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Nos chroniques pour "L'âge de faire"

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Mis à jour : il y a 2 jours 13 heures

Crise de l’élevage : les symptômes d’une Europe malade

26 Mars 2016 - 15:06

Par Aurélie Trouvé, maître de conférences en économie, AgroParisTech.

L’élevage français est dans une situation économique alarmante. Les prix et les revenus des producteurs ne cessent de chuter, la disparition des exploitations s’accélère. Certes, il y a des causes conjoncturelles : l’embargo russe et le ralentissement économique des pays émergents, face à des hausses de production dans les grands pays producteurs. Les marchés s’engorgent et les prix s’écroulent.

Mais ceci met surtout en évidence l’extrême vulnérabilité de l’élevage européen, dès lors qu’on l’a plongé dans les marchés dérégulés et la concurrence internationale. Livrés à eux-mêmes, les marchés agricoles sont illisibles et instables. C’est pourquoi, historiquement, presque tous les grands pays producteurs ont régulé les prix et les revenus agricoles.

En ce sens, la production laitière est exemplaire. Ce secteur a subi le démantèlement de la Politique agricole commune (PAC) et de ses outils de régulation (prix minimum garantis, quotas laitiers…). Les cours intérieurs ont ainsi été alignés sur les cours internationaux, extrêmement volatiles.

La France peut agir

L’Europe libérale est responsable de la crise de l’élevage à bien d’autres titres. L’absence d’harmonisation des normes sociales et fiscales transforme la nature de la compétition : il ne s‘agit plus d’une compétition entre entreprises, mais d’une compétition entre Etats-membres privilégiant le moins disant social. Cela permet à d’autres pays de bénéficier de coûts de transformation des produits bien plus faibles qu’en France.

Que dire également du droit de la concurrence européen, qui ne dit mot sur la concentration excessive des mastodontes de la transformation et de la distribution, leur permettant de faire pression sur les prix payés aux producteurs ? Que dire de la politique commerciale extérieure, qui poursuit l’ouverture des marchés européens et multiplie les accords de libre-échange bilatéraux ?

Faut-il pour autant absoudre la France de ses responsabilités ? Certainement pas. Elle pourrait se saisir de ses marges de manœuvre nationales pour réorienter des activités productives en contradiction avec les besoins sociaux-économiques du moment : produire toujours plus par travailleur et par unité de surface au détriment de l’emploi, de l’environnement et de la valeur ajoutée, augmenter sans cesse les investissements menant à l’endettement, produire à bas prix sur des marchés soumis à la concurrence internationale. Les aides de la PAC pourraient être distribuées en faveur des exploitations qui préservent l’emploi et l’environnement. Enfin, le gouvernement pourrait se saisir de cette crise pour porter des propositions fortes visant à réguler à nouveau les marchés et à mieux répartir la valeur ajoutée du producteur au distributeur.

Uberisation : anarcho ou arnaquo-capitalisme ?

02 Mars 2016 - 10:27

Par Matthieu Montalban, économiste atterré.

Les plateformes internet reconfigurent un certain nombre d’activités et bousculent les régulations. L’économie collaborative, qui consiste à augmenter l’utilisation de certains biens en les « partageant », comporte de nombreux modèles, certains étant des activités de co-production de communs numériques partagés (logiciels libres…). D’autres n’ont rien de nouveau, mais facilitent les dons et le recyclage (Recupe, etc.) ou le financement participatif (Kickstarter).

L’uberisation se veut, elle, anarcho-capitaliste : elle ne crée pas des biens ou services hors marché, mais au contraire transforme en marchandise certains biens ou services comme le co-voiturage (Uberpop, Heetch) ou l’hébergement à domicile (Airbnb), jadis gratuits, dans la plus stricte application de la propriété privée. Elle incite certains particuliers à développer du travail au noir ou des activités professionnelles en exploitant des zones grises du droit, et à concurrencer les professionnels de ces secteurs soumis quant à eux au respect de certaines réglementations et coûts d’entrée.
Capacité à détourner le droit

