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Nos chroniques pour "L'âge de faire"

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Mis à jour : il y a 6 jours 15 heures

ADP doit rester publique

04 Juillet 2019 - 12:34

Le Conseil constitutionnel l’a confirmé : il y aura un référendum sur la privatisation de l’entreprise Aéroports de Paris, si cette proposition recueille les signatures de 10 % des électeurs, soit 4,7 millions de personnes. ADP a un quasi-monopole de l’accès en avion dans la région parisienne. Elle pourra imposer ses tarifs aux compagnies d’aviation, en particulier à Air France. Certes, l’État aura théoriquement un droit de regard, mais l’utilisera-t-il ? Les moyens de transport pour accéder aux aéroports, comme le contrôle douanier des passagers et des marchandises, incombent aux pouvoirs publics. Faut-il que l’État prenne à sa charge les dépenses et une société privée les recettes ?
ADP possède d’importantes réserves foncières autour de Paris. Est-il acceptable qu’elle décide de bétonner ses terrains, à l’encontre des nécessités de la transition écologique ?
En même temps, le gouvernement veut privatiser la Française des jeux, une entreprise particulière, qui ne doit pas avoir l’objectif de développer son activité mais doit au contraire éviter les jeux trop attractifs, lutter contre l’addiction des joueurs, lutter contre le blanchiment d’argent sale, ce qui est contradictoire avec la maximisation de son profit.

Une opération absurde

De point de vue financier, il s’agit d’une opération absurde. Les trois privatisations envisagées (ADP, La Française des jeux, Engie) rapporteraient 15 milliards ; l’État en utiliserait 5 pour se désendetter et 10 milliards seraient placés par un fonds qui rapporterait 250 millions par an, lesquels financeraient « des innovations de rupture ». Mais ces sociétés rapportent actuellement environ 1 milliard de bénéfices à l’État par an, soit une rentabilité de plus de 6 %. Pourquoi les vendre pour placer le produit de la vente à 2,5 % ? Par ailleurs, l’État peut aujourd’hui s’endetter sur dix ans à 0,3 % pour financer de grands programmes industriels. Nul besoin de vendre des bijoux de famille.
L’aéroport de Toulouse aurait dû servir de leçon : fallait-il confier une infrastructure vitale pour une région à une entreprise chinoise pirate, soucieuse avant tout d’en tirer un maximum de cash ?
Comment expliquer de telles opérations ? Des grandes entreprises comme Bouygues, Eiffage, Vinci, sont devenues des États dans l’État. Elles disposent de profits abondants, de capacités d’emprunts quasi illimitées, alors que l’État s’est appauvri en diminuant les cotisations sociales et les impôts sur les plus riches et sur les grandes entreprises. L’État se retire pour leur laisser un champ d’action. Il leur confie les infrastructures publiques, comme il leur confie la culture ou le sport avec l’appel au mécénat.
Ces privatisations marquent un renoncement de l’État. Voilà pourquoi nous devrons nous mobiliser pour obtenir ces 4,7 millions de signatures, afin de réaffirmer que l’État doit rester le garant du bien commun.

Henri Sterdyniak, économiste atterré

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Une tragédie grecque au XXIe siècle

05 Avril 2019 - 09:15

Acte I : Le 4 février 2015, la Banque centrale européenne (BCE) prenait la décision de priver les banques grecques de l’une de leurs sources de financement en suspendant le régime qui leur permettait d’obtenir des prêts auprès d’elle. En juin 2015, la BCE montait d’un cran supplémentaire ses exigences en gelant les versements à travers le système de crédits d’urgence (ELA). Il faut dire que le gouvernement grec avait annoncé la veille son intention d’organiser un référendum sur les réformes drastiques exigées par ses créanciers en échange du maintien de la Grèce sous perfusion financière. L’asphyxie provoquée par la décision de la banque centrale européenne avait provoqué la mise en place, le 28 juin, d’un contrôle des capitaux en Grèce.

Acte II : Yanis Varoufakis, ex-ministre des finances grec, et Fabio De Masi, parlementaire allemand, souhaitaient consulter le document juridique qui appuie la décision de la BCE. Décision qui, estiment-ils, était illégitime et avait pour seul but de faire plier la Grèce lors des négociations avec ses créanciers internationaux. Mais la BCE avait refusé de communiquer ce document au nom de la protection de ses conseillers juridiques et ses délibérations internes.

Acte III : Face à la fin de non-recevoir de la BCE, Varoufakis et De Masi décident de poursuivre la Banque centrale européenne devant la Cour européenne de justice afin d’obtenir la publication du document resté confidentiel, à savoir l’avis juridique sur la base duquel la BCE a justifié sa décision de limiter les fonds octroyés aux banques grecques en 2015. Ils considèrent cette décision illégale :

En réduisant la liquidité au secteur bancaire grec pour forcer le gouvernement à faire des coupes dans les retraites, à augmenter les impôts et brader les entreprises publiques, la BCE a outrepassé son mandat.

Fabio De Masi

Acte IV : Le 12 mars 2019, la justice européenne les a déboutés, au motif que la BCE est en droit de conserver pour elle ce document. Ainsi la BCE peut décider l’arrêt du soutien d’urgence aux banques grecques sans que la base légale de cette décision soit portée à la connaissance des autorités élues et du peuple qui venait de s’exprimer par un référendum : le 5 juillet 2015, interrogé sur l’acceptation de la proposition faite par l’UE, la BCE et le FMI, le « non » l’avait emporté avec 61,31 % des suffrages. Mais la BCE, et la justice européenne aujourd’hui, n’ont que faire du vote du peuple quand le résultat ne correspond pas à leurs souhaits. Le peuple grec a dû accepter des baisses de salaires, des coupes dans les retraites, des augmentations d’impôts, l’austérité, des inégalités et une pauvreté accrues et des années d’humiliation. Tout cela au nom d’un nouveau « droit », le droit à la discrétion pour la BCE !

Esther Jeffers, économiste atterrée

Cette chronique des économistes atterré.e.s paraît tous les mois dans le journal L’âge de faire. Abonnez-vous ! Vous êtes notre réussite !

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Une tragédie grecque au XXIe siècle

05 Avril 2019 - 09:15

Acte I : Le 4 février 2015, la Banque centrale européenne (BCE) prenait la décision de priver les banques grecques de l’une de leurs sources de financement en suspendant le régime qui leur permettait d’obtenir des prêts auprès d’elle. En juin 2015, la BCE montait d’un cran supplémentaire ses exigences en gelant les versements à travers le système de crédits d’urgence (ELA). Il faut dire que le gouvernement grec avait annoncé la veille son intention d’organiser un référendum sur les réformes drastiques exigées par ses créanciers en échange du maintien de la Grèce sous perfusion financière. L’asphyxie provoquée par la décision de la banque centrale européenne avait provoqué la mise en place, le 28 juin, d’un contrôle des capitaux en Grèce.

Acte II : Yanis Varoufakis, ex-ministre des finances grec, et Fabio De Masi, parlementaire allemand, souhaitaient consulter le document juridique qui appuie la décision de la BCE. Décision qui, estiment-ils, était illégitime et avait pour seul but de faire plier la Grèce lors des négociations avec ses créanciers internationaux. Mais la BCE avait refusé de communiquer ce document au nom de la protection de ses conseillers juridiques et ses délibérations internes.

