Nous pensons que d'autres politiques économiques
sont possibles. Entrez dans le débat citoyen avec nous.

  • rss
  • facebook
  • twitter
  • rss

Nos chroniques pour "L'âge de faire"

S'abonner à flux Nos chroniques pour "L'âge de faire" Nos chroniques pour "L'âge de faire"
Solidaire, social et écologique
Mis à jour : il y a 5 jours 9 heures

Crise grecque : une histoire européenne

28 Avril 2015 - 15:04

Fin 2014, la dette grecque représentait 317 milliards d’euros, soit 176 % du PIB, contre 103 % en 2007. Cette dette résulte d’un triple aveuglement. D’abord, celui des marchés financiers, qui ont prêté à la Grèce, sans tenir compte du niveau insoutenable de ses déficits public et extérieur. Ensuite, l’aveuglement des classes dirigeantes et des gouvernements grecs, qui ont laissé se développer une croissance déséquilibrée, basée sur les bulles financières et immobilières, la corruption, la mauvaise gouvernance, la fraude et l’évasion fiscale. Enfin, l’aveuglement des institutions européennes qui, après le laxisme des années 2001-2007, ont imposé à la Grèce des programmes d’austérité écrasants et humiliants. Ceux-ci ont certes permis de réduire le déficit public, mais ils ont fait augmenter le ratio dette/PIB, en raison de la chute du PIB, qui est 25 % en dessous de son niveau de 2008. L’austérité a surtout plongé la Grèce dans la détresse économique et sociale, dont le taux de chômage supérieur à 25 %, et le taux de pauvreté de 36 %, sont de tristes illustrations.

Par Catherine Mathieu et Henri Sterdyniak, économistes atterrés

Peut-on imposer à la Grèce de continuer à respecter ses engagements européens, de réduire sa dette à 60 % du PIB en 20 ans ? La Grèce devrait verser chaque année 6 % de son PIB ; cette ponction déséquilibrerait son économie et empêcherait toute reprise. L’Europe ne peut demander au gouvernement grec de renoncer à son programme électoral pour mettre en œuvre la politique du gouvernement précédent, qui a échoué.

Le programme de Syriza comporte la reconstitution de la protection sociale, des services publics, d’un niveau de vie acceptable des retraités et salariés pauvres, mais aussi la réforme fiscale, la lutte contre la corruption, la recherche d’un nouveau mode de développement, basé sur le renouveau productif. C’est un chemin ambitieux, qui suppose de lutter contre l’avidité et l’inertie des classes dominantes et de mobiliser la société tout entière, mais c’est le seul porteur d’avenir.

L’Europe doit donner du temps au peuple grec, pour permettre au nouveau gouvernement de mettre en œuvre son programme de redressement social puis productif. Il faut rendre soutenable sa dette en la transformant en dette à très long terme, protégée de la spéculation. Cette dette pourrait être financée par des euro-obligations à des taux très faibles (0,5 % à 10 ans). Ainsi, les contribuables européens ne seront pas mis à contribution, et la charge de la dette grecque sera acceptable.

La France doit soutenir la proposition de Syriza d’une conférence européenne de la dette, car le cas grec ne fait qu’illustrer le dysfonctionnement de la zone. Pour sortir de la crise économique, sociale et politique, la zone euro doit effectuer une rupture franche : ne pas chercher à réduire la dette par l’austérité, mais par la mise en cause de la domination de la finance et par un renouveau productif axé sur la transition écologique.

The post Crise grecque : une histoire européenne appeared first on Le site du journal L'âge de faire.

Combien pour une vie décente?

29 Mars 2015 - 15:30

Par Pierre Concialdi, économiste atterré,

Une récente étude de l’Observatoire national de la pauvreté et de l’exclusion sociale (ONPES) vient de chiffrer le budget nécessaire pour avoir un « niveau de vie minimum décent » et « participer à la vie sociale ». La méthode est novatrice. Elle a consisté à réunir des groupes de consensus représentant environ 200 ménages, pour les faire discuter et argumenter sur le contenu détaillé du panier de biens et services nécessaires pour mener une vie décente, dans un processus qui s’est étalé sur plus de deux ans. Cette démarche permet de dépasser le caractère conventionnel des seuils statistiques usuels.

Avec un logement en parc social dans une ville moyenne, le budget minimum s’élève à 1 424 euros par mois pour une personne seule ; il atteint 3 585 euros pour un couple avec deux enfants logé dans le parc privé. Dans toutes les situations familiales examinées, on est très loin du niveau de vie garanti par les minima sociaux, lesquels couvrent environ la moitié de ces budgets. Selon la situation familiale, le déficit de revenu varie d’environ 500 euros à 800 euros par mois et par équivalent adulte.

40 % des ménages en deçà du seuil

Environ 40 % des ménages ne disposent pas de ce minimum nécessaire et doivent faire des économies forcées en rognant sur divers postes de dépense. Ce pourcentage grimpe à 95 % pour les familles monoparentales – essentiellement des femmes – avec deux enfants : ces ménages sacrifient leurs besoins en matière de soins et se serrent fortement la ceinture sur les frais de garde et de cantine. Ces restrictions touchent aussi fortement (à 60 %) les personnes retraitées vivant seules. Seuls les couples sans enfant s’en sortent un peu mieux : 12 % « seulement » de ces ménages sont dans le rouge.

Le caractère massif de ce phénomène n’est pas réellement surprenant. D’une part, parce que ce résultat est cohérent avec les études régulières de l’Insee et du ministère des affaires sociales sur les conditions de vie des ménages. D’autre part, parce qu’il traduit dans une large mesure le bas niveau des revenus salariaux. L’exemple des familles monoparentales l’illustre bien. Pour accéder au budget minimum nécessaire (2 599 euros dans le parc social, 2 830 euros dans le parc privé), il faut disposer d’un revenu salarial annuel au moins égal à 2,1 Smic. Or, les trois quarts des salariés gagnent moins dans l’année.

Ces chiffres donnent la mesure des difficultés quotidiennes auxquelles sont confrontées nombre de ménages. Ils permettent aussi de mieux comprendre le sentiment d’exclusion qui peut s’emparer de ces ménages privés des moyens nécessaires pour participer à la vie sociale.

The post Combien pour une vie décente? appeared first on Le site du journal L'âge de faire.

L’agriculture grignotée par le capital

04 Mars 2015 - 15:19

Par Alban Pellegris, économiste atterré.

L’effacement démographique est une constante de l’histoire de l’agriculture française. En 2010, sur 100 actifs, seuls 3 travaillaient dans l’agriculture, contre 36 en 1946. La poursuite de leur disparition, à un rythme de 2,5 %, par an interpelle. « A quoi cela rimera de n’avoir plus que 50 000 agriculteurs dans un pays qui aura peut être 5 millions de chômeurs ? » demande à juste titre Roland Huraux (Marianne, 05/03/10). Mais au delà de la question de l’emploi, c’est le choix du modèle de développement agricole qui resurgit : une agriculture écologique moins spécialisée, moins dépendante des intrants chimiques et du pétrole, relocalisée, serait nécessairement plus intensive en main d’œuvre. Nous n’en prenons apparemment pas le chemin, et le renouvellement des acteurs de la production agricole ne laisse guère plus optimiste.