Cela permet certes de réduire la facture du consommateur, incite les professionnels à s’améliorer en se dotant des outils numériques et en contestant le monopole de G7 sur les taxis. Mais les chauffeurs ne sont pas des rentiers ou des privilégiés. En 2011 le revenu mensuel moyen des taxis et VTC était d’environ 1400 euros, soit moins que le revenu médian des salariés (1600-1700 euros), du fait du prix des licences, et il avait baissé de 5% entre 2006 et 2011 (même s’il y a des revenus non-déclarés). Uber, en incitant ses chauffeurs VTC à être auto-entrepreneurs, ne fait finalement que mettre en concurrence des travailleurs (parfois discriminés ou exclus) en leur faisant miroiter une promotion sociale, tout en incitant à contourner le droit. Sa pérennité dépend en partie de sa capacité à contourner le droit et le salariat. Et Airbnb, en facilitant la location des biens immobiliers, favorise au contraire les propriétaires rentiers, tout en externalisant la charge de la responsabilité des éventuels litiges liés à l’hébergement.

En permettant la diffusion de ces activités, le risque est grand de remettre en question les régimes de protection sociale et l’État social. Il est parfaitement légitime que l’État applique le droit strictement, tout en pensant à des évolutions réglementaires. En cela, le récent rapport Terrasse fait un pas en ce sens, en proposant des ajustements équilibrés, qui distinguent la vraie économie du partage de l’ubérisation, en matière de fiscalité et d’application du droit.

La bataille pour un salaire décent

03 février 2016 - 18:04

Par Dany Lang, économiste atterré

Depuis 2013, les Etats-Unis connaissent l’un des mouvements sociaux les plus importants de leur histoire. Partout, des salariés manifestent pour obtenir une hausse du salaire minimum à 15 $ de l’heure. Le salaire minimum américain est très disparate géographiquement. La plupart des Etats américains fixent un salaire minimum tandis que certains n’en ont pas. Les minima vont de 5,15 $ dans le Wyoming à 10 $ dans le Massachussetts ou en Californie. S’ajoutent à cela des échelons locaux comme celui des municipalités, qui ont toute liberté de fixer un salaire minimum supérieur.

Sous la pression de ce mouvement social, 17 Etats et Washington DC ont augmenté leurs minima. L’administration Obama soutient une hausse du salaire minimum à 12 $ de l’heure d’ici à 2020 et certaines municipalités comme Los Angeles ont amené le salaire à 15 $ de l’heure dès 2015. Cette question du salaire minimum est devenue un enjeu électoral dans les primaires en cours.
Chiffrer le salaire « décent »

Des travaux académiques consistent à estimer de manière chiffrée le salaire décent (living wage). Selon Glickman (1997), c’est un salaire « permettant de faire vivre une famille, de rester digne, et d’avoir à la fois les moyens et le loisir de participer à la vie civique de la nation ». Pollin, de l’Université d’Amherst, estime que pour une famille avec 2 enfants en Californie, ce salaire s’élève à 15,56 $ avec 2 adultes salariés, et 18,68 $ pour une famille monoparentale. Selon lui, faire passer le salaire minimum de 7,5 $ à 15 $ en 4 ans se traduirait par une hausse des prix de 4 % chaque année, soit au total une augmentation de 0,24 $ pour un Big Mac à 4 $. Pollin estime enfin que si le salaire minimum avait suivi les gains de productivité, il serait aujourd’hui de 26 $.

En France, le SMIC horaire brut est à 9,67 €. Même si la structure des prélèvements, des taxes et des prix n’est pas la même qu’aux Etats-Unis, nous sommes loin des 15 $ réclamés et parfois obtenus par les salariés américains. Au moment où les néolibéraux ne cessent de répéter qu’il faudrait remettre en cause le SMIC au nom de la compétitivité, on oublie souvent que le salaire minimum a été créé pour permettre à une famille de vivre décemment.