Acte III : Face à la fin de non-recevoir de la BCE, Varoufakis et De Masi décident de poursuivre la Banque centrale européenne devant la Cour européenne de justice afin d’obtenir la publication du document resté confidentiel, à savoir l’avis juridique sur la base duquel la BCE a justifié sa décision de limiter les fonds octroyés aux banques grecques en 2015. Ils considèrent cette décision illégale :

En réduisant la liquidité au secteur bancaire grec pour forcer le gouvernement à faire des coupes dans les retraites, à augmenter les impôts et brader les entreprises publiques, la BCE a outrepassé son mandat.

Fabio De Masi

Acte IV : Le 12 mars 2019, la justice européenne les a déboutés, au motif que la BCE est en droit de conserver pour elle ce document. Ainsi la BCE peut décider l’arrêt du soutien d’urgence aux banques grecques sans que la base légale de cette décision soit portée à la connaissance des autorités élues et du peuple qui venait de s’exprimer par un référendum : le 5 juillet 2015, interrogé sur l’acceptation de la proposition faite par l’UE, la BCE et le FMI, le « non » l’avait emporté avec 61,31 % des suffrages. Mais la BCE, et la justice européenne aujourd’hui, n’ont que faire du vote du peuple quand le résultat ne correspond pas à leurs souhaits. Le peuple grec a dû accepter des baisses de salaires, des coupes dans les retraites, des augmentations d’impôts, l’austérité, des inégalités et une pauvreté accrues et des années d’humiliation. Tout cela au nom d’un nouveau « droit », le droit à la discrétion pour la BCE !

Esther Jeffers, économiste atterrée

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Carburants : pour une écologie populaire

22 Novembre 2018 - 17:00
Au nom de l’écologie, le gouvernement augmente fortement les taxes sur le carburant. Cette décision est irresponsable.
Elle ne s’inscrit pas dans une stratégie globale de transition écologique.

Le soupçon selon lequel ces taxes financent les cadeaux fiscaux aux plus riches et aux entreprises (sans effet sur l’emploi) est fondé, puisque les dépenses pour l’écologie n’augmentent pas par ailleurs. Le bâtiment (chauffage des habitations et bureaux) représente 20 % des émissions de gaz à effet de serre (GES) de la France. Or le gouvernement a réduit les subventions pour la rénovation thermique du bâti ancien. De même, il freine la construction de logements neufs (peu énergivores) à la fois privés (réduction des aides aux primo-accédants) et plus encore de HLM. Le transport est responsable de près de 30 % des émissions de GES. Rien n’est prévu pour réduire le transport routier de marchandises, lequel est pourtant responsable d’un tiers de ces émissions. La part du fret ferroviaire dans le transport des marchandises a chuté de 24 % en 1990 à 10 %  aujourd’hui. Le ferroviaire subit la concurrence déloyale de la route puisque, à l’inverse des camions, il paie ses infrastructures. Rien n’est prévu pour le relancer. Rien n’est prévu pour re-réglementer le transport routier de marchandises, en le taxant pour le désavantager, en soutenant (contre le principe de « libre concurrence ») les compagnies nationales face à des concurrentes qui s’adonnent au dumping social et environnemental. L’ouverture à la concurrence a été délétère pour le fret ferroviaire : le gouvernement a décidé de l’étendre au transport de passagers. De nouvelles « petites lignes » fermeront donc. De même, aucune taxe sur le kérosène n’est prévue (alors que certains pays le taxent pour les vols intérieurs).

LE SIGNAL-PRIX EST DÉJÀ LÀ

Et la voiture ? Dans une trentaine d’années, la voiture électrique devra être généralisée. Mais comment assurer cette transition ? La hausse du prix du carburant est nécessaire sur une longue période pour dissuader son usage. Mais cette hausse doit être planifiée et annoncée. Le prix du pétrole variant fortement (40 dollars en 2004, 100 en 2008, 60 en 2009, 100 entre 2011 et 2014, 30 début 2016), les taxes devraient être ajustées en conséquence. Depuis début 2016, le prix du baril a plus que doublé. Le signal-prix est déjà là, le supplément de taxes ne se justifie donc pas. Surtout, la hausse du prix du carburant est à compenser par des mesures fortes pour les moins aisés, bien au-delà des mesurettes annoncées. Le chèque énergie pour les ménages modestes, par exemple, devrait être beaucoup plus revalorisé que prévu (+50 euros seulement). Il en va de même pour les primes à la conversion qui devraient être à la fois bien plus amples pour les moins aisés, mieux ciblées (50 % des véhicules neufs vendus aujourd’hui sont des SUV(1)) et plus réfléchies (on oublie souvent que la construction d’un véhicule neuf requiert beaucoup d’« énergie grise »). L’écologie doit être populaire. On en est loin avec Macron.

Christophe Ramaux, économiste atterré

1- Véhicule utilitaire de sport.

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Carburants : pour une écologie populaire

22 Novembre 2018 - 17:00
Au nom de l’écologie, le gouvernement augmente fortement les taxes sur le carburant. Cette décision est irresponsable.
Elle ne s’inscrit pas dans une stratégie globale de transition écologique.

Le soupçon selon lequel ces taxes financent les cadeaux fiscaux aux plus riches et aux entreprises (sans effet sur l’emploi) est fondé, puisque les dépenses pour l’écologie n’augmentent pas par ailleurs. Le bâtiment (chauffage des habitations et bureaux) représente 20 % des émissions de gaz à effet de serre (GES) de la France. Or le gouvernement a réduit les subventions pour la rénovation thermique du bâti ancien. De même, il freine la construction de logements neufs (peu énergivores) à la fois privés (réduction des aides aux primo-accédants) et plus encore de HLM. Le transport est responsable de près de 30 % des émissions de GES. Rien n’est prévu pour réduire le transport routier de marchandises, lequel est pourtant responsable d’un tiers de ces émissions. La part du fret ferroviaire dans le transport des marchandises a chuté de 24 % en 1990 à 10 %  aujourd’hui. Le ferroviaire subit la concurrence déloyale de la route puisque, à l’inverse des camions, il paie ses infrastructures. Rien n’est prévu pour le relancer. Rien n’est prévu pour re-réglementer le transport routier de marchandises, en le taxant pour le désavantager, en soutenant (contre le principe de « libre concurrence ») les compagnies nationales face à des concurrentes qui s’adonnent au dumping social et environnemental. L’ouverture à la concurrence a été délétère pour le fret ferroviaire : le gouvernement a décidé de l’étendre au transport de passagers. De nouvelles « petites lignes » fermeront donc. De même, aucune taxe sur le kérosène n’est prévue (alors que certains pays le taxent pour les vols intérieurs).

LE SIGNAL-PRIX EST DÉJÀ LÀ

Et la voiture ? Dans une trentaine d’années, la voiture électrique devra être généralisée. Mais comment assurer cette transition ? La hausse du prix du carburant est nécessaire sur une longue période pour dissuader son usage. Mais cette hausse doit être planifiée et annoncée. Le prix du pétrole variant fortement (40 dollars en 2004, 100 en 2008, 60 en 2009, 100 entre 2011 et 2014, 30 début 2016), les taxes devraient être ajustées en conséquence. Depuis début 2016, le prix du baril a plus que doublé. Le signal-prix est déjà là, le supplément de taxes ne se justifie donc pas. Surtout, la hausse du prix du carburant est à compenser par des mesures fortes pour les moins aisés, bien au-delà des mesurettes annoncées. Le chèque énergie pour les ménages modestes, par exemple, devrait être beaucoup plus revalorisé que prévu (+50 euros seulement). Il en va de même pour les primes à la conversion qui devraient être à la fois bien plus amples pour les moins aisés, mieux ciblées (50 % des véhicules neufs vendus aujourd’hui sont des SUV(1)) et plus réfléchies (on oublie souvent que la construction d’un véhicule neuf requiert beaucoup d’« énergie grise »). L’écologie doit être populaire. On en est loin avec Macron.