La fin d’une singularité

A la fin des années 50, les paysans peu productifs avaient été incités à se retirer pour laisser la place à ceux d’entre eux aspirant à devenir des agriculteurs « modernes ». Cependant, malgré ce bouleversement des moyens techniques et de la productivité, l’agriculteur continuait de mettre en œuvre, à l’instar du paysan, un outil de travail qui lui appartenait : indépendant, il recourait de manière marginale au salariat. L’ambition du syndicalisme agricole d’après guerre était en effet de promouvoir la constitution d’exploitations suffisamment rentables pour que le couple accède à la parité des niveaux de vie avec le reste de la société. Ainsi l’exploitation familiale devint la base sociale du productivisme de sorte que, en 2007 encore, 20 % des travailleurs de l’agriculture sont salariés, contre 90 % pour l’ensemble des secteurs.

Cette singularité est peut être en train de prendre fin. Depuis 1995, le pourcentage de salariés augmente et les plus grosses exploitations prennent des allures de firmes : le capital y est détenu par des investisseurs qui ne travaillent pas sur l’exploitation, tandis que le travail est apporté par des salariés. En cause, la nouvelle Pac (Politique agricole commune) libérale n’a pas mis fin à la course aux rendements, raison pour laquelle une partie de la profession bataille, avec succès, contre la « discrimination à l’encontre des sociétés » ainsi que toutes mesures limitant leur expansion. La ferme des mille vaches (1 750 bovins, un méthaniseur, 18 salariés, 27 000 L de lait/jour) est devenue le symbole de ce phénomène. Les conséquences sanitaires et environnementales, mais aussi la prise de pouvoir des grands détenteurs de capitaux au sein des exploitations, doivent être dénoncées. Elles nous éloignent d’une alternative qui est urgente.

The post L’agriculture grignotée par le capital appeared first on Le site du journal L'âge de faire.

La zone euro dans le piège de la déflation

28 Janvier 2015 - 16:41

La zone euro dans le piège de la déflation

par Dominique Plihon, économiste attérré.

La zone euro est la région du monde développé qui a le moins bien résisté au choc de la crise. Plus de 18 millions de personnes y sont au chômage. Mais il y a une autre source d’inquiétude : les prix ont baissé dans la zone à la fin 2014, ce qui peut être le début d’un processus de déflation, spirale négative entrainant une baisse durable des prix et des salaires. La déflation est dangereuse, car elle se traduit par une chute cumulative de l’activité et de l’emploi. Dans un climat de baisse des prix et d’incertitude, ménages et entreprises préfèrent différer leurs dépenses, ce qui déprime l’activité et l’emploi. De plus, sortir du piège de la déflation est extrêmement difficile. En témoigne l’expérience récente du Japon qui a subi une spirale déflationniste depuis les années 1990 dont il a du mal à sortir, malgré la thérapie de choc du premier ministre Shinzo Abe.

Les facteurs qui ont conduit la zone euro au bord de la déflation sont bien identifiés. Il y a bien sûr la baisse spectaculaire des prix du pétrole. Mais les causes profondes sont ailleurs : ce sont les politiques d’austérité budgétaire et salariale imposées par les dirigeants européens, et qui ont été érigées en dogme officiel avec l’adoption en 2012 du « Traité pour la stabilité, la coordination et la gouvernance » (TSCG)1.

 

Rénovation thermique, transports collectifs…

Face à ce risque de déflation, la zone euro n’a recours qu’à une seule arme : une politique monétaire non sélective. La Banque centrale européenne a prêté sans aucune condition aux banques plus de 1 000 milliards d’euros à des taux d’intérêt proches de zéro, avec un effet quasi-nul sur l’investissement. Ce qui n’est pas une surprise ! Les ménages et entreprises ne peuvent que s’abstenir d’investir dans le contexte récessif créé par les politiques d’austérité.

En refusant, par pur dogmatisme, d’abandonner l’austérité budgétaire et salariale, alors que la politique monétaire actuelle a atteint ses limites, les responsables européens font preuve d’un aveuglement coupable. Seul un changement de cap radical permettra d’éviter l’écueil de la déflation dont on a vu les risques considérables dans les années 1930. Le plan de relance de 310 milliards d’euros proposé par Juncker, le président de la Commission européenne, apparait insuffisant. Pour des impératifs sociaux et écologiques, il est urgent de mettre en œuvre un programme massif d’investissements publics dans les énergies renouvelables, la rénovation thermique de l’habitat et les transports collectifs. Pour enclencher un cercle économique vertueux, ce plan doit s’accompagner d’une augmentation du pouvoir d’achat et des dépenses sociales. Ce sont là des propositions du Nouveau Manifeste des économistes atterrés2.

 

1 Les économistes atterrés, « L’Europe mal-Traitée – refuser le Pacte budgétaire et ouvrir d’autres perspectives », Les Liens qui Libèrent, 2012.

2 « Nouveau Manifeste des économistes atterrés – 15 chantiers pour une autre économie », Les liens qui Libèrent, 2015.

The post La zone euro dans le piège de la déflation appeared first on Le site du journal L'âge de faire.

Amérique latine : le retour des vieux démons

26 Décembre 2014 - 17:01

Par Jean-François Ponsot, économiste atteré

Le dégel des relations diplomatiques entre les Etats-Unis et Cuba n’est pas anodin. Il traduit la volonté des Etats-Unis de conquérir un nouveau marché, mais également de retrouver leur zone d’influence naturelle : l’Amérique latine. Il faut dire qu’avec l’alternance politique dans les années 2000 en Amérique du sud, ils ont perdu de leur suprématie dans la région. L’arrivée au pouvoir de gouvernements de gauche (Lula au Brésil, Chavez au Venezuela, Kirchner en Argentine, Correa en Equateur, Morales en Bolivie, etc.) a favorisé dans ces pays le rejet des prescriptions néolibérales du Consensus de Washington, une intervention accrue de l’Etat, avec notamment l’activation d’ambitieuses politiques de redistribution des richesses, et le souci d’intégrer des objectifs sociaux et environnementaux dans les politiques publiques. Elle a traduit aussi une forte volonté de se détourner de la dépendance au dollar. Le poids des motivations d’ordre politique ou économiques diffèrent selon les pays. Mais, globalement, la recherche de cet objectif a réuni les dirigeants sud-américains autour de la nécessité de diversifier la liste des partenaires commerciaux, de rejeter la zone de libre-échange des Amériques (ZLEA) voulue par George Bush, de prendre ses distances avec les institutions financières internationales (Banque Mondiale, FMI), et enfin de promouvoir le développement de la coopération monétaire régionale pour se passer du dollar.

La Chine, grand gagnant

Le grand gagnant de cette évolution est la Chine, devenue le premier partenaire commercial du Brésil et le premier créancier de la région. Les crédits qu’elle accorde servent en priorité ses intérêts : financements d’industries extractivistes et exploitation intensives des ressources naturelles. Certains gouvernements, ceux du Venezuela et de l’Equateur, vivent à nouveau sous perfusion financière. Mais la Chine sait accorder des facilités de paiement : plus de la moitié des prêts sont assortis de clauses permettant de rembourser l’emprunt en pétrole. Ce qui n’incite évidemment pas à sortir de la spécialisation centrée sur l’exploitation du pétrole…

L’essor des échanges entre la Chine et l’Amérique du sud n’a donc pas contribué à la mise en application d’un nouveau modèle de développement pourtant voulu par les nouveaux dirigeants. Au contraire, ils ont enfermé l’Amérique du sud dans une nouvelle dépendance commerciale et financière, accéléré la désindustrialisation et la reprimarisation de l’économie, engagé une redistribution inéquitable des richesses et accentué l’exploitation intensive des ressources naturelles. L’Amérique du sud a renoué, malgré elle, avec deux de ses vieux démons : la dette, et une dépendance commerciale qui l’enferme dans l’extractivisme. Si l’on ajoute à cela, le net ralentissement de la croissance et la chute brutale du prix du pétrole qui pénalise les exportateurs de brut, nul doute que l’année 2015 sera difficile pour la majorité des pays de ce continent.

