) ou la Bretagne (Ouest France), d’ailleurs chacun s’arrangeant avec ses critères et ses classements.

Que faut-il faire, finalement, pour être un champion de l’attractivité ? Et a-t-on vraiment intérêt à l’être ?
Cependant les classements, établis par des organismes privés, peu soucieux de méthodologie, prennent en compte notamment le dynamisme économique à travers le PIB. Les investissement publics et privés, la qualité des infrastructures, le niveau d’éducation et la « facilité à faire des affaires ».

Moins l’État intervient dans la vie de l’entreprise, plus il permet à son pays d’être un territoire attractif. On s’étonnera peu, dès lors, de voir Hong-Kong, Singapour ou la Suisse truster le haut des classements internationaux.

UN JEU NON COOPÉRATIF

La France peut-elle rivaliser avec ces paradis fiscaux ? Et surtout, y a-t-elle intérêt ?
La compétition que se livrent les territoires pour attirer le plus d’investissements possibles s’est traduite ces dernières décennies par une course au « moins-disant » :

  • moins d’impôt,
  • moins de social,
  • ou encore moins de normes environnementales.

Cette course est vaine et ne se fait pas automatiquement, mais contrairement à ce qui fut indiqué par l’Elysée lors du Sommet de l’attractivité à Versailles : « au bénéfice de l’investissement et de l’emploi ».

Prenons le cas de Ford qui a eu les 25 millions d’euros de subventions publiques, depuis 2013, afin de maintenir son activité à Blanquefort, plutôt que de contribuer à la dynamique du territoire.

De l’innovation et de l’emploi, débouchent aujourd’hui sur une annonce de délocalisation. Ce jeu non coopératif de l’attractivité est par essence même, et à travers ses conséquences, en totale contradiction avec une politique de développement durable. Une véritable politique d’attractivité à long terme se fonde sur des critères de performances hors-marchés tels que la qualité des systèmes d’éducation et de santé, le dialogue social, la qualité de vie, la capacité à prendre en compte les problématiques environnementales.

Ça suppose de sortir de l’idéologie du « toujours moins » pour promouvoir une stratégie de développement concertée. Le reflet qu’offre le miroir de l’attractivité n’est qu’une image éphémère et trompeuse.

Par conséquent les premières places du classement n’assurent ni progrès social, ni développement économique durable. Mais renforcent la logique de concurrence, ce qui ne peut faire que des perdants, sauf ceux qui sont aux commandes.

 

Anne Musson, des Économistes Atterrés

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Attractivité : l’obsession

26 Avril 2018 - 15:20

En janvier dernier, Emmanuel Macron invitait à Versailles 140 « grands » patrons étrangers dans une entreprise de séduction qui visait à les convaincre de « choisir la France ». En France, l’attractivité est devenue une obsession qui se transmet de gouvernement en gouvernement. Au niveau international ou local, les États et les territoires font régulièrement l’objet de classements relayés par les médias. On entend ainsi que la France retrouve son attractivité, on lit que Londres est la métropole la plus attractive du monde (cabinet PWC). On trouve dans la presse régionale que la Nouvelle Aquitaine est la Région la plus attractive de France (Sud-Ouest), à moins que ce ne soit l’Occitanie (La Tribune) ou la Bretagne (Ouest France) ; chacun s’arrangeant avec ses critères et ses classements.
Que faut-il faire, finalement, pour être un champion de l’attractivité ? Et a-t-on vraiment intérêt à l’être ? Les classements, établis par des organismes privés, peu soucieux de méthodologie, prennent en compte notamment le dynamisme économique à travers le PIB, les investissement publics et privés, la qualité des infrastructures, le niveau d’éducation et la « facilité à faire des affaires ». Moins l’État intervient dans la vie de l’entreprise, plus il permet à son pays d’être un territoire attractif. On s’étonnera peu, dès lors, de voir Hong-Kong, Singapour ou la Suisse truster le haut des classements internationaux.