Christophe Ramaux, économiste atterré

1- Véhicule utilitaire de sport.

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Le protectionnisme de Trump

05 Juin 2018 - 16:14
La guerre commerciale que Trump annonçait vouloir engager semble pour l’instant repoussée. Après avoir quitté l’accord de partenariat transpacifique négocié par Obama, les États-Unis ont annoncé en avril qu’ils étaient prêts à négocier leur réintégration. Avec l’UE, un nouveau TAFTA est envisagé par les autorités européennes. Mais la surprise est surtout venue de l’annonce d’un accord commercial avec la Chine. Donald Trump serait-il en train d’opérer une volte-face ?

Il ne faut pas s’y tromper. Le protectionnisme de Trump n’a jamais été pensé comme un outil de régulation du commerce international mais comme une arme de type mercantiliste. En menaçant ses partenaires d’une hausse des droits de douane, Trump se donnait pour objectif de réduire le déficit commercial des États-Unis et d’apporter des gages à une partie de son électorat. Le protectionnisme a en effet deux visages. Celui que Trump affiche est celui d’un homme d’affaires qui applique à l’échelle des États-Unis les méthodes d’un entrepreneur sans scrupule profitant d’un rapport de force favorable pour imposer à ses partenaires des concessions toujours plus grandes. Dur avec les faibles, conciliant avec les forts, ce type de politique tend à renforcer plutôt qu’à corriger les travers d’un capitalisme déjà dominé par de puissantes multinationales. C’est aussi un protectionnisme transitoire. Une fois les concessions obtenues, le marché doit à nouveau s’imposer sur le mode d’une concurrence biaisée en faveur des forts.

Vers une disparition des normes…

Mais le protectionnisme peut aborder un autre visage, celui qui permettrait de réguler réellement le capitalisme et d’en corriger les défauts les plus criants. Comment ne pas voir que le coût économique d’un bien va toujours dans le sens opposé à son coût social et environnemental ? La manière dont la mondialisation fonctionne favorise la disparition des normes. Toute contrainte nationale imposée aux entreprises pour protéger les salariés ou l’environnement se traduit mécaniquement par un coût supplémentaire. Résultat : les entreprises sont contraintes de délocaliser ou se voient menacées de disparaître. Elles exigent donc la disparition des normes pour s’aligner sur les pays les moins-disants.
Ce processus de concurrence destructive qui sacrifie les impératifs de long terme au bénéfice d’une compétitivité de court terme ne peut être évité que d’une seule manière : en imposant aux pays qui ne respectent pas certaines normes élémentaires une taxe compensatoire. Pourquoi ne pas avoir sanctionné commercialement les États-Unis lorsque Trump décida de se retirer de l’accord de Paris sur le climat ? Pourquoi ne pas exiger de la Chine le respect de la liberté syndicale ? L’idéologie libre-échangiste est impuissante à corriger les déséquilibres du capitalisme. Réguler la mondialisation et préserver l’avenir implique d’être capable d’agir sur le commerce international, non pour avantager les puissants, mais pour préserver les règles et les normes.

David Cayla, économiste atterré.

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Le protectionnisme de Trump

05 Juin 2018 - 16:14
La guerre commerciale que Trump annonçait vouloir engager semble pour l’instant repoussée. Après avoir quitté l’accord de partenariat transpacifique négocié par Obama, les États-Unis ont annoncé en avril qu’ils étaient prêts à négocier leur réintégration. Avec l’UE, un nouveau TAFTA est envisagé par les autorités européennes. Mais la surprise est surtout venue de l’annonce d’un accord commercial avec la Chine. Donald Trump serait-il en train d’opérer une volte-face ?

Il ne faut pas s’y tromper. Le protectionnisme de Trump n’a jamais été pensé comme un outil de régulation du commerce international mais comme une arme de type mercantiliste. En menaçant ses partenaires d’une hausse des droits de douane, Trump se donnait pour objectif de réduire le déficit commercial des États-Unis et d’apporter des gages à une partie de son électorat. Le protectionnisme a en effet deux visages. Celui que Trump affiche est celui d’un homme d’affaires qui applique à l’échelle des États-Unis les méthodes d’un entrepreneur sans scrupule profitant d’un rapport de force favorable pour imposer à ses partenaires des concessions toujours plus grandes. Dur avec les faibles, conciliant avec les forts, ce type de politique tend à renforcer plutôt qu’à corriger les travers d’un capitalisme déjà dominé par de puissantes multinationales. C’est aussi un protectionnisme transitoire. Une fois les concessions obtenues, le marché doit à nouveau s’imposer sur le mode d’une concurrence biaisée en faveur des forts.

Vers une disparition des normes…

Mais le protectionnisme peut aborder un autre visage, celui qui permettrait de réguler réellement le capitalisme et d’en corriger les défauts les plus criants. Comment ne pas voir que le coût économique d’un bien va toujours dans le sens opposé à son coût social et environnemental ? La manière dont la mondialisation fonctionne favorise la disparition des normes. Toute contrainte nationale imposée aux entreprises pour protéger les salariés ou l’environnement se traduit mécaniquement par un coût supplémentaire. Résultat : les entreprises sont contraintes de délocaliser ou se voient menacées de disparaître. Elles exigent donc la disparition des normes pour s’aligner sur les pays les moins-disants.
Ce processus de concurrence destructive qui sacrifie les impératifs de long terme au bénéfice d’une compétitivité de court terme ne peut être évité que d’une seule manière : en imposant aux pays qui ne respectent pas certaines normes élémentaires une taxe compensatoire. Pourquoi ne pas avoir sanctionné commercialement les États-Unis lorsque Trump décida de se retirer de l’accord de Paris sur le climat ? Pourquoi ne pas exiger de la Chine le respect de la liberté syndicale ? L’idéologie libre-échangiste est impuissante à corriger les déséquilibres du capitalisme. Réguler la mondialisation et préserver l’avenir implique d’être capable d’agir sur le commerce international, non pour avantager les puissants, mais pour préserver les règles et les normes.

David Cayla, économiste atterré.

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Attractivité : l’obsession

26 Avril 2018 - 15:20

En janvier dernier, Emmanuel Macron invitait à Versailles 140 « grands » patrons étrangers dans une entreprise de séduction qui visait à les convaincre de « choisir la France ». En France, l’attractivité est devenue une obsession qui se transmet de gouvernement en gouvernement. Au niveau international ou local, les États et les territoires font régulièrement l’objet de classements relayés par les médias. On entend ainsi que la France retrouve son attractivité, on lit que Londres est la métropole la plus attractive du monde (cabinet PWC). On trouve dans la presse régionale que la Nouvelle Aquitaine est la Région la plus attractive de France (Sud-Ouest), à moins que ce ne soit l’Occitanie (La Tribune) ou la Bretagne (Ouest France) ; chacun s’arrangeant avec ses critères et ses classements.
Que faut-il faire, finalement, pour être un champion de l’attractivité ? Et a-t-on vraiment intérêt à l’être ? Les classements, établis par des organismes privés, peu soucieux de méthodologie, prennent en compte notamment le dynamisme économique à travers le PIB, les investissement publics et privés, la qualité des infrastructures, le niveau d’éducation et la « facilité à faire des affaires ». Moins l’État intervient dans la vie de l’entreprise, plus il permet à son pays d’être un territoire attractif. On s’étonnera peu, dès lors, de voir Hong-Kong, Singapour ou la Suisse truster le haut des classements internationaux.