The post Amérique latine : le retour des vieux démons appeared first on Le site du journal L'âge de faire.

Après la bulle immobilière, la bulle étudiante ?

27 Novembre 2014 - 18:04

Eric Berr (économiste atterré).

Tandis que nous sommes toujours éclaboussés par les conséquences de l’éclatement de la bulle immobilière (la crise des subprime), une note de la Banque de France (1) nous signale que de nombreux risques pèsent sur le marché du crédit étudiant aux Etats-Unis. Nous y apprenons en effet qu’en 2012, 70 % des étudiants diplômés aux Etats-Unis avaient contracté ce type de crédit. Au total, ce sont 40 millions d’Américains qui ont un prêt étudiant, dont le montant moyen s’élève à 30 000 dollars et dont l’encours total atteint 1 100 milliards de dollars début 2014 (la dette étudiante est, après l’emprunt immobilier, la deuxième source d’endettement aux Etats-Unis). Le fait que 85 % de ceux-ci sont des prêts fédéraux à taux d’intérêt fixe et garantis par l’Etat amène l’auteur de cette note à conclure que, s’il existe bel et bien un risque pour les finances publiques en raison d’un nombre croissant de défauts, la faible titrisation de ces prêts fait que la dette étudiante ne constitue pas un risque du même ordre que les prêts subprime.

Les raisons de s’inquiéter sont pourtant nombreuses. En période d’augmentation du chômage, l’entrée sur le marché du travail est retardée et l’on prolonge souvent ses études afin d’accroître ses chances de décrocher un emploi conforme à ses attentes. Or, les droits d’inscription dans les universités américaines ont augmenté de près de 30 % entre 2006 et 2012, afin de compenser la chute de 85 % des revenus financiers des universités sur la même période et le désengagement des Etats.

L’accroissement du chômage et l’augmentation des droits d’inscription conduisent inévitablement à la hausse du crédit étudiant qui, à son tour, impacte négativement la consommation (celle des étudiants car les remboursements grèvent largement leur budget, mais aussi celle de leur famille car les étudiants endettés restent plus longtemps chez leurs parents). En outre, avec un système de retraite par capitalisation, les jeunes actifs américains ont également plus de mal à épargner en vue de leur retraite.

Afin d’enrayer cette spirale négative, le président Obama a décidé en juin 2014 d’étendre le programme d’aide au remboursement des prêts étudiants (pay as you earn) afin de permettre aux jeunes diplômés de plafonner à 10 % de leur revenu mensuel le remboursement de leurs prêts étudiants fédéraux. Si une telle mesure peut redonner un peu d’air à court terme, elle contraint toutefois les jeunes diplômés à demeurer endettés sur une longue période. Ce n’est certainement pas ainsi qu’on leur prépare un bel avenir.

1-Céline Mistretta-Belna, « L’accroissement de la dette étudiante aux Etats-Unis, source de fragilité économique ? », Bulletin de la Banque de France N° 197, 3e trimestre 2014.

The post Après la bulle immobilière, la bulle étudiante ? appeared first on Le site du journal L'âge de faire.

Contrôlons le gouvernement plutôt que les chômeurs

01 Novembre 2014 - 15:09

Par Sabina Issehnane, économiste atterrée.

Après avoir entendu les déclarations de François Rebsamen, ministre du Travail, sur la nécessité de contrôler les chômeurs, le rapport sur l’expérimentation dédiée au contrôle des demandeurs d’emploi vient d’être rendu public. Ce rapport, qui n’a aucune vocation scientifique, montre des résultats qui ne peuvent être utilisés qu’avec prudence, comme l’affirme aujourd’hui le directeur de Pôle emploi. Pourtant, pendant près d’une semaine, a résonné sur toutes les ondes un résultat erroné, selon lequel un chômeur sur cinq ne recherchait pas un emploi.

Rappelons que, depuis début 2014, Pôle emploi a mis en place une nouvelle offre de service qui distingue trois types d’accompagnement, selon les besoins du demandeur d’emploi : « renforcé », « guidé », « suivi ». Un conseiller suit ainsi en moyenne 181 demandeurs d’emploi en portefeuille « suivi », 108 demandeurs d’emploi pour un portefeuille « guidé », et 56 demandeurs d’emploi pour l’accompagnement « renforcé ». Derrière ces moyennes, se cachent d’importantes disparités, notamment territoriales : un conseiller peut être amené à suivre plus de 400 personnes.

Pôle emploi déclare que le contrôle pour insuffisance de recherche d’emploi, lors des entretiens de suivi, a conduit à environ 1 175 chômeurs radiés par mois, en 2013. Pourquoi vouloir créer, dans ces conditions, des équipes dédiées au contrôle de la recherche d’emploi ? L’expérimentation a été mise en œuvre dans neuf agences de trois régions différentes. Cette étude conclut que 8 à 35 % des demandeurs d’emploi contrôlés ont été radiés, soit une moyenne de 17 % sur les 6 572 demandeurs d’emploi contrôlés.

L’expérimentation comporte cependant plusieurs biais. D’abord, les résultats sont fortement dépendants des modèles de ciblage retenus afin d’effectuer les contrôles, selon que ces derniers s’appuient davantage sur des requêtes ciblées à partir de la situation du demandeur d’emploi, que sur des requêtes aléatoires. En outre, il faut noter que les radiations ont été pour l’essentiel d’une durée de 15 jours et le taux de réinscription après radiation a été de 61 à 71 %. Seuls les chômeurs avec plus de 4 mois d’ancienneté ont été contrôlés. Les chômeurs sanctionnés sont ainsi, en majorité, des chômeurs de longue durée, et sont moins souvent indemnisés. Nous sommes donc loin d’une armée de chômeurs vivant sur leur allocation sans rechercher un emploi.

Rappelons juste que moins de la moitié des demandeurs d’emploi sont indemnisés au titre du chômage (hors allocation formation), et que les bénéficiaires de l’assurance chômage perçoivent 1 055 euros par mois en moyenne. Au lieu de remettre la responsabilité du chômage sur les chômeurs eux-mêmes, le gouvernement devrait se préoccuper davantage de sa politique économique et sociale.

The post Contrôlons le gouvernement plutôt que les chômeurs appeared first on Le site du journal L'âge de faire.

Vers la domination des entreprises mastodondes

27 Août 2014 - 11:33

 

Par Henri Sterdyniak, économiste atterré.

Le XXIe siècle verra sans doute quelques firmes mastodontes jouer un rôle de plus en plus dominant dans l’économie mondiale. Ce seront les empires du siècle, avec leurs seigneurs et leurs serfs, qui auront autant, sinon plus de pouvoir, sur la vie des générations futures que les Etats.

Ces firmes, nous les voyons grossir, prendre de plus en plus d’importance. Elles bénéficient des possibilités qu’offre internet. Elles peuvent facilement lever des capitaux : en ces temps de liquidités abondantes, il leur suffit de convaincre quelques banquiers et financiers qui leurs ouvrent des lignes de crédit quasi-illimités ; elles peuvent ainsi être à l’affut des progrès techniques, acheter à prix d’or les brevets innovants ou censés l’être, augmenter leur influence grâce à l’effet d’économie d’échelle et de réseau : le client préfère utiliser un logiciel qui a déjà beaucoup d’applications et d’utilisateurs qu’un nouveau logiciel. Il est important d’être le premier à développer un produit, d’où leur frénésie d’innovation.