En Europe, une campagne pour une augmentation des salaires serait la bienvenue. Suivie d’effet, elle permettrait de dynamiser la demande et contribuerait à sortir de l’impasse des politiques d’austérité. Pour paraphraser Keynes, en menant cette campagne, les salariés s’avèreraient être des économistes bien plus raisonnables que les néolibéraux responsables de la situation actuelle.

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Revenu de base ou plein emploi ?

20 Janvier 2016 - 13:35

Par Jean-Marie Harribey, économiste atterré.

Le chômage n’en finit pas de grimper et la précarité s’étend. L’austérité aggrave la situation, tandis que les palliatifs – du RMI jusqu’au RSA – ne réussissent ni à faire vivre décemment ceux qui sont privés d’emploi, ni à faciliter leur réinsertion. Un revenu de base inconditionnel serait-il une solution ? Trois sujets méritent attention.
On ne peut pas déconnecter la création de revenus du travail. Aucun revenu ne naît en dehors de la sphère du travail productif. Croire le contraire, c’est adhérer aux multiples fables de l’économie dominante. Pire, le risque est de renoncer à l’objectif du plein emploi de tous ceux qui souhaitent travailler, au motif que le travail ne serait plus un des facteurs d’intégration et de reconnaissance sociales. Cette erreur conduit à laisser le champ libre aux projets libéraux de dérégulation toujours accrue du « marché du travail », dès lors que la collectivité prendrait en charge un revenu de base, dispensant les employeurs de verser des salaires décents.

Réduction continue du temps de travail
Pour être productive, toute activité doit recevoir une validation sociale. Pour être valeur, sous-entendu monétaire, le travail a besoin d’être validé, par le marché ou par décision politique. La décision d’apprendre à lire et écrire à tous les enfants est suivie d’un investissement public, d’une embauche de travailleurs qui vont produire la valeur des services répondant à cette demande sociale. Tandis que le lien social, les diverses valeurs d’usage créées par les activités libres des individus constituent sans aucun doute une richesse collective, mais sa transformation en valeur ne peut résulter d’un choix individuel.1
La société peut instaurer un nouveau droit inconditionnel mais son respect sera subordonné à un transfert social, car un droit n’ajoute aucune valeur dans l’économie. Cela marquera une déconnexion entre travail et répartition mais pas entre travail et production : tout revenu étant un droit d’accès aux biens et services produits, il faut que cette production soit effective. La proposition que la banque centrale verse des revenus aux citoyens n’a donc pas de sens, puisque la production dont ils devraient résulter et qu’ils achèteraient n’existe pas.
Est-ce à dire qu’on ne peut rien contre la dégradation causée par le capitalisme ? On peut beaucoup, à condition de ne pas renoncer au plein emploi dans le cadre d’un nouveau modèle productif de qualité et d’une réduction du temps de travail continue. Dans l’urgence, la revalorisation desdits minima sociaux pour s’approcher du SMIC serait une transition indispensable.

1 – J.-M. Harribey, La richesse, la valeur et l’inestimable, LLL, 2013

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Budget 2016 : l’obstination dans l’erreur

24 Novembre 2015 - 12:35

Par Henri Sterdyniak, économiste atterré.

Le budget 2016 s’inscrit dans la continuité d’une politique qui a jusqu’à présent échoué, tant à faire baisser le niveau de chômage qu’à impulser la transformation écologique et sociale. Le gouvernement se soumet à une double contrainte : celle des instances européennes et du Medef.

Depuis 2011, les gouvernements successifs ont ajouté au choc de la crise financière celui d’une politique d’austérité. Aussi, l’économie ne s’est pas relevée de la crise financière ; la croissance a été médiocre de 2011 à 2014 (0,4 % l’an en moyenne). La faiblesse de la demande a provoqué un affaiblissement continu du secteur productif. Le gouvernement espère une légère reprise en 2016 (1,5 % après 1 % en 2015), qui serait permise par une forte croissance de l’investissement des entreprises (+4,9 % en 2016), mais celui-ci reste atone (+1 % sur un an à la mi-2015) alors que l’investissement des ménages et celui des collectivités locales se sont effondrés. Pourtant, le gouvernement persiste : malgré une croissance fragile, il se donne comme objectif de réduire le déficit public de 0,5 % du PIB en 2016 (soit de 11 milliards d’euros).