UN JEU NON COOPÉRATIF
La France peut-elle rivaliser avec ces paradis fiscaux ? Et surtout, y a-t-elle intérêt ? La compétition que se livrent les territoires pour attirer le plus d’investissements possibles s’est traduite ces dernières décennies par une course au « moins-disant » : moins d’impôt, moins de social ou encore moins de normes environnementales. Cette course est vaine et ne se fait pas automatiquement, contrairement à ce qui fut indiqué par l’Elysée lors du Sommet de l’attractivité à Versailles, « au bénéfice de l’investissement et de l’emploi ». Les 25 millions d’euros de subventions publiques accordées depuis 2013 à Ford pour maintenir son activité à Blanquefort, plutôt que de contribuer à la dynamique du territoire, de l’innovation et de l’emploi, débouchent aujourd’hui sur une annonce de délocalisation. Ce jeu non coopératif de l’attractivité est par essence même, et à travers ses conséquences, en totale contradiction avec une politique de développement durable. Une véritable politique d’attractivité à long terme se fonde sur des critères de performances hors-marchés tels que la qualité des systèmes d’éducation et de santé, le dialogue social, la qualité de vie, la capacité à prendre en compte les problématiques environnementales. Mais cela suppose de sortir de l’idéologie du « toujours moins » pour promouvoir une stratégie de développement concertée.
Le reflet qu’offre le miroir de l’attractivité n’est qu’une image éphémère et trompeuse : les premières places du classement n’assurent ni progrès social, ni développement économique durable et renforcent une logique de concurrence qui ne peut faire que des perdants, sauf ceux qui sont aux commandes.

Anne Musson, des Économistes Atterrés

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Attractivité : l’obsession

26 Avril 2018 - 15:20

En janvier dernier, Emmanuel Macron invitait à Versailles 140 « grands » patrons étrangers dans une entreprise de séduction qui visait à les convaincre de « choisir la France ». En France, l’attractivité est devenue une obsession qui se transmet de gouvernement en gouvernement. Au niveau international ou local, les États et les territoires font régulièrement l’objet de classements relayés par les médias. On entend ainsi que la France retrouve son attractivité, on lit que Londres est la métropole la plus attractive du monde (cabinet PWC). On trouve dans la presse régionale que la Nouvelle Aquitaine est la Région la plus attractive de France (Sud-Ouest), à moins que ce ne soit l’Occitanie (La Tribune) ou la Bretagne (Ouest France) ; chacun s’arrangeant avec ses critères et ses classements.
Que faut-il faire, finalement, pour être un champion de l’attractivité ? Et a-t-on vraiment intérêt à l’être ? Les classements, établis par des organismes privés, peu soucieux de méthodologie, prennent en compte notamment le dynamisme économique à travers le PIB, les investissement publics et privés, la qualité des infrastructures, le niveau d’éducation et la « facilité à faire des affaires ». Moins l’État intervient dans la vie de l’entreprise, plus il permet à son pays d’être un territoire attractif. On s’étonnera peu, dès lors, de voir Hong-Kong, Singapour ou la Suisse truster le haut des classements internationaux.

UN JEU NON COOPÉRATIF
La France peut-elle rivaliser avec ces paradis fiscaux ? Et surtout, y a-t-elle intérêt ? La compétition que se livrent les territoires pour attirer le plus d’investissements possibles s’est traduite ces dernières décennies par une course au « moins-disant » : moins d’impôt, moins de social ou encore moins de normes environnementales. Cette course est vaine et ne se fait pas automatiquement, contrairement à ce qui fut indiqué par l’Elysée lors du Sommet de l’attractivité à Versailles, « au bénéfice de l’investissement et de l’emploi ». Les 25 millions d’euros de subventions publiques accordées depuis 2013 à Ford pour maintenir son activité à Blanquefort, plutôt que de contribuer à la dynamique du territoire, de l’innovation et de l’emploi, débouchent aujourd’hui sur une annonce de délocalisation. Ce jeu non coopératif de l’attractivité est par essence même, et à travers ses conséquences, en totale contradiction avec une politique de développement durable. Une véritable politique d’attractivité à long terme se fonde sur des critères de performances hors-marchés tels que la qualité des systèmes d’éducation et de santé, le dialogue social, la qualité de vie, la capacité à prendre en compte les problématiques environnementales. Mais cela suppose de sortir de l’idéologie du « toujours moins » pour promouvoir une stratégie de développement concertée.
Le reflet qu’offre le miroir de l’attractivité n’est qu’une image éphémère et trompeuse : les premières places du classement n’assurent ni progrès social, ni développement économique durable et renforcent une logique de concurrence qui ne peut faire que des perdants, sauf ceux qui sont aux commandes.

Anne Musson, des Économistes Atterrés

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Faut-il faire des économies sur les allocations logement ?

03 Avril 2018 - 13:10

Avoir un toit est le premier besoin des familles. Le poids des dépenses de logement est particulièrement important pour les foyers les plus pauvres. En moyenne, un ménage consacre 18% de son revenu à ses dépenses de logement, mais, pour les 25% de ménages les plus pauvres, ce taux atteint 27% pour les locataires du secteur social et même 41% pour les locataires du secteur privé. Heureusement, ce taux d’effort est diminué par des allocations qui représentaient en 2016 une vingtaine de milliards d’euros, soit 1% du PIB, versées à 6,5 millions de ménages. Comme l’indique l’INSEE, les allocations logement sont la prestation sociale la plus redistributive, celle qui contribue le plus à réduire les inégalités de revenu. Le montant des allocations logement versées en France est équivalent à celui versé au Royaume-Uni, un autre pays qui souffre de la cherté des loyers.

Cependant, la technocratie de Bercy est persuadée qu’il est possible de faire des économies importantes là-dessus. Elle prétend que ce sont ces allocations qui feraient augmenter les loyers, alors que la moitié des bénéficiaires sont dans un logement social, que 90 % des autres ont maintenant un loyer supérieur au plafond des allocations. Ainsi Emmanuel Macron a-t-il déclaré : « La France dépense 40 milliards d’euros pour le logement. Nous avons 4 millions de mal-logés. Est-ce une politique efficace ? Non ». Il feint d’ignorer que les impôts sur le logement ont rapportés 62 milliards. Il ne met pas en cause les avantages fiscaux des investisseurs privés – avantages utilisés comme argument publicitaire par des officines de défiscalisation –, peu soucieux de satisfaire les besoins prioritaires. Le logement locatif privé ne peut résoudre le problème des mal-logés puisque les propriétaires sélectionnent les locataires, refusent les personnes à faibles revenus, en emplois précaires, sans caution familiale.