UN JEU NON COOPÉRATIF
La France peut-elle rivaliser avec ces paradis fiscaux ? Et surtout, y a-t-elle intérêt ? La compétition que se livrent les territoires pour attirer le plus d’investissements possibles s’est traduite ces dernières décennies par une course au « moins-disant » : moins d’impôt, moins de social ou encore moins de normes environnementales. Cette course est vaine et ne se fait pas automatiquement, contrairement à ce qui fut indiqué par l’Elysée lors du Sommet de l’attractivité à Versailles, « au bénéfice de l’investissement et de l’emploi ». Les 25 millions d’euros de subventions publiques accordées depuis 2013 à Ford pour maintenir son activité à Blanquefort, plutôt que de contribuer à la dynamique du territoire, de l’innovation et de l’emploi, débouchent aujourd’hui sur une annonce de délocalisation. Ce jeu non coopératif de l’attractivité est par essence même, et à travers ses conséquences, en totale contradiction avec une politique de développement durable. Une véritable politique d’attractivité à long terme se fonde sur des critères de performances hors-marchés tels que la qualité des systèmes d’éducation et de santé, le dialogue social, la qualité de vie, la capacité à prendre en compte les problématiques environnementales. Mais cela suppose de sortir de l’idéologie du « toujours moins » pour promouvoir une stratégie de développement concertée.
Le reflet qu’offre le miroir de l’attractivité n’est qu’une image éphémère et trompeuse : les premières places du classement n’assurent ni progrès social, ni développement économique durable et renforcent une logique de concurrence qui ne peut faire que des perdants, sauf ceux qui sont aux commandes.

Anne Musson, des Économistes Atterrés

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Attractivité : l’obsession

26 Avril 2018 - 15:20

En janvier dernier, Emmanuel Macron invitait à Versailles 140 « grands » patrons étrangers dans une entreprise de séduction qui visait à les convaincre de « choisir la France ». En France, l’attractivité est devenue une obsession qui se transmet de gouvernement en gouvernement. Au niveau international ou local, les États et les territoires font régulièrement l’objet de classements relayés par les médias. On entend ainsi que la France retrouve son attractivité, on lit que Londres est la métropole la plus attractive du monde (cabinet PWC). On trouve dans la presse régionale que la Nouvelle Aquitaine est la Région la plus attractive de France (Sud-Ouest), à moins que ce ne soit l’Occitanie (La Tribune) ou la Bretagne (Ouest France) ; chacun s’arrangeant avec ses critères et ses classements.
Que faut-il faire, finalement, pour être un champion de l’attractivité ? Et a-t-on vraiment intérêt à l’être ? Les classements, établis par des organismes privés, peu soucieux de méthodologie, prennent en compte notamment le dynamisme économique à travers le PIB, les investissement publics et privés, la qualité des infrastructures, le niveau d’éducation et la « facilité à faire des affaires ». Moins l’État intervient dans la vie de l’entreprise, plus il permet à son pays d’être un territoire attractif. On s’étonnera peu, dès lors, de voir Hong-Kong, Singapour ou la Suisse truster le haut des classements internationaux.

UN JEU NON COOPÉRATIF
La France peut-elle rivaliser avec ces paradis fiscaux ? Et surtout, y a-t-elle intérêt ? La compétition que se livrent les territoires pour attirer le plus d’investissements possibles s’est traduite ces dernières décennies par une course au « moins-disant » : moins d’impôt, moins de social ou encore moins de normes environnementales. Cette course est vaine et ne se fait pas automatiquement, contrairement à ce qui fut indiqué par l’Elysée lors du Sommet de l’attractivité à Versailles, « au bénéfice de l’investissement et de l’emploi ». Les 25 millions d’euros de subventions publiques accordées depuis 2013 à Ford pour maintenir son activité à Blanquefort, plutôt que de contribuer à la dynamique du territoire, de l’innovation et de l’emploi, débouchent aujourd’hui sur une annonce de délocalisation. Ce jeu non coopératif de l’attractivité est par essence même, et à travers ses conséquences, en totale contradiction avec une politique de développement durable. Une véritable politique d’attractivité à long terme se fonde sur des critères de performances hors-marchés tels que la qualité des systèmes d’éducation et de santé, le dialogue social, la qualité de vie, la capacité à prendre en compte les problématiques environnementales. Mais cela suppose de sortir de l’idéologie du « toujours moins » pour promouvoir une stratégie de développement concertée.
Le reflet qu’offre le miroir de l’attractivité n’est qu’une image éphémère et trompeuse : les premières places du classement n’assurent ni progrès social, ni développement économique durable et renforcent une logique de concurrence qui ne peut faire que des perdants, sauf ceux qui sont aux commandes.