C’est Amazon, qui conquiert des positions dominantes dans la diffusion d’objets culturels. Le libraire compétent est remplacé par un manutentionnaire beaucoup moins bien rémunéré ; Amazon, devenu acheteur dominant, va pouvoir imposer ses prix à ses fournisseurs, au détriment des éditeurs ou des producteurs. Surtout Amazon va pouvoir favoriser tel ou tel produit culturel, refuser de vendre celui-ci ou du moins décourager ses achats. Une entreprise multinationale opaque va progressivement prendre le contrôle de l’univers culturel.

Des règles de fonctionnement socialement décidées

C’est Google qui peut choisir les sites vers lesquels elle oriente les demandes des utilisateurs, qui peut promouvoir les sites qui lui versent des redevances, qui met en vente des mots-clefs, qui détourne les recettes publicitaires à son profit, et ne respecte guère les règles de respect de la vie privée. C’est Apple qui peut choisir les logiciels et les applications qu’elle propose à ses clients, qui organise l’obsolescence accélérée de ses produits. C’est Booking.com qui impose des commissions importantes aux hôtels qu’elle référence. Ces firmes se caractérisent aussi par des stratégies d’optimisation fiscale qui leur permettent de payer peu d’impôts, ce qui leur donne un avantage injustifié par rapport aux entreprises nationales.

Certes, ces entreprises apportent un plus aux clients, mais ce plus, elles le font payer et acquièrent progressivement un pouvoir incontrôlable. Ne faudrait-il pas que les Etats imposent à ces grandes entreprises de nouvelles règles de fonctionnement, socialement décidées et contrôlées, par exemple en mettant en place des comités représentant toutes les parties prenantes (usagers, fournisseurs, salariés) ?

The post Vers la domination des entreprises mastodondes appeared first on Le site du journal L'âge de faire.

Plein emploi permanent

03 Juillet 2014 - 12:05

Par Dany Lang, économiste atterré,

L’employeur en dernier ressort pour le plein emploi permanent,

Depuis les années 1970, le chômage est devenu une maladie structurelle des économies développées. Le tournant néolibéral des années 1980, ainsi que les politiques d’austérité et autres politiques de l’offre menées depuis 2009, l’aggravent. Pourtant, le chômage n’est pas une fatalité. La mise en œuvre de stratégies volontaristes de reconversion écologique permettrait d’assurer une hausse significative de l’emploi. Avec un véritable plan de reconversion écologique, de nombreuses personnes seraient employées à des tâches permettant la transition vers des économies moins énergivores et plus humaines. Pour autant, il nous faut réfléchir à la manière d’assurer, durablement, le plein emploi, et ce indépendamment de la phase du cycle dans laquelle l’économie se trouve. Dans le même mouvement, il faut mener des politiques destinées à déconnecter l’emploi de la croissance.

Keynes définissait le plein emploi comme une situation où le taux de chômage est inférieur à 1% en temps de paix. Pour Keynes comme pour Minsky, on ne peut compter sur le secteur privé pour y parvenir, tout simplement parce que tel n’est pas son travail. L’action de l’État ou des collectivités locales comme « employeur en dernier ressort » (EDR) s’impose alors. Dans une politique d’EDR, la puissance publique s’engage à fournir un emploi à tous ceux qui sont prêts à travailler pour un salaire de subsistance et éventuellement plus élevé, en fonction des qualifications requises pour les emplois proposés. Selon Minsky, il s’agit de « prendre les chômeurs tels qu’ils sont » et « d’adapter les emplois publics à leurs compétences ». Les emplois se situent dans des services intensifs en travail et socialement utiles (que le marché est incapable de prendre en charge) : aide aux enfants, personnes âgées et malades, amélioration de la vie urbaine (espace verts, médiation sociale, restauration de bâtiments …), environnement, animation en milieu scolaire, activités artistiques, etc. Comme le résume Minsky, l’objectif est «  une meilleure utilisation des capacités existantes plutôt que leur accroissement ».

Pour Keynes, l’EDR doit être une politique permanente pour lutter contre les cycles : en période d’intense activité, le vivier d’EDR s’amoindrit, ce qui permet de contrer un risque éventuel d’inflation. A l’opposé, en période de récession, les tendances déflationnistes sont contrées par des embauches massives dans le cadre des programmes d’EDR.

Des impôts fortement redistributifs et les économies réalisées sur les prestations des personnes qui sortiraient du chômage permettraient de financer ces emplois. Ces sources pourraient être combinées à une taxe kilométrique, destinée à inciter les agents à consommer des produits locaux.Au vu des taux de chômage historiquement élevés des économies européennes, le plein emploi doit redevenir l’objectif final des politiques. La stratégie d’EDR, largement mise en place sous Roosevelt, mais aussi, plus récemment, en Inde et en Argentine, est une manière convaincante d’y parvenir.

 

Cet article Plein emploi permanent est apparu en premier sur Le site du journal L'âge de faire.

Tafta : un nouveau traité pour arranger les affaires des grandes multinationales

27 Mai 2014 - 12:04

Nathalie Coutinet, économiste atterrée

Cela fait presque un an que la Commission Européenne est entrée en négociation, au nom des 28 Etats membres de l’Union, avec les Etats-Unis afin d’établir une vaste zone de libre-échange : TAFTA.

L’enjeu de ces négociations est de baisser, voire d’éliminer, les différentes barrières aux échanges, c’est à dire les Droits de douanes et les Barrières non tarifaires. Les droits de douane entre les deux puissances étant déjà très faibles, le véritable enjeu concerne les « barrières non tarifaires », c’est à dire l’ensemble des « normes » et des réglementations qui encadrent la production et la circulation des biens et services. Ces dernières expriment généralement des préférences sociales et culturelles et contribuent à dessiner des « modèles de société ». Cela se traduit notamment par le fait que les Européens appliquent dans de nombreux domaines – santé, agriculture, l’alimentation… – le principe de précaution, tandis que les Américains appliquent le principe de la preuve (c’est aux consommateurs de « prouver » que le produit est nocif). L’agriculture constitue un secteur exemplaire : les Américains mangent du bœuf boosté aux hormones ou des volailles chlorées, lesquelles sont interdites dans l’UE.

Cependant, la disposition la plus inquiétante concerne la protection des investisseurs. Au nom d’un décrété « traitement juste et équitable », des entreprises auraient le droit de s’opposer à un Etat ou une collectivité locale dont elles estimeraient les décisions contraires à leurs intérêts. Et ces contestations seraient conduites non pas devant une juridiction étatique mais devant des arbitres internationaux « indépendants »… C’est ainsi qu’une compagnie américaine qui exploite du gaz de schiste a obtenu 151 millions d’euros de dédommagements parce que l’Etat québécois a instauré un moratoire sur l’exploration de ce gaz.

Cet accord profiterait donc principalement aux grandes multinationales. Négociés dans le secret, Tafta aurait, au mieux, des retombées macroéconomiques extrêmement faibles : de l’ordre de 119 milliards de dollars par an pour l’Union Européenne sur une période de 10 ans (CEPR, 2013).

Dans le même esprit, l’Union européenne négocie, toujours en secret, avec 23 autres pays dans le cadre de l’Organisation mondiale du commerce, un accord dénommé TISA, sur le commerce des services, qui vise une libéralisation totale, c’est à dire une ouverture à la concurrence du « marché des services », y compris les services publics.