« Réduction des loyers de solidarité »

En 2017, le gouvernement a arbitrairement décidé d’une baisse de 5 euros par mois des allocations logement, sous prétexte de garantir le passage de la France sous la barre des 3% de déficit public. En 2018, il instaure une baisse de 50 euros des allocations pour les seuls locataires des HLM, sous le nom trompeur de « réduction des loyers de solidarité ». Par ailleurs, est annoncée la fin des allocations logement accession (qui facilitait l’accession à la propriété de familles modestes), la prise en compte du patrimoine des bénéficiaires dans le calcul des droits aux allocations, le gel de l’indexation des APL et la prise en compte des ressources de l’année courante. Mesures qui, au total, devraient lui permettre de réduire de 3,2 milliards les dépenses annuelles d’allocation logement d’ici 2022. D’un côté, les ménages les plus pauvres verront s’accroître leurs difficultés financières. De l’autre, les HLM doivent diminuer leurs loyers pour compenser la baisse de l’APL pour leurs locataires bénéficiaires. Cette baisse des ressources (1,7 milliards sur 2,6 de capacité d’autofinancement) pèse sur les sociétés d’HLM les plus pauvres, celles qui abritent les populations les plus défavorisées. Elle va nuire à leur capacité à entretenir et rénover les logements, en particulier du point de vue énergétique. Elle va freiner l’engagement des nouvelles constructions qui sont nécessaires pour améliorer la situation des 4 millions de mal-logés. C’est un coup direct contre les conditions de logement des familles les plus pauvres, qui nuit à leur capacité d’élever leurs enfants dans des conditions dignes.

Henri Sterdyniak, pour les Économistes Atterrés

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Faut-il faire des économies sur les allocations logement ?

03 Avril 2018 - 13:10

Avoir un toit est le premier besoin des familles. Le poids des dépenses de logement est particulièrement important pour les foyers les plus pauvres. En moyenne, un ménage consacre 18% de son revenu à ses dépenses de logement, mais, pour les 25% de ménages les plus pauvres, ce taux atteint 27% pour les locataires du secteur social et même 41% pour les locataires du secteur privé. Heureusement, ce taux d’effort est diminué par des allocations qui représentaient en 2016 une vingtaine de milliards d’euros, soit 1% du PIB, versées à 6,5 millions de ménages. Comme l’indique l’INSEE, les allocations logement sont la prestation sociale la plus redistributive, celle qui contribue le plus à réduire les inégalités de revenu. Le montant des allocations logement versées en France est équivalent à celui versé au Royaume-Uni, un autre pays qui souffre de la cherté des loyers.

Cependant, la technocratie de Bercy est persuadée qu’il est possible de faire des économies importantes là-dessus. Elle prétend que ce sont ces allocations qui feraient augmenter les loyers, alors que la moitié des bénéficiaires sont dans un logement social, que 90 % des autres ont maintenant un loyer supérieur au plafond des allocations. Ainsi Emmanuel Macron a-t-il déclaré : « La France dépense 40 milliards d’euros pour le logement. Nous avons 4 millions de mal-logés. Est-ce une politique efficace ? Non ». Il feint d’ignorer que les impôts sur le logement ont rapportés 62 milliards. Il ne met pas en cause les avantages fiscaux des investisseurs privés – avantages utilisés comme argument publicitaire par des officines de défiscalisation –, peu soucieux de satisfaire les besoins prioritaires. Le logement locatif privé ne peut résoudre le problème des mal-logés puisque les propriétaires sélectionnent les locataires, refusent les personnes à faibles revenus, en emplois précaires, sans caution familiale.

« Réduction des loyers de solidarité »

En 2017, le gouvernement a arbitrairement décidé d’une baisse de 5 euros par mois des allocations logement, sous prétexte de garantir le passage de la France sous la barre des 3% de déficit public. En 2018, il instaure une baisse de 50 euros des allocations pour les seuls locataires des HLM, sous le nom trompeur de « réduction des loyers de solidarité ». Par ailleurs, est annoncée la fin des allocations logement accession (qui facilitait l’accession à la propriété de familles modestes), la prise en compte du patrimoine des bénéficiaires dans le calcul des droits aux allocations, le gel de l’indexation des APL et la prise en compte des ressources de l’année courante. Mesures qui, au total, devraient lui permettre de réduire de 3,2 milliards les dépenses annuelles d’allocation logement d’ici 2022. D’un côté, les ménages les plus pauvres verront s’accroître leurs difficultés financières. De l’autre, les HLM doivent diminuer leurs loyers pour compenser la baisse de l’APL pour leurs locataires bénéficiaires. Cette baisse des ressources (1,7 milliards sur 2,6 de capacité d’autofinancement) pèse sur les sociétés d’HLM les plus pauvres, celles qui abritent les populations les plus défavorisées. Elle va nuire à leur capacité à entretenir et rénover les logements, en particulier du point de vue énergétique. Elle va freiner l’engagement des nouvelles constructions qui sont nécessaires pour améliorer la situation des 4 millions de mal-logés. C’est un coup direct contre les conditions de logement des familles les plus pauvres, qui nuit à leur capacité d’élever leurs enfants dans des conditions dignes.

Henri Sterdyniak, pour les Économistes Atterrés

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Pour défendre le salaire minimum

04 Janvier 2018 - 13:59
Comme chaque année, un groupe de cinq experts vient de se prononcer contre la revalorisation du SMIC.

Pire, ils demandent maintenant que soit remises en cause ses règles d’évolution, qui font que le SMIC est indexé sur l’inflation et que son pouvoir d’achat augmente comme la moitié de celui des ouvriers et employés. Ce n’est pas étonnant, le gouvernement choisit ses experts, qui se sont toujours prononcés contre le salaire minimum, contre le droit du travail, et même contre le débat en matière économique. Cette mise en cause est particulièrement malvenue, quand l’Allemagne introduit un salaire minimum, quand le Royaume-Uni augmente le sien, quand la France plaide pour l’harmonisation sociale en Europe. Un salaire minimum de 60 % du salaire médian dans chaque pays éviterait la pression à la baisse sur les salaires par l’importation de travailleurs, immigrés ou détachés, sous-payés. Un niveau satisfaisant du salaire minimum valorise le travail et évite que certaines entreprises ne profitent trop de la situation de salariés en difficulté. Le problème est que le salaire minimum est aujourd’hui contourné, par le travail rémunéré à la tâche et surtout par le pseudo auto-entreprenariat ; qu’il ne protège plus de la pauvreté en raison du développement du travail précaire, à temps partiel.

Faire payer les crises financières aux smicards
Qui peut croire que le SMIC nuit à la compétitivité alors qu’il ne concerne que 6 % des salariés de l’industrie, que son coût pour l’entreprise n’est que 37 % de celui du salaire moyen ? Quel est son poids par rapport à celui de la financiarisation (dividendes et salaires des hauts dirigeants) ? La plupart des emplois au SMIC sont aujourd’hui des emplois de services indispensables. La hausse du SMIC ne va pas faire disparaitre le besoin de manutentionnaires, d’agents de nettoyage, de serveurs, d’aides-soignantes.
Faut-il supprimer le lien entre l’évolution du SMIC et celle du salaire moyen ? Très vite, le SMIC perdrait son rôle et l’écart des salaires se creuserait encore dans les entreprises. Faut-il, comme le préconisent les experts, avoir la possibilité de faire payer aux smicards les crises financières induites par l’avidité des marchés financiers en réduisant encore la consommation des ménages ?
Les experts prétendent compenser la baisse du SMIC par la hausse de la prime d’activité, comme si les contraintes financières imposées par l’Europe ne pesaient pas sur les dépenses sociales. Une fois le SMIC abaissé, l’argument « il faut que le travail paie » aboutira vite à la baisse du RSA. La France ne doit pas se donner comme objectif de baisser le niveau de vie des plus pauvres.