Par ailleurs, il a promis de réduire de 40 milliards les impôts sur les entreprises. En 2016, celles-ci bénéficieront d’une nouvelle baisse de 6 milliards. Par contre, les impôts sur les ménages augmenteront de 3 milliards. Soit 5 milliards de hausse (cotisations sociales, impôts locaux, taxe sur l’électricité) et 2 milliards de baisse de l’impôt sur le revenu. Ainsi, le gouvernement réduit l’impôt progressif, le plus juste, celui qui tient le mieux compte de la situation du contribuable.

C’est surtout la baisse des dépenses publiques (16 milliards) qui financera la réduction du déficit et les baisses d’impôts des entreprises. Pour l’Etat, la baisse des dépenses publiques (5 milliards) se traduit par la non-indexation des salaires de la fonction publique ; les créations d’emplois dans l’éducation (et l’armée) sont compensées par des baisses dans les ministères de l’écologie, du travail et des finances (tant pis pour l’environnement, pour la lutte contre le chômage et la fraude fiscale). Les réductions de dépenses frappent l’aide au développement, le logement et la politique sociale. La nouvelle baisse des dotations aux collectivités locales se traduit par une hausse des impôts locaux (les plus injustes) et une baisse de leurs dépenses (3,5 milliards) qui frappera les activités locales, sociales et culturelles. La baisse des dépenses sociales (7,4 milliards) passe par des réductions des retraites, des prestations familiales et des allocations logement, qui pèseront souvent sur les plus pauvres. Enfin, le gouvernement compte cyniquement sur les économies de prestations chômage que le Medef réussira à faire accepter aux organisations syndicales lors des négociations à l’Unedic.

Ainsi, le gouvernement compte sur des miracles extérieurs pour faire repartir l’économie (la baisse de l’euro, celle du prix du pétrole), cela malgré la menace de ralentissement mondial induit par le freinage des pays émergents. Il compte sur la bonne volonté des entreprises qui en demandent toujours plus, sans relancer l’emploi ou l’investissement. Enfin, il accentue la baisse des dépenses publiques au risque de nuire à l’activité et à la cohésion sociale.

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Le capital naturel, une notion dangereuse

14 Octobre 2015 - 13:20

Par Ali Douai, économiste atterré.

Dans une interview à Reporterre (1), l’économiste Thomas Piketty qualifie la dette publique de « blague » qui ne serait que « pur jeu d’écriture » et dont l’obsession masquerait la « véritable dette » : la « dégradation du capital naturel ». L’enjeu central serait alors de « mieux comptabiliser le capital naturel », pour déduire du PIB ce qu’on a dégradé en produisant ce dernier.

Cette vision de la dette publique est salutaire si elle revient à affirmer que son enjeu est politique plutôt que financier et si elle admet que l’humour de la situation échappe aux ménages frappés par les mesures d’austérité. Bien moins salutaire est l’appel à la mobilisation sous la bannière du « capital naturel », au moins pour deux séries de raisons.

D’abord, contrairement à ce que pense Piketty, cette idée n’est pas neuve. Depuis plus de vingt ans, une multitude d’économistes, la Banque Mondiale, et depuis peu, le Programme des Nations-Unies pour l’environnement s’échinent à calculer des indicateurs d’« épargne véritable » ou d’« investissement inclusif » qui consistent à estimer monétairement la dégradation, parmi d’autres capitaux, du « capital naturel ». Cette démarche prétend révéler si une économie peut croître indéfiniment – possibilité qui exige que la valeur du stock global de capital ne diminue jamais – ou non et ainsi la qualifie de soutenable ou non. Subordonnée à cet impératif de croissance économique infinie, la nature « capitalisée » est doublement prise au piège : 1) on peut, au fur et à mesure qu’elle se dégrade et que l’économie croît, lui substituer d’autres types de capitaux (appelés « capital produit », « capital social », etc.), puisque seule la valeur du stock global compte ; 2) elle redonne une virginité aux pays du Nord qui apparaissent, du point de vue de ces indicateurs, comme étant « les plus soutenables »(2) !