Anne Musson, des Économistes Atterrés

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Faut-il faire des économies sur les allocations logement ?

03 Avril 2018 - 13:10
Avoir un toit est le premier besoin des familles. Le poids des dépenses de logement est particulièrement important pour les foyers les plus pauvres.

En moyenne, un ménage consacre 18% de son revenu à ses dépenses de logement, mais, pour les 25% de ménages les plus pauvres, ce taux atteint 27% pour les locataires du secteur social et même 41% pour les locataires du secteur privé.

Heureusement, ce taux d’effort est diminué par des allocations qui représentaient en 2016 une vingtaine de milliards d’euros, soit 1% du PIB, versées à 6,5 millions de ménages. Comme l’indique l’INSEE, les allocations logement sont la prestation sociale la plus redistributive, celle qui contribue le plus à réduire les inégalités de revenu.

Le montant des allocations logement versées en France est équivalent à celui versé au Royaume-Uni, un autre pays qui souffre de la cherté des loyers. La technocratie de Bercy est persuadée qu’il est possible de faire des économies importantes là-dessus. Elle prétend que ce sont ces allocations qui feraient augmenter les loyers, alors que la moitié des bénéficiaires sont dans un logement social, que 90 % des autres ont maintenant un loyer supérieur au plafond des allocations.

Ainsi Emmanuel Macron a-t-il déclaré : « La France dépense 40 milliards d’euros pour le logement. Nous avons 4 millions de mal-logés.  Est-ce une politique efficace ? Non ». Il feint d’ignorer que les impôts sur le logement ont rapportés 62 milliards. Il ne met pas en cause les avantages fiscaux des investisseurs privés – avantages utilisés comme argument publicitaire par des officines de défiscalisation –, peu soucieux de satisfaire les besoins prioritaires.

Le logement locatif privé ne peut résoudre le problème des mal-logés puisque les propriétaires sélectionnent les locataires, refusent les personnes à faibles revenus, en emplois précaires, sans caution familiale.

« Réduction des loyers de solidarité »

En 2017, le gouvernement a arbitrairement décidé d’une baisse de 5 euros par mois des allocations logement, sous prétexte de garantir le passage de la France sous la barre des 3% de déficit public.

En 2018, il instaure une baisse de 50 euros des allocations pour les seuls locataires des HLM, sous le nom trompeur de « réduction des loyers de solidarité ». Par ailleurs, est annoncée la fin des allocations logement accession (qui facilitait l’accession à la propriété de familles modestes), la prise en compte du patrimoine des bénéficiaires dans le calcul des droits aux allocations, le gel de l’indexation des APL et la prise en compte des ressources de l’année courante.

Mesures qui, au total, devraient lui permettre de réduire de 3,2 milliards les dépenses annuelles d’allocation logement d’ici 2022. D’un côté, les ménages les plus pauvres verront s’accroître leurs difficultés financières. De l’autre, les HLM doivent diminuer leurs loyers pour compenser la baisse de l’APL pour leurs locataires bénéficiaires.

Cette baisse des ressources (1,7 milliards sur 2,6 de capacité d’autofinancement) pèse sur les sociétés d’HLM les plus pauvres, celles qui abritent les populations les plus défavorisées. Elle va nuire à leur capacité à entretenir et rénover les logements, en particulier du point de vue énergétique. La baise va freiner l’engagement des nouvelles constructions qui sont nécessaires pour améliorer la situation des 4 millions de mal-logés. C’est un coup direct contre les conditions de logement des familles les plus pauvres, qui nuit à leur capacité d’élever leurs enfants dans des conditions dignes.