Henri Sterdyniak, économiste atterré.

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Pour défendre le salaire minimum

04 Janvier 2018 - 13:59
Comme chaque année, un groupe de cinq experts vient de se prononcer contre la revalorisation du SMIC.

Pire, ils demandent maintenant que soit remises en cause ses règles d’évolution, qui font que le SMIC est indexé sur l’inflation et que son pouvoir d’achat augmente comme la moitié de celui des ouvriers et employés. Ce n’est pas étonnant, le gouvernement choisit ses experts, qui se sont toujours prononcés contre le salaire minimum, contre le droit du travail, et même contre le débat en matière économique. Cette mise en cause est particulièrement malvenue, quand l’Allemagne introduit un salaire minimum, quand le Royaume-Uni augmente le sien, quand la France plaide pour l’harmonisation sociale en Europe. Un salaire minimum de 60 % du salaire médian dans chaque pays éviterait la pression à la baisse sur les salaires par l’importation de travailleurs, immigrés ou détachés, sous-payés. Un niveau satisfaisant du salaire minimum valorise le travail et évite que certaines entreprises ne profitent trop de la situation de salariés en difficulté. Le problème est que le salaire minimum est aujourd’hui contourné, par le travail rémunéré à la tâche et surtout par le pseudo auto-entreprenariat ; qu’il ne protège plus de la pauvreté en raison du développement du travail précaire, à temps partiel.

Faire payer les crises financières aux smicards
Qui peut croire que le SMIC nuit à la compétitivité alors qu’il ne concerne que 6 % des salariés de l’industrie, que son coût pour l’entreprise n’est que 37 % de celui du salaire moyen ? Quel est son poids par rapport à celui de la financiarisation (dividendes et salaires des hauts dirigeants) ? La plupart des emplois au SMIC sont aujourd’hui des emplois de services indispensables. La hausse du SMIC ne va pas faire disparaitre le besoin de manutentionnaires, d’agents de nettoyage, de serveurs, d’aides-soignantes.
Faut-il supprimer le lien entre l’évolution du SMIC et celle du salaire moyen ? Très vite, le SMIC perdrait son rôle et l’écart des salaires se creuserait encore dans les entreprises. Faut-il, comme le préconisent les experts, avoir la possibilité de faire payer aux smicards les crises financières induites par l’avidité des marchés financiers en réduisant encore la consommation des ménages ?
Les experts prétendent compenser la baisse du SMIC par la hausse de la prime d’activité, comme si les contraintes financières imposées par l’Europe ne pesaient pas sur les dépenses sociales. Une fois le SMIC abaissé, l’argument « il faut que le travail paie » aboutira vite à la baisse du RSA. La France ne doit pas se donner comme objectif de baisser le niveau de vie des plus pauvres.

Henri Sterdyniak, économiste atterré.

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Enseignement supérieur : un peu d’ordre social…

01 Décembre 2017 - 11:06

Fin octobre, le ministère de l’Enseigne- ment supérieur et de la recherche a rendu sa copie concernant la réforme de l’entrée à l’université. Dès la rentrée prochaine, les étudiants se verront opposer différentes réponses à leurs vœux de poursuite d’étude. Outre le fait d’être accepté directement, l’étudiant pourra recevoir deux autres réponses à ses demandes de formation : « oui-si », signifiant que son acceptation sera conditionnelle à l’inscription d’un parcours d’étude spécifique au préalable, et « en attente », signifiant que l’étudiant a postulé dans une filière en tension et qu’il sera accepté en cas de désistement. Comment appeler cette réforme autrement que par « sélection » ? Rappelons qu’elle s’inscrit dans un contexte de cure d’austérité des établissements depuis que la Loi Pécresse de 2007 a consacré leur autonomie budgétaire. Le nombre d’enseignants- chercheurs ayant diminué et les infrastructures étant insuffisantes, les universités ne peuvent pas faire face au choc démographique étudiant. La réponse du gouvernement n’a pas été d’augmenter (logiquement) les moyens alloués aux universités, mais de faire le « tri » entre les étudiants.

CETTE RÉFORME ACCENTUERA LES INÉGALITÉS

Alors que l’enseignement supérieur se trouve traversé de toute part par les inégalités sociales – en termes de répartition des différentes catégories sociales par disciplines, par types d’établissement ou niveaux d’étude –, le constat est toujours le même, celui d’une reproduction et d’une légitimation de ces inégalités par le système scolaire. Or, cette réforme ne fera que les accentuer. Certains publics étudiants, les plus démunis scolairement et socialement, se verront ainsi opposer une barrière à l’entrée de certaines formations, renforçant de facto leur caractère inégalitaire. De nombreux travaux de recherche montrent qu’à résultats scolaires identiques, les élèves ne font pas les mêmes choix d’orientation en fonction de leur milieu social d’origine. In fine, cette réforme conduira à une auto-sélection des étudiants pro- venant des milieux les plus modestes. Au-delà d’une hiérarchisation des filières, la réforme va, en introduisant la possibilité pour les établissements d’introduire des spécificités locales dans la définition des attendus, créer une polarisation entre établissements. Penser qu’afficher les « attendus » par filière permettra à tous les étudiants d’avoir les mêmes capacités à s’orienter, c’est oublier les grandes inégalités socio-économiques et culturelles qui préexistent et qui ne feront que s’accentuer avec la politique actuelle.

Sabina Issehnane et Léonard Moulin, des Économistes atterrés

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Enseignement supérieur : un peu d’ordre social…

01 Décembre 2017 - 11:06

Fin octobre, le ministère de l’Enseigne- ment supérieur et de la recherche a rendu sa copie concernant la réforme de l’entrée à l’université. Dès la rentrée prochaine, les étudiants se verront opposer différentes réponses à leurs vœux de poursuite d’étude. Outre le fait d’être accepté directement, l’étudiant pourra recevoir deux autres réponses à ses demandes de formation : « oui-si », signifiant que son acceptation sera conditionnelle à l’inscription d’un parcours d’étude spécifique au préalable, et « en attente », signifiant que l’étudiant a postulé dans une filière en tension et qu’il sera accepté en cas de désistement. Comment appeler cette réforme autrement que par « sélection » ? Rappelons qu’elle s’inscrit dans un contexte de cure d’austérité des établissements depuis que la Loi Pécresse de 2007 a consacré leur autonomie budgétaire. Le nombre d’enseignants- chercheurs ayant diminué et les infrastructures étant insuffisantes, les universités ne peuvent pas faire face au choc démographique étudiant. La réponse du gouvernement n’a pas été d’augmenter (logiquement) les moyens alloués aux universités, mais de faire le « tri » entre les étudiants.