Ensuite, le concept de « capital naturel » n’est pas neutre. Il est une construction indissociable d’une vision utilitaire des rapports à la nature et d’un mouvement de plus en plus large de financiarisation et de marchandisation à son égard. De la nature « capitalisée » – façonnée pour être exprimable en monnaie et en unités vendables – découlent ces nouveaux totems que sont les « services rendus par les écosystèmes » et la « compensation des unités de biodiversité » détruites, qui servent de support à l’apparition de nouveaux produits financiers et de nouveaux marchés.

Le recours au « capital naturel » n’a jamais signifié autre chose que la négation des limites écologiques et la configuration d’un nouveau champ d’accumulation pour le capital financier. La vraie blague serait de penser que c’est sous cette bannière que pourra s’opérer la jonction entre une critique écologique du capitalisme et celle des politiques économiques néolibérales.

 

  1. http://www.reporterre.net/La-dette-publique-est-une-blague-La-vraie-dette-est-celle-du-capital-naturel.
  2. Dixit le rapport de la Commission Sen-Stiglitz-Fitoussi en 2009.

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Monnaies locales, au service du bien commun ?

01 Octobre 2015 - 15:42


Par Jean-François Ponsot, économiste atterré,
Le développement des monnaies locales et complémentaires depuis la fin des années 1990 approfondit les liens sociaux tissés par l’action citoyenne pour régénérer les territoires. On recense plus de 4000 dispositifs en 2013 dans plus de 50 pays du monde, avec une nette accélération de leur développement depuis 2008. Cela n’a rien d’étonnant : la crise financière globale a renforcé le besoin pour les citoyens de se réapproprier un bien public censé répondre aux besoins de la société, la monnaie. Or celle-ci ne remplit plus ce rôle. La monnaie créée par les banques n’est plus au service de l’économie « réelle ». La monnaie officielle n’incarne plus un grand projet de prospérité et de société fondée sur un nouveau paradigme. Particulièrement en Europe. Pour certains, l’euro est la monnaie de l’austérité, pour d’autres, elle est déconnectée des enjeux sociaux et environnementaux de notre temps. Pourquoi ne pas alors créer, à l’échelle locale, sa propre monnaie associée à des valeurs et principes éthiques communément partagés ?
Etant arrimés au système monétaire officiel, ces dispositifs n’ont pas besoin d’une réglementation par l’autorité monétaire pour être bien structurés. Leur développement bénéficie d’un apprentissage collectif cognitif tirant les enseignements des expériences qui ont posé problème. On sait désormais qu’une monnaie locale, à l’instar de toutes les autres monnaies, repose sur la confiance et un esprit communautaire solide. Son fonctionnement doit être simple et reposer sur une charte de valeurs bien identifiées, sans quoi elle suscitera les réticences de ses utilisateurs potentiels. Elle ne doit pas être accaparée par un groupe particulier (militants radicaux, bobos des centres-villes, etc.), mais faire consensus au sein de la communauté pour assurer sa diffusion.
Le succès des monnaies locales repose sur l’action décisive de trois catégories d’acteurs. Tout d’abord, le dynamisme des citoyens utilisateurs bien sûr. Ensuite, le soutien des collectivités locales qui ont un grand rôle à jouer dans la pérennité financière, les premières années, et dans la diffusion de la monnaie locale. On regrettera ici la lourdeur du cadre législatif français qui limite, pour l’instant, la possibilité de versement de subventions et le règlement des impôts locaux en monnaie locale, comme cela se fait par exemple à Bristol, en Angleterre. Enfin, une troisième catégorie d’acteurs est essentielle : celle des prestataires qui, bien entendu, auront signé la charte des valeurs. Sans entreprise, commerce de proximité, artisan, association, etc., le périmètre de la monnaie locale reste circonscrit au cercle des citoyens. La monnaie locale perd alors sa formidable capacité à transformer les comportements d’échange à l’échelle locale et à répondre aux enjeux essentiels de notre société.