Nous avons tous besoin du Smic

23 Avril 2014 - 18:23

Par Mireille Bruyere, Economiste atterrée

L’attaque récente contre le Smic par le président du Medef Pierre Gattaz, à la suite de Pascal Lamy quelques jours auparavant, n’est pas nouvelle. Depuis des années, certains milieux patronaux et des économistes attribuent une grande partie du chômage à un niveau trop élevé du Smic. Ces attaques se fondent sur quatre constats. D’abord, le Smic s’applique à tous les salariés indépendamment de leur âge, qualification et lieu de résidence.
Son évolution est en partie automatique, en fonction de l’évolution de l’indice des prix à la consommation et d’un indicateur de l’évolution du pouvoir d’achat. Ensuite, le niveau du Smic est élevé relativement au salaire médian, si on compare la France aux autres pays européens. Enfin, en France, la part des salariés payés au Smic est élevée (12,3 % en 2013). De ces constats, ils déduisent que le Smic détruirait massivement, par son niveau, des emplois non qualifiés.
Lier le niveau du Smic et le niveau du chômage s’appuie sur une vision selon laquelle le chômage est seulement le résultat de la rencontre entre l’offre et la demande de travail, à l’exclusion d’autres variables macroéconomiques comme la répartition des revenus ou la demande de consommation et d’investissement. Dans ce monde, s’il existe du chômage, cela ne peut avoir que deux causes : le coût du travail est trop élevé et/ou les chômeurs choisissent de ne pas travailler car le salaire est trop faible à leur yeux. Certains individus ayant des productivités inférieures au Smic, leur embauche ne serait pas rentable pour les entreprises. Ainsi, baisser le Smic pour certaines catégories faiblement productives (les jeunes, les travailleurs sans qualification) augmenterait leurs chances d’avoir un emploi.
Le raisonnement est faux économiquement et dangereux socialement. Premièrement, il est problématique de prétendre que la productivité est une affaire individuelle. Bien sûr, les capacités des individus pour les différents emplois ne sont pas les mêmes. Mais, ces capacités ne sont que des conditions de la création de la valeur ajoutée qui, elle, est fondamentalement le résultat du travail collectif de l’ensemble de l’entreprise. Comment mesurer la productivité d’une caissière, indispensable au fonctionnement d’un magasin ?

LE COÛT DU TRAVAIL N’EST PAS LA CAUSE PRINCIPALE DU CHÔMAGE
Deuxièmement, le coût du travail n’est pas la cause principale du chômage des moins qualifiés. Cela fait plus de vingt ans que la France agit sur le coût des bas salaires. Depuis 1993, l’exonération des cotisations patronales sur les bas salaires s’est étendue à plus de 56 % des emplois. Ces exonérations coûtent à l’Etat plus de 20 milliards d’euros par an. Pourtant, elles ne créent que peu d’emplois tant l’effet d’aubaine est important. La baisse du Smic pourrait amplifier encore la baisse du coût du travail. Mais à ces effets peu significatifs sur l’emploi, s’ajouteront cette fois une baisse du revenu des salariés les plus pauvres. Au-delà d’un simple raisonnement économique, le salaire minimum contribue à la cohésion sociale comme à la cohésion interne à chaque entreprise. A ce titre, ne serait-ce pas plus pertinent de réduire les écarts maximums de revenu, soit par un impôt sur le revenu fortement progressif, soit par une forte taxation des salaires et autres revenus exorbitants ?

Transition : un nouveau « Grand Programme » ?

30 Mars 2014 - 16:02

 

par Benjamin Coriat, économiste attéré.


Même la très libérale Cour des comptes le dit  et le proclame : « L’investissement dans la transition (énergétique) ne saurait en lui-même passer pour un substitut de la politique industrielle qui demeure indispensable. » (1) Avant de parvenir à cette conclusion, la Cour passe en revue les multiples dépenses effectuées sans coordination et sans évaluation, pour ne rien dire des allées et venues de la taxation et de la réglementation qui déstabilisent les acteurs de la filière.

Non seulement je partage le point de vue de la Cour des Comptes, mais je pense qu’il faut aller plus loin, et dire haut et fort que sans un nouveau « grand programme » pensé et assumé comme tel, la transition écologique ne se fera pas. Pourquoi ? Pour la raison toute simple que l’ampleur et la complexité de la tâche à accomplir ne peuvent résulter du jeu spontané du marché et des acteurs, mêmes s’ils sont aidés et « incités » par des moyens divers.

Réussir la transition écologique et énergétique suppose à la fois, et au minimum :

  • de promouvoir vigoureusement la production des énergies renouvelables tout en trouvant les bons équilibres et les bons mix entre hydraulique, solaire, éolien, ou géothermie…

  • de programmer sur une décennie ou deux la rénovation thermique des logements et immeubles qui l’exigent (40 % des économies d’énergie en dépendent) en rendant solvables ces opérations.

  • d’assurer la transformation progressive des procédés de production pour rendre « soutenables » nombre de secteurs qui ne le sont pas.

  • de favoriser chaque fois que faire se peut les circuits courts et les modèles productifs innovants, ceux notamment basés sur l’économie du partage.

Pour ce faire, il faut coordonner une multiplicité et une diversité très grande d’acteurs en s’assurant qu’ils marchent dans la même direction. Bien sûr, l’initiative « individuelle » et locale doit jouer un grand rôle. Car personne n’imagine une main « visible » capable de tout orchestrer. Mais à l’inverse, qui peut imaginer que les initiatives nécessaires au succès de la transition pourront se faire sans qu’une activité de coordination tenace, tirant le bilan des succès et des erreurs, soit assurée par un groupe doté des compétences et des capacités d’impulser les choses dans les bonnes directions ?

Voilà pourquoi c’est d’un véritable nouveau « Grand Programme » que nous avons besoin. La France dans le passé a su mettre en place de tels projets.

1 - Synthèse du Rapport de la Cour des comptes sur la politique énergie-climat (p20)

 

Le socialisme et la production

26 février 2014 - 16:37

 

 

 

Par Henri Sterdyniak, Economiste atterré.

Les socialistes, et Marx le premier, ont toujours pensé que la révolution socialiste était avant tout le contrôle par les travailleurs eux-mêmes des moyens de production.
A l’origine, le projet socialiste n’a jamais consisté à laisser les capitalistes organiser à leur guise la production, puis à essayer de corriger, à la marge, la distribution des revenus, en prenant un peu aux plus riches et en donnant un peu aux plus pauvres. Ce socialisme de distribution tient d’autant moins la route aujourd’hui, que les inégalités de revenus se développent au niveau des entreprises (puisque les capitalistes réclament des rentabilités fabuleuses et qu’ils rémunèrent grassement les dirigeants d’entreprise qui se consacrent à leur assurer cette rentabilité) ; que les riches acceptent de moins en moins d’être taxés (puisqu’ils peuvent choisir de s’installer dans un pays à faibles impôts) ; qu’ils acceptent de moins en moins de donner aux pauvres. Surtout, les grandes entreprises veulent mettre en concurrence les travailleurs du monde entier. Elles développent un modèle de croissance qui crée de faux besoins parmi les privilégiés et ne satisfait pas les besoins essentiels des populations.