Henri Sterdyniak, pour les Économistes Atterrés

Cet article Faut-il faire des économies sur les allocations logement ? est apparu en premier sur Le site du journal L'age de faire.

Faut-il faire des économies sur les allocations logement ?

03 Avril 2018 - 13:10

Avoir un toit est le premier besoin des familles. Le poids des dépenses de logement est particulièrement important pour les foyers les plus pauvres. En moyenne, un ménage consacre 18% de son revenu à ses dépenses de logement, mais, pour les 25% de ménages les plus pauvres, ce taux atteint 27% pour les locataires du secteur social et même 41% pour les locataires du secteur privé. Heureusement, ce taux d’effort est diminué par des allocations qui représentaient en 2016 une vingtaine de milliards d’euros, soit 1% du PIB, versées à 6,5 millions de ménages. Comme l’indique l’INSEE, les allocations logement sont la prestation sociale la plus redistributive, celle qui contribue le plus à réduire les inégalités de revenu. Le montant des allocations logement versées en France est équivalent à celui versé au Royaume-Uni, un autre pays qui souffre de la cherté des loyers.

Cependant, la technocratie de Bercy est persuadée qu’il est possible de faire des économies importantes là-dessus. Elle prétend que ce sont ces allocations qui feraient augmenter les loyers, alors que la moitié des bénéficiaires sont dans un logement social, que 90 % des autres ont maintenant un loyer supérieur au plafond des allocations. Ainsi Emmanuel Macron a-t-il déclaré : « La France dépense 40 milliards d’euros pour le logement. Nous avons 4 millions de mal-logés. Est-ce une politique efficace ? Non ». Il feint d’ignorer que les impôts sur le logement ont rapportés 62 milliards. Il ne met pas en cause les avantages fiscaux des investisseurs privés – avantages utilisés comme argument publicitaire par des officines de défiscalisation –, peu soucieux de satisfaire les besoins prioritaires. Le logement locatif privé ne peut résoudre le problème des mal-logés puisque les propriétaires sélectionnent les locataires, refusent les personnes à faibles revenus, en emplois précaires, sans caution familiale.

« Réduction des loyers de solidarité »

En 2017, le gouvernement a arbitrairement décidé d’une baisse de 5 euros par mois des allocations logement, sous prétexte de garantir le passage de la France sous la barre des 3% de déficit public. En 2018, il instaure une baisse de 50 euros des allocations pour les seuls locataires des HLM, sous le nom trompeur de « réduction des loyers de solidarité ». Par ailleurs, est annoncée la fin des allocations logement accession (qui facilitait l’accession à la propriété de familles modestes), la prise en compte du patrimoine des bénéficiaires dans le calcul des droits aux allocations, le gel de l’indexation des APL et la prise en compte des ressources de l’année courante. Mesures qui, au total, devraient lui permettre de réduire de 3,2 milliards les dépenses annuelles d’allocation logement d’ici 2022. D’un côté, les ménages les plus pauvres verront s’accroître leurs difficultés financières. De l’autre, les HLM doivent diminuer leurs loyers pour compenser la baisse de l’APL pour leurs locataires bénéficiaires. Cette baisse des ressources (1,7 milliards sur 2,6 de capacité d’autofinancement) pèse sur les sociétés d’HLM les plus pauvres, celles qui abritent les populations les plus défavorisées. Elle va nuire à leur capacité à entretenir et rénover les logements, en particulier du point de vue énergétique. Elle va freiner l’engagement des nouvelles constructions qui sont nécessaires pour améliorer la situation des 4 millions de mal-logés. C’est un coup direct contre les conditions de logement des familles les plus pauvres, qui nuit à leur capacité d’élever leurs enfants dans des conditions dignes.

Henri Sterdyniak, pour les Économistes Atterrés

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