Opération monnaies locales c’est reparti, nous rééditons notre cahier spécial mis à jour. Plus d’informations.

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Le marché contre l’agriculture

07 Septembre 2015 - 14:58

Par David Cayla, économiste attérré.

Chaque année, c’est presque une tradition, les agriculteurs manifestent. Les analyses de ces crises à répétition proposées par la presse fluctuent entre le compassionnel (voyez cette famille qui croule sous les charges) et la recherche de commodes boucs émissaires (haro sur les grandes surfaces). Très peu s’interrogent sur les causes profondes de ces crises.
A l’origine, la politique agricole commune (Pac) visait à garantir les prix auxquels les agriculteurs pouvaient vendre leur production. Elle n’était pas exempte de défauts : elle ne prenait pas en compte la qualité de la production et poussait au productivisme. Mais elle avait aussi un avantage : les agriculteurs n’avaient pas à s’inquiéter de leurs revenus futurs. Ils pouvaient ainsi investir et prévoir leurs recettes en étant certains d’obtenir un prix décent pour leur production.
Mais la Pac n’est plus la Pac. Avec l’entrée dans l’Union de nouveaux pays et sous couvert d’éviter la surproduction, la Pac s’est transformée en une politique de subventions directes aux agriculteurs. En échange, les prix ont été déréglementés et se sont alignés sur les cours mondiaux. L’agriculture française s’est ainsi retrouvée dans une position intenable où elle devait faire face à la double concurrence, pour les produits frais, des autres pays de l’Union dont certains bénéficient d’une main d’œuvre de saisonniers immigrés sous-payés (dans le sud de l’Espagne ou en Pologne notamment), et pour les céréales et la viande à la concurrence de systèmes agricoles extensifs (Etats-Unis, Australie, Argentine…) qui produisent du blé 30 % moins cher tout en se permettant des rendements à l’hectare moitié plus faibles qu’en Europe.
Quid de l’autosuffisance alimentaire ?
Faute d’une harmonisation sociale en Europe et d’un système de protection du marché intérieur, les agriculteurs sont donc contraints de vendre à des prix qui bien souvent ne couvrent même pas leurs coûts de production. Ils se trouvent ainsi dans la situation humiliante où l’essentiel de leurs revenus vient de primes et de subventions publiques distribués de manière très inégalitaire.
Car les prix de marché n’ont aucune raison de garantir un revenu décent aux agriculteurs. Bien sûr, on peut toujours choisir d’adapter l’agriculture à la logique du marché. La recette est alors bien connue : il suffirait de multiplier par quatre ou cinq la taille moyenne des exploitations, de diviser par deux les rendements à l’hectare (1), d’abandonner toutes les exploitations de montagne et de diviser l’emploi agricole par un coefficient de trois ou quatre. Bien sûr, dans ces conditions, il faudrait importer l’essentiel de notre consommation agricole, car ce modèle d’agriculture hyper compétitive est paradoxalement incapable de nourrir la population française. Tenons-nous tant que cela à satisfaire la logique du marché ?

L’agriculture européenne est intensive, c’est pour cela qu’elle est plus chère. Il faut en effet davantage de main d’œuvre pour avoir les rendements européens que les rendements américains. Aux Etats-Unis ou en Australie, la très grande taille des exploitations permet à l’agriculture d’être plus économe en main d’œuvre, en sacrifiant les rendements à l’hectare. Appliquer ce modèle en Europe signifierait renoncer à l’autosuffisance alimentaire.

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Grèce : l’Union Européenne n’a rien appris !