LE TRAVAILLEUR COLLECTIF
Malheureusement, le président Hollande a choisi la stratégie inverse de celle du socialisme de production : donner 35 milliards d’euros aux entreprises sans contrepartie, s’engager à réduire le pouvoir d’achat de la population (car, ces 35 milliards seront pris sur des dépenses sociales et sur des dépenses publiques qui profitent directement aux ménages), valider le discours patronal selon lequel c’est le droit du travail, les difficultés à licencier, l’obligation de consulter les salariés, qui brident la croissance, s’engager (en particulier par le Traité Transatlantique) (1) à réduire progressivement la réglementation des marchés, à laisser les grandes entreprises envahir tous les champs d’activité, à laisser le champ libre aux entrepreneurs avides.
Développer et orienter la production doit être au centre du combat socialiste, avec deux axes majeurs aujourd’hui. D’abord, changer l’entreprise pour faire participer les salariés aux décisions. Ceci suppose de reconnaitre que le fonctionnement et le développement de l’entreprise dépendent de l’effort et de la cohésion de l’ensemble de ses salariés. Il faut reconstituer le travailleur collectif, ce qui impose de réduire les inégalités de statuts et de revenus dans l’entreprise, de se donner comme objectif de développer les qualifications de chaque travailleur. Le second est de mettre la transition écologique au centre du développement de chaque entreprise. Toutes les innovations ne sont pas bonnes à prendre : l’objectif ne doit plus être de développer à tout prix le profit (et même la production) de l’entreprise, mais de contribuer à satisfaire les besoins à moindre dommage écologique.
C’est cela aujourd’hui le socialisme de production.

La nature, un capital?

03 février 2014 - 09:59

Par Jean-Marie Harribey, Economiste atterré

La littérature consacrée à l’épuisement de la planète et au réchauffement climatique diagnostique l’origine de la crise écologique dans la non-prise en compte de la « valeur de la nature » et de la « valeur économique des services rendus » par celle-ci dans le calcul économique traditionnel. Qu’à cela ne tienne, remédions à cela en réintroduisant la « valeur » du « capital naturel » dans la « valeur économique totale » pour « permettre à nos sociétés de retrouver un véritable regain économique (1) ».

UN PRIX POUR L’AIR QUE L’ON RESPIRE ?
Cela paraît de bon sens, mais c’est une ineptie théorique et une impasse politique. L’hypothèse théorique est qu’il existerait une valeur économique intrinsèque aux ressources, aux espèces et aux écosystèmes, qu’il faudrait ajouter à la valeur économique créée par les humains. Comment évaluer cette prétendue valeur économique intrinsèque ? La réponse classique est double : par le coût de la réparation des dégâts causés à la nature, donc par la production de ces réparations, ou alors par la perte de valeur de production si on ne disposait plus du « capital vert » disparu ou dégradé. Absurde : ou bien la valeur de la nature est d’ordre économique et on ne peut la déclarer intrinsèque. Ou bien on ne considère pas la valeur de la nature comme relevant de l’économique, on la nomme intrinsèque, c’est-à-dire incommensurable à l’économie… Et on ne peut alors pas l’ajouter à la valeur économique comme le font la plupart des économistes.
Ce n’est pas tout. Tant les économistes libéraux que les économistes dits écologistes essaient de bâtir un nouveau modèle macroéconomique dans lequel l’environnement est introduit à côté du travail et du capital au sens économique. Par exemple, ils estiment la valeur du climat par le prix du carbone sur le marché des permis d’émission et considèrent que l’on peut ainsi mesurer l’apport du climat à l’économie et, en généralisant le raisonnement, l’apport de l’environnement à l’économie, apport qu’il faudra rémunérer à sa hauteur. La faille du raisonnement est là : en confondant les conditions de création de la valeur économique et cette création elle-même, on impute à un facteur limitant une partie de la valeur de la production. Ainsi, l’air que nous respirons est indispensable à la vie et donc à nos activités. Si l’air venait à manquer, en déduirions-nous que, puisque toute vie s’arrête, l’air créait la valeur économique de nos activités ?
Un tel bric-à-brac vise à camoufler une impasse politique. En donnant le statut de capital à la nature, comme il est fait du travail muté en capital humain ou du lien social défiguré en capital social, on laisse croire que toutes ces sortes de capitaux sont substituables à l’infini les uns aux autres puisque réductibles à un dénominateur commun, et cela grâce à un progrès technique infini et à un marché rétabli dans ses vertus optimisatrices.

• 1- C. de Perthuis et P.A. Jouvet, Le Capital vert, Une nouvelle perspective de croissance, O. Jacob, 2013, p. 21.

PIB et écologie : est-ce compatible ?

06 Janvier 2014 - 18:42

Christophe Ramaux (Université Paris I)

Le PIB (Produit intérieur brut) est un indicateur très utile : grâce à lui, on mesure la production de richesse monétaire (2 032 milliards en 2012), sa répartition (entre salaire et profit par exemple) et son utilisation (consommation et investissement). C’est grâce au PIB que l’on peut mesurer les inégalités de revenus, mais aussi l’importance des services publics (les fonctionnaires produisent 333 milliards, soit 15 % du PIB) ou bien des prestations sociales. En moyenne, en France, près de la moitié du revenu des ménages est constituée de prestations sociales (600 milliards de retraite, remboursements de soins, allocations familiales, chômage…) et de consommation de services publics non marchands (éducation, hôpital, culture…). La dépense publique est élevée, mais rien ne se perd, cela se retrouve en termes de consommation des ménages.

Le PIB ne prend pas en compte les activités bénévoles et domestiques. C’est heureux, au risque sinon de tout marchandiser (le bénévolat) ou d’encourager le maintien des femmes au foyer. Le PIB, comme tout indicateur statistique, est limité : il ne prend en compte que les richesses monétaires et non toutes les richesses (l’amitié, le niveau d’éducation, de santé, etc.), même si les secondes dépendent souvent des premières (les dépenses d’éducation ou de santé sont plus élevées quand le PIB l’est). Plutôt que de critiquer le PIB, c’est à la construction d’autres indicateurs à laquelle on doit s’atteler, afin en particulier de prendre en compte les enjeux écologiques. Le Bilan carbone développé par l’Ademe (Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie) permet, par exemple, de bien saisir les enjeux associés à la réduction des gaz à effet de serre (GES).

Réduire les GES, cela suppose, en premier lieu, des investissements publics massifs : rénovation thermique des bâtiments, développement des énergies renouvelables, des transports collectifs, relocalisation des productions. Tout cela aurait des effets positifs sur le PIB. Le développement des productions biologiques ou « raisonnées », en lieu et place des « productivistes », augmente aussi le PIB. Si on ajoute les besoins en matière d’éducation, de santé, de culture, qui jouent dans le même sens, c’est finalement le découplage entre croissance du PIB et GES qui apparaît possible.

Certaines productions doivent incontestablement décroître (grosses cylindrées, gaspillage associé à l’obsolescence programmée de certains produits, etc.), mais d’autres, bien plus importantes, doivent augmenter afin de satisfaire les besoins sociaux et écologiques. L’enjeu est bien ici : utiliser, en amont, les indicateurs écologiques, afin de privilégier certaines productions plutôt que d’autres.

Pourquoi l’Equateur va exploiter le pétrole amazonien ?

24 Novembre 2013 - 12:17


Jean-François Ponsot, économiste atterré.