CETTE RÉFORME ACCENTUERA LES INÉGALITÉS

Alors que l’enseignement supérieur se trouve traversé de toute part par les inégalités sociales – en termes de répartition des différentes catégories sociales par disciplines, par types d’établissement ou niveaux d’étude –, le constat est toujours le même, celui d’une reproduction et d’une légitimation de ces inégalités par le système scolaire. Or, cette réforme ne fera que les accentuer. Certains publics étudiants, les plus démunis scolairement et socialement, se verront ainsi opposer une barrière à l’entrée de certaines formations, renforçant de facto leur caractère inégalitaire. De nombreux travaux de recherche montrent qu’à résultats scolaires identiques, les élèves ne font pas les mêmes choix d’orientation en fonction de leur milieu social d’origine. In fine, cette réforme conduira à une auto-sélection des étudiants pro- venant des milieux les plus modestes. Au-delà d’une hiérarchisation des filières, la réforme va, en introduisant la possibilité pour les établissements d’introduire des spécificités locales dans la définition des attendus, créer une polarisation entre établissements. Penser qu’afficher les « attendus » par filière permettra à tous les étudiants d’avoir les mêmes capacités à s’orienter, c’est oublier les grandes inégalités socio-économiques et culturelles qui préexistent et qui ne feront que s’accentuer avec la politique actuelle.

Sabina Issehnane et Léonard Moulin, des Économistes atterrés

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Que veut-on vraiment pour l’agriculture bio en France ?

30 Octobre 2017 - 15:15

La demande est forte, il faut laisser jouer le marché pour arriver à des prix permettant de justes rémunérations » : c’est par cette idée – que lui a soufflée le secrétaire général de la FNSEA Jérôme Despey – que Stéphane Travert, actuel ministre de l’Agriculture, a justifié en septembre l’abandon du soutien de l’État au financement des aides au maintien de l’agriculture biologique. Le sort de celle-ci résulterait dès lors du seul arbitrage des conseils régionaux. Si l’idée d’arriver à de justes rémunérations apparaît louable, l’argument du marché apparaît en revanche comme une grosse ficelle. En effet, une majorité des agriculteurs de notre pays tire une part plus qu’importante de leur revenu des subsides de la politique agricole commune (PAC). En 2015, alors que 91 % des exploitations bénéficiaient au moins d’une subvention, 53 % des exploitations présentaient un résultat courant avant impôt négatif, niveau ramené à 15 % après subventions (1). Alors pourquoi viser ainsi l’agriculture bio ? Est-ce que cela coûte trop cher ? Est-ce inefficace ?

Patrimoine environnemental
Jusqu’alors, les aides à l’agriculture bio représentaient environ 160 millions d’euros par an (sur la période 2015-2020), à rapporter aux 9 milliards du budget total de la PAC sur la période. Pour la Fédération nationale de l’agriculture biologique (Fnab), plutôt que d’annoncer une baisse du soutien aux agriculteurs bio, il aurait au contraire été bienvenu de renforcer les moyens financiers afin de montrer l’importance des enjeux portés par cette filière, tant du point de vue écologique que du point de vue social.
De fait, ces aides se justifient tout d’abord au regard d’arguments techniques, celui des rendements, qui sont généralement inférieurs en agriculture bio, en particulier lors des phases de conversion. Mais, même dans l’hypothèse où les rendements atteints seraient comparables à ceux en agriculture conventionnelle, ce qui peut être rendu possible par la recherche d’économies d’échelle, l’utilisation de processus plus intensifs, une mécanisation accrue (objectifs par ailleurs dénoncés comme participant d’une dérive bio business et d’une « conventionalisation » de la bio), il reste un argument majeur pour légitimer la pérennisation des aides dans le temps : celui de la contribution positive de cette agriculture à la préservation du patrimoine environnemental. Que vaut cette contribution à l’écologie  ? Le gouvernement semble avoir tranché sans avoir entendu l’appel des organisations montées au créneau pour réclamer des moyens à la hauteur des ambitions.
1 – Agreste Primeur n°342-décembre 2016.

Mathieu Béraud,  des Économistes atterrés

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Que veux-t-on vraiment pour l’agriculture bio en France ?

30 Octobre 2017 - 15:15

La demande est forte, il faut laisser jouer le marché pour arriver à des prix permettant de justes rémunérations » : c’est par cette idée – que lui a soufflée le secrétaire général de la FNSEA Jérôme Despey – que Stéphane Travert, actuel ministre de l’Agriculture, a justifié en septembre l’abandon du soutien de l’État au financement des aides au maintien de l’agriculture biologique. Le sort de celle-ci résulterait dès lors du seul arbitrage des conseils régionaux. Si l’idée d’arriver à de justes rémunérations apparaît louable, l’argument du marché apparaît en revanche comme une grosse ficelle. En effet, une majorité des agriculteurs de notre pays tire une part plus qu’importante de leur revenu des subsides de la politique agricole commune (PAC). En 2015, alors que 91 % des exploitations bénéficiaient au moins d’une subvention, 53 % des exploitations présentaient un résultat courant avant impôt négatif, niveau ramené à 15 % après subventions (1). Alors pourquoi viser ainsi l’agriculture bio ? Est-ce que cela coûte trop cher ? Est-ce inefficace ?

Patrimoine environnemental
Jusqu’alors, les aides à l’agriculture bio représentaient environ 160 millions d’euros par an (sur la période 2015-2020), à rapporter aux 9 milliards du budget total de la PAC sur la période. Pour la Fédération nationale de l’agriculture biologique (Fnab), plutôt que d’annoncer une baisse du soutien aux agriculteurs bio, il aurait au contraire été bienvenu de renforcer les moyens financiers afin de montrer l’importance des enjeux portés par cette filière, tant du point de vue écologique que du point de vue social.
De fait, ces aides se justifient tout d’abord au regard d’arguments techniques, celui des rendements, qui sont généralement inférieurs en agriculture bio, en particulier lors des phases de conversion. Mais, même dans l’hypothèse où les rendements atteints seraient comparables à ceux en agriculture conventionnelle, ce qui peut être rendu possible par la recherche d’économies d’échelle, l’utilisation de processus plus intensifs, une mécanisation accrue (objectifs par ailleurs dénoncés comme participant d’une dérive bio business et d’une « conventionalisation » de la bio), il reste un argument majeur pour légitimer la pérennisation des aides dans le temps : celui de la contribution positive de cette agriculture à la préservation du patrimoine environnemental. Que vaut cette contribution à l’écologie  ? Le gouvernement semble avoir tranché sans avoir entendu l’appel des organisations montées au créneau pour réclamer des moyens à la hauteur des ambitions.
1 – Agreste Primeur n°342-décembre 2016.

Mathieu Béraud,  des Économistes atterrés

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Vers la financiarisation de l’action sociale ?

03 Octobre 2017 - 16:58

Le 6 septembre dernier, Emmanuel Macron a nommé Christophe Itier Haut commissaire à l’Économie sociale et solidaire. C’est encore un signe fort de l’orientation idéologique de ce gouvernement : sous le discours vide de la conciliation raisonnable d’intérêts divergents, l’objectif est d’étendre l’emprise des logiques financières et marchandes sur l’ensemble de la société.
M. Itier est présenté comme un spécialiste de l’« innovation sociale » dans le champ de l’ESS car il a été, durant sept ans, directeur d’une grosse association, « La sauvegarde du Nord », qui a signé
avec le gouvernement précédent un des quatre contrats à impact social (CIS). Ces contrats sont en fait des outils de financiarisation du monde associatif. Dans un contexte d’austérité permanente et de baisse du financement des associations, ils font appel à des financeurs privés (comme BNP Paribas, la Caisse des Dépôts, Renault Mobiliz Invest, AG2R La Mondiale et la Fondation Avril) à la recherche de rentabilité substantielle pour financer des actions traditionnellement étrangères à cette logique, car relevant de la solidarité et du lien social.

DES OBJECTIFS CHIFFRÉS
Alors, comment rendre rentable une action sociale initialement non marchande ? En « rationalisant » l’action sociale, c’est à dire en diminuant les coûts (salaires et charges de fonctionnement des associations), mais surtout en développant la marchandisation. Ainsi, le CIS signé par « La Sauvegarde du Nord » permet de financer une équipe « commando » de dix travailleurs sociaux dont l’objectif unique est de baisser le taux de placement d’enfants dans des familles d’accueil, car le placement est bien plus cher que le suivi dans leur famille (de 60 000 euros contre 3 000 euros par an). Si l’objectif est atteint, l’investisseur est remboursé avec un profit substantiel et la collectivité fait des économies sur les placements.
Mais, en quoi le SEUL objectif de baisse du taux de placement serait-il le bon critère pour la société sans autres considérations (situations des familles, intérêt de l’enfant, l’évolution économique
et sociale du territoire…) ? Ce CIS rend aveugle le travail social en le focalisant sur des objectifs chiffrés et réduits à des considérations économiques. Il ne manque plus que ces CIS, qui sont des titres de dettes, s’échangent sur les marchés financiers pour que la spéculation s’empare du travail social. On le voit, ces CIS sont des instruments de rationalisation quantitative du travail social. Ce dernier, déjà très fragilisé depuis quinze ans par la logique de mise en concurrence des appels à projets, risque de subir une ultime mutilation de sa portée sociale et politique. Mais n’est-ce pas cela, la visée idéologique des ces « innovations sociales » ?

Mireille Bruyère, des Économistes atterrés

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Vers la financiarisation de l’action sociale ?

03 Octobre 2017 - 16:58

Le 6 septembre dernier, Emmanuel Macron a nommé Christophe Itier Haut commissaire à l’Économie sociale et solidaire. C’est encore un signe fort de l’orientation idéologique de ce gouvernement : sous le discours vide de la conciliation raisonnable d’intérêts divergents, l’objectif est d’étendre l’emprise des logiques financières et marchandes sur l’ensemble de la société.
M. Itier est présenté comme un spécialiste de l’« innovation sociale » dans le champ de l’ESS car il a été, durant sept ans, directeur d’une grosse association, « La sauvegarde du Nord », qui a signé
avec le gouvernement précédent un des quatre contrats à impact social (CIS). Ces contrats sont en fait des outils de financiarisation du monde associatif. Dans un contexte d’austérité permanente et de baisse du financement des associations, ils font appel à des financeurs privés (comme BNP Paribas, la Caisse des Dépôts, Renault Mobiliz Invest, AG2R La Mondiale et la Fondation Avril) à la recherche de rentabilité substantielle pour financer des actions traditionnellement étrangères à cette logique, car relevant de la solidarité et du lien social.

DES OBJECTIFS CHIFFRÉS
Alors, comment rendre rentable une action sociale initialement non marchande ? En « rationalisant » l’action sociale, c’est à dire en diminuant les coûts (salaires et charges de fonctionnement des associations), mais surtout en développant la marchandisation. Ainsi, le CIS signé par « La Sauvegarde du Nord » permet de financer une équipe « commando » de dix travailleurs sociaux dont l’objectif unique est de baisser le taux de placement d’enfants dans des familles d’accueil, car le placement est bien plus cher que le suivi dans leur famille (de 60 000 euros contre 3 000 euros par an). Si l’objectif est atteint, l’investisseur est remboursé avec un profit substantiel et la collectivité fait des économies sur les placements.
Mais, en quoi le SEUL objectif de baisse du taux de placement serait-il le bon critère pour la société sans autres considérations (situations des familles, intérêt de l’enfant, l’évolution économique
et sociale du territoire…) ? Ce CIS rend aveugle le travail social en le focalisant sur des objectifs chiffrés et réduits à des considérations économiques. Il ne manque plus que ces CIS, qui sont des titres de dettes, s’échangent sur les marchés financiers pour que la spéculation s’empare du travail social. On le voit, ces CIS sont des instruments de rationalisation quantitative du travail social. Ce dernier, déjà très fragilisé depuis quinze ans par la logique de mise en concurrence des appels à projets, risque de subir une ultime mutilation de sa portée sociale et politique. Mais n’est-ce pas cela, la visée idéologique des ces « innovations sociales » ?

Mireille Bruyère, des Économistes atterrés

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Pouvoir d’achat : la réforme miracle

06 Septembre 2017 - 11:53

Emmanuel Macron et son gouvernement prétendent augmenter le pouvoir d’achat des actifs par une réforme miracle. La suppression des cotisations maladie et chômage des salariés (3,15 % actuellement) serait compensée par une hausse de 1,7 point de la CSG. Les salariés gagneraient donc 1,45 % de salaire brut, sans coût supplémentaire pour les entreprises et pour les finances publiques. Faut-il applaudir ?
Non, car la réforme met en cause le principe de l’assurance chômage. La suppression des cotisations des salariés permettra d’évincer les syndicats de la gestion de l’Unedic. Elle risque d’aboutir au remplacement des prestations chômage actuelles – droit des salariés ayant cotisé, proportionnelles au salaire perdu – par une prestation uniforme de faible montant. Les bénéficiaires de revenus du capital ne seront pas perdants, puisque le gouvernement prévoit au contraire de baisser à 30 % leur taux d’imposition (qui est aujourd’hui de l’ordre de 44 %, en ajoutant la CSG, les prélèvements sociaux et l’impôt sur le revenu).

BAISSE DRASTIQUE DES ALLOCATIONS CHÔMAGE
Aux non-salariés, le gouvernement a fait deux promesses contradictoires : d’une part, qu’ils auraient le même gain de pouvoir d’achat que les salariés, soit 1,45 % de leur revenu alors qu’ils ne paient pas actuellement de cotisations chômage ; d’autre part, qu’ils auraient droit à l’assurance chômage. Mais cela suppose que leur revenu supporte les mêmes cotisations que les salaires (soit les 1,7 point de CSG et les 4 points de cotisations sociales patronales), soit une perte de revenu de 5,7 %. Nul ne sait comment la contradiction sera résolue. Les perdants seront essentiellement les retraités (du moins les 60 % d’entre eux dont le revenu mensuel est supérieur à 1 330 euros) qui subiront une perte de revenu de 1,7 %. Déplaisante politique de déshabiller Pierre pour habiller Paul en essayant de culpabiliser les retraités. Ainsi, le ministre de l’Économie les exhorte à accepter ce sacrifice pour aider les actifs, comme si les retraités ne supportaient pas déjà, depuis de nombreuses années, l’absence de toute revalorisation du pouvoir d’achat de leurs pensions, de plus rognées par la montée en puissance de la CSG.
Globalement, le pouvoir d’achat des ménages ne devrait pas augmenter puisqu’il ne faut pas augmenter le déficit public : la hausse de la CSG est censée compenser la baisse des cotisations salariés… sauf que le projet n’est pas équilibré financièrement : 14 milliards de hausse de revenu pour les actifs et 2 milliards d’allocation chômage pour les non-salariés, contre 6 milliards prélevés sur les retraités. La face cachée du projet est que les 10 milliards manquants seront obtenus par une baisse drastique des allocations chômage.

Henri Sterdyniak,
des Économistes atterrés

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