L’élection de Rafael Correa à la présidence de l’Equateur, en novembre 2006, a suscité un formidable espoir de renouveau des politiques de développement et de préservation de l’environnement. Il s’agissait de bâtir un nouveau « modèle de civilisation » articulant développement économique, justice sociale et urgence écologique. La nouvelle Constitution de 2008 intégrait, pour la première dans l’histoire de l’humanité, les droits de la nature. L’initiative Yasuni-ITT s’inscrivait aussi dans cette perspective. L’Etat équatorien renonçait à exploiter les ressources pétrolières de 900 millions de barils qui gisent dans le sous-sol de la région amazonienne du parc national Yasuni. Cela pour assurer la survie de populations indigènes vivant en isolement volontaire, éviter l’émission de 400 millions de tonnes de CO2 et éviter la disparition d’une importante faune et flore, cette zone amazonienne étant considérée comme la région avec la plus grande biodiversité au monde. En échange, l’Equateur demandait une contribution financière aux pays qui polluent le plus (la moitié des ressources financières que le pays aurait pu gagner en exploitant ce pétrole).

Mais l’été dernier, le président Correa a décidé d’abandonner définitivement le projet Yasuni ITT. Le pétrole du parc amazonien sera donc exploité ! Comment expliquer un tel revirement ?

Tout d’abord, Rafael Correa a toujours eu une attitude ambiguë. Farouche défenseur du projet Yasuni-ITT sur les tribunes internationales et lors des campagnes électorales, il a été accusé par les mouvements écologistes et indigènes de son pays de pencher du côté du lobby de Petroecuador.

Une solution hors-marché

Il y a ensuite le poids de la contrainte financière. La dollarisation complète de l’économie équatorienne, depuis 2000, empêche le gouvernement de mener des politiques monétaire et budgétaire ambitieuses. L’argent du pétrole, qui représente presque la moitié des recettes de l’Etat, est donc indispensable pour financer les vastes programmes de redistribution, de lutte contre la pauvreté et de développement des infrastructures engagés par Correa.

Enfin, il y a la responsabilité de la communauté internationale. En mai 2013, seulement 10 millions de dollars avaient été versés et les promesses de compensation financière atteignaient péniblement 100 millions de dollars. Les grandes puissances n’ont jamais accepté le principe de la compensation. C’est du « chantage », disent-elles en marge des discussions officielles.

Le rejet de la compensation n’est pas uniquement lié à l’effort financier demandé aux principaux pays consommateurs de pétrole, les pays du Nord. Il s’explique aussi par son caractère original et incompatible avec la gouvernance climatique actuelle. Cette dernière s’appuie sur des outils régulés in fine par le marché (permis à polluer, MDP, finance carbone, etc.). Si Yasuni ITT a échoué à s’imposer dans les négociations internationales sur le climat et l’environnement, c’est aussi et surtout parce qu’elle est une solution fondée sur les principes de coresponsabilité et de solidarité. Elle est une solution hors-marché, en décalage avec la logique de régulation par le marché qui prévaut actuellement.

Gloire à Alain Vigneron, mort dans le combat contre Mittal

19 Octobre 2013 - 16:35

 

Benjamin Coriat, Economiste atterré

Je voulais consacrer cette rubrique à la taxe carbone. Revenir sur l’annonce faite d’introduire en France une contribution énergie climat.
Je voulais dire qu’en soi, le retour de ce thème était plutôt une bonne chose. Mais je voulais aussi faire de sérieuses réserves. Dire qu’une taxe carbone introduite sans de multiples précautions pouvait générer ou approfondir nombre d’inégalités en frappant souvent les plus démunis. Dire surtout qu’il y a un paradoxe pour nous, qui dénonçons l’aveuglement des ajustements de marché, à tout d’un coup laisser penser que les prix de marché (pourvu qu’on y ajoute une taxe carbone), seraient efficients pour bien allouer l’investissement et garantir l’avenir. Je voulais dire enfin que si elle n’est pas accompagnée de mesures « volontaristes » de politique industrielle, une taxe carbone peut très bien produire des effets contraires à ceux attendus et, comme aujourd’hui en Europe, via un marché des quotas et des droits à polluer, nourrir la spéculation…
Et puis… Et puis la nouvelle du suicide d’Alain Vigneron, ouvrier sidérurgiste, licencié par Mittal, est tombée. Comme un couperet. En rendant futile à mes propres yeux les arguments que je préparais pour cette rubrique.
Un mort. Un mort de plus dans la bataille contre le capital, dira-t-on. Oui. Mais il se trouve que ce mort là, au moins, aurait pu être évité. Qu’en France comme en Belgique, les autorités s’étaient – et fort loin – avancées pour laisser supposer qu’elles se substitueraient au cynisme de l’argent roi, aux dictats de l’actionnaire omnipotent.
En France comme en Belgique, les autorités n’en firent rien. Laissant choir des milliers de salariés, qui tous ou presque ont cru un moment qu’on les avait enfin entendus.

«MERCI À TOUS LES BATTANTS»
Alors Alain Vigneron, comme son ami avant lui, a franchi le pas. Il a donné sa vie, dans un grand cri d’alarme, pour qu’à l’avenir, d’autres vies soient épargnées.
Gloire à lui ! Gloire pour nous avoir rappelé qu’il ne faut pas céder. Ni maintenant. Ni jamais ! Il nous appartient désormais à tous de ne pas le faire mentir. « Merci à tous les battants » sont les derniers mots griffonnés dans sa lettre d’adieu.
Sinon, pendant ce temps, les affaires continuent. Parmi les dernières nouvelles, celle-ci : le ministre wallon de l’Environnement a attribué à Arcelor Mittal un quota de 6,5 millions de tonnes de CO2, en forte régression. Les quotas retirés au groupe sont liés à des outils que celui-ci a décidé de fermer et qui sont déjà à l’arrêt, à savoir les deux hauts-fourneaux à Seraing, l’aciérie de Chertal (Herstal) et l’agglomération de minerai à Ougrée.
Ainsi, Mittal ne disposera-t-il, pour spéculer sur ses quotas, que d’un volume abaissé de droits à polluer. Les temps sont durs, n’est-ce pas ?

Retraites : une réforme de gauche ?

25 Septembre 2013 - 17:26

Par Henri Sterdyniak, Economiste atterré.

On ne peut qu’être amer en analysant la réforme des retraites du gouvernement Ayrault. Elle s’inscrit dans la ligne des réformes précédentes, mises en œuvre par la droite. La méthode, d’abord : le gouvernement n’a pas engagé de concertation ouverte ; les syndicats n’ont été que consultés. De même, le pilotage du système serait confié à un groupe d’experts, sans représentants ni des salariés, ni  des retraités. Certes, le pire a été écarté (une désindexation générale des retraites, un report rapide de l’âge de la retraite, des encouragements à la retraite par capitalisation), mais quand même …

LES JEUNES RISQUENT DE DESESPERER
Fallait-il annoncer aujourd’hui, pour dans 12 ans, l’allongement à 43 ans de la durée de cotisation requise pour une retraite à taux plein, sans savoir quels seront, en 2025, la situation du marché du travail, les besoins d’emplois, les désirs sociaux, les contraintes écologiques ? Cette annonce risque de désespérer les jeunes qui peuvent penser qu’ils n’auront jamais droit à une retraite. Ceux-ci commencent aujourd’hui à valider des trimestres à 23 ans et font le calcul : 23+43 = 66 ans. Pourront-ils être employés jusqu’à cet âge ? Un départ précoce est très pénalisé : partir à 63 ans leur coûtera 20 % de retraite en moins. Cet allongement apparaît comme un moyen détourné pour baisser le niveau des retraites. Les salariés à carrière courte, essentiellement des femmes, devront bientôt attendre 67 ans pour avoir droit à une retraite à taux plein, alors qu’il est quasiment impossible de retrouver un emploi après 55 ans, et très difficile de s’y maintenir après 60 ans. Il aurait fallu donner le droit au taux plein à 60 ans aux salariés qui n’ont aucune chance raisonnable de retrouver un emploi.

Il aurait fallu aussi assouplir les modalités d’obtention du minimum vieillesse, pour lui ôter son caractère stigmatisant.Certes, la réforme prévoit que les majorations familiales de retraite, qui bénéficient aujourd’hui aux hommes aux salaires élevés, seront repensées pour profiter davantage aux femmes à bas salaires, mais ceci est repoussé après 2020.Le point positif est la mise en place d’un compte individuel de pénibilité. Un salarié ayant effectué 25 années de travaux pénibles aura droit à six mois de formation et 2 années de retraite précoce.
Ceci obligera les entreprises à distinguer et à enregistrer les travaux pénibles ; ceux-ci donneront lieu à une cotisation supplémentaire. Mais, l’avancement de la retraite étant au maximum de deux ans ; ceci permettra seulement à ces salariés de continuer à partir en retraite à 60 ans. Et la réforme, qui ne jouera à plein que dans 25 ans, fait l’impasse sur les périodes de travaux pénibles des salariés qui arriveront à l’âge de la retraite dans les années à venir. Bref, la réforme ne marque pas le tournant qui aurait été nécessaire pour affirmer que la France entend maintenir un système de retraite solidaire et généreux.

Pourquoi la crise dure

28 Août 2013 - 13:31

Par Philippe Légé, Economiste Atterré

Après avoir affirmé le 17 octobre 2012 que nous étions « tout près » de « la sortie de la crise de la zone euro », François Hollande a décrété au mois de juin 2013 que celle-ci était « terminée ». Et le 14 juillet il annonçait la bonne nouvelle : « La reprise économique, elle est là. » Ces paroles étaient-elles destinées à faire oublier la flambée du chômage ?
Certains auront trouvé la répétition comique, beaucoup l’auront jugée lassante. En mars 2012, Nicolas Sarkozy déclarait déjà que « nous sommes sortis de la crise financière » et que « nous sommes en phase de reprise économique ». Certes, l’optimisme des dirigeants vise à rassurer, à restaurer la confiance, mais il révèle aussi un diagnostic erroné. La crise actuelle serait de nature cyclique.

LA PART QUI VA AUX DIVIDENDES AUGMENTE
A un journaliste qui lui demandait, en novembre 2012, s’il n’avait pas fait preuve de trop d’optimisme, François Hollande a répondu : « Nous sommes à la troisième années de crise. La reprise va arriver, c’est une question de cycle. » Après la pluie viendra le beau temps. Elu sur la promesse du changement, le gouvernement mène une politique libérale dans l’attente d’une reprise qui permettrait ensuite quelques concessions sociales. Il pense que le temps joue en sa faveur et ne semble pas avoir pris la mesure de cette crise, qui n’est pas de nature cyclique.
Il s’agit au contraire d’une grande crise, une crise structurelle, dans le sens où une reprise durable ne peut pas s’enclencher spontanément. Le capitalisme néo-libéral a conduit à une accumulation de contradictions. La division internationale du travail repose sur d’importants déséquilibres.
Le défi énergétique posé par les ravages du productivisme est loin d’être résolu. Le développement des inégalités implique une dynamique de croissance reposant sur l’endettement.
La financiarisation engendre une forte instabilité. Et l’Europe fait face à une difficulté supplémentaire puisqu’elle s’est donné une monnaie unique sans s’être dotée des institutions nécessaires.
Bien-sûr, un gouvernement national ne peut pas résoudre seul toutes ces contradictions. Mais s’il entendait y contribuer, il prendrait des mesures radicales afin de rompre avec le modèle néo-libéral qui pourrit lentement
sous nos yeux. La crise dure parce que la seule stratégie européenne
est celle de l’austérité. La crise dure parce que la finance n’a pas été mise hors d’état de nuire. En France, la part des profits qui va aux dividendes augmente. Et comme l’avoue un économiste de l’OCDE (Organisation de coopération et de développement économiques), « il n’y a aucun signe qui nous montre que quoi que ce soit ait changé » au niveau mondial dans le partage entre salaires et profits.

L’enjeu démocratique pour sauver l’euro

25 Juin 2013 - 17:07

Par Edwin Le Heron, Economiste Atterré,
Maître de conférences à Sciences Po Bordeaux, auteur de À quoi sert la Banque centrale européenne ? – La Documentation Française, 2013

Construire une monnaie européenne est avant tout un projet politique qui engage les pays et les peuples européens quant à la vision de l’Europe qu’ils veulent construire. Cela ne peut être considéré comme une question économique désincarnée, réglée une fois pour toute par un Traité et gérée par une banque centrale européenne (BCE) totalement indépendante. La monnaie est un bien public, ne l’oublions pas ; il faut donc définir le projet et l’espace politiques que l’euro doit défendre et que les peuples consentiront à partager. Car aujourd’hui, au-delà d’une monnaie reconnue internationalement et d’une inflation maîtrisée, l’euro est un échec ! L’euro est une monnaie étrangère pour les pays qui l’ont choisi. Contrairement à tous les pays démocratiques, la banque centrale européenne n’a pas le droit de financer les 17 Etats souverains de la zone euro, Etats qui ont finalement seuls la gestion des biens et des services publics. Car sans budget européen digne de ce nom (à peine 1 % du PIB), l’Union européenne ne peut organiser ni solidarité budgétaire, ni solidarité monétaire, ni solidarité fiscale, qui sont pourtant au cœur d’une monnaie commune. Il faudrait enfin reconnaître qu’un grand marché et quelques règles de gouvernance de « père de famille » ne sont pas suffisants face à l’incertitude de l’environnement économique globalisé, à l’imperfection de l’économie de marché, à la folie communicative de la finance, mais aussi aux exigences démocratiques des populations. Pour sortir de l’impasse actuelle qui ne peut conduire qu’à la fin de l’euro, trois directions doivent être rapidement prises. A court terme, la BCE doit pouvoir acheter directement de la dette souveraine (marché primaire) afin de retrouver le contrôle des taux d’intérêt et d’être la banque des peuples et pas seulement celle des banques.
A moyen terme, une coopération renforcée doit être recherchée entre les 17 pays partageant l’euro, instituant notamment des écarts de développement maximum entre les différentes régions avec des systèmes de correction par la solidarité financière de tous et non par la rigueur budgétaire de chacun. Un véritable budget européen (5 % du PIB) tourné vers l’investissement, l’innovation et le respect de l’environnement, est nécessaire pour assurer le minimum de cohésion sociale et de compétitivité de la zone euro et insuffler une croissance durable et partagée.
Cet abandon de souveraineté économique ne sera acceptable que si un pacte social européen est adopté. Le Parlement européen, seule instance communautaire élue au suffrage universel direct, doit être le lieu de la définition de ce pacte et du contrôle budgétaire et monétaire. Il faut en effet une forte volonté politique, et une forte légitimité démocratique, pour réduire les inégalités entre les régions. Mais c’était bien le projet initial de l’Union européenne. La survie de l’utopie européenne en dépend.

Pages

Qui sommes-nous ?

Nous sommes économistes et nous sommes atterrés.

Dernier communiqué

Ces derniers mois ont vu se développer un débat quant à la possibilité d'annuler la dette...... Lire la suite

Adhérez en ligne à l'association Les Économistes Atterrés

Lettre d'information

Recevez toutes nos actualités et annonces par courriel en renseignant votre adresse e-mail ci-dessous.