24 Juin 2015 - 14:14

Benjamin Coriat, économiste atterré

A l’heure où sont écrites ces lignes, une solution – enfin – semble se dessiner pour la Grèce. Mais à quel prix ?
Quelles que soient les dispositions finales de l’accord – si un accord est bien négocié – un enseignement majeur peut d’ores et déjà être tiré. Il tient en une proposition simple : l’Union Européenne n’a rien appris ! L’observation du comportement des représentants de l’Union (et de la Banque centrale européenne, BCE) ne laisse en effet aucun doute. Pendant des mois, depuis l’élection de Tsipras, l’Union s’est arcboutée sur une position unique : toujours plus ! Toujours plus de coupures budgétaires, toujours plus de coupures dans les retraites, mêmes les plus modestes, toujours plus d’impôts sur les médicaments, l’eau, l’électricité, les produits de base. Bref, l’Union ressemble comme une sœur jumelle à la Troïka (BCE, FMI et Commission européenne) dont elle a pris la suite. Le fait que 5 ans de régime de la Troïka ait conduit à un pur désastre (-25 % de PIB, un chômage de 60 % chez les jeunes, des écoles et des hôpitaux fermés ou privés de ressources), n’a en rien intéressé l’Union. D’emblée, de la manière la plus obstinée, elle s’est glissée dans les bottes de la Troïka pour tenter d’imposer la poursuite à l’identique d’un régime économiquement absurde et humainement mortifère

Merci aux négociateurs grecs
Si finalement, l’accord négocié s’écarte de cette logique, en comprenant des dispositions permettant des mesures d’urgence en faveur des plus pauvres, la relance des investissements (par déblocage total ou partiel des milliards d’euro destinés à renflouer les banques grecques en cas de crise grave, jusqu’ici gelés par Bruxelles …) et enfin un engagement à renégocier la dette d’ensemble, si donc tout cela est mis en œuvre, c’est entièrement et uniquement à Syriza qu’on le devra. Les négociateurs grecs en effet ne se sont pas laissés intimider par une campagne à leur encontre d’une rare violence (« amateurs », « irresponsables », a dit Mme Lagarde, alors que sous son ministère, la dette française a gonflé de 600 milliards d’euros). A contre courant, les représentants Grecs ont expliqué et défendu la nécessité de sortir des logiques passées pour s’engager dans une voie nouvelle. Tsipras, Varoufakis,… et les autres ont tout fait pour redonner une chance à leur pays et, au-delà, aux autres pays, qui aujourd’hui en Europe sont encore sous le joug des plans de la Troïka. Pour cela, tous, nous devons remercier les négociateurs Grecs.
D’un point de vue pratique, nous verrons bien quel hybride va surgir de l’affrontement en cours, où encore une fois la sagesse est du côté de David. Si le compromis finalement obtenu s’avère vivable, si la Grèce recommence à respirer, tout le mérite en reviendra à Syriza. Sinon, la Grèce se fracassera, et l’Union, qui n’a rien voulu voir et rien voulu comprendre, en subira par contrecoup, un choc dont nul ne peut prévoir la violence.

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La fraude fiscale contre l’économie de la connaissance

30 Mai 2015 - 14:46

par Dominique Plihon, économiste atterré

L’insuffisance chronique de la R&D (Recherche et développement) est une des causes avérées du déficit de compétitivité de l’industrie française, contrairement au discours dominant qui accuse les coûts salariaux excessifs. Pour stimuler la R&D des entreprises, l’Etat a mis en place le crédit d’impôt recherche (CIR) en 2007. Les exonérations fiscales au titre du CIR ont connu une forte progression pour atteindre près de 6 milliards d’euros en 2014. En 2013, la Cour des comptes lançait un cri d’alerte : le CIR est devenu la niche fiscale la plus coûteuse pour l’Etat, et donc pour le contribuable … sans que son efficacité soit vérifiée. Des travaux récents menés par les chercheurs du mouvement « Sciences en marche » montrent – calculs à l’appui – que de 2007 à 2012 il n’existe « aucune corrélation entre le CIR et la création d’emplois de R&D dans l’ensemble des entreprises ». 63 % du CIR ont été captés par les entreprises de plus de 500 salariés ; or ces dernières n’ont créé que 18 % des nouveaux emplois de R&D (1).

Le mouvement des chercheurs tire deux conclusions de ses analyses : premièrement, seules les PME, qui ne profitent qu’à hauteur de 37 % du CIR, ont mis cette aide publique à profit pour augmenter significativement leur effort de R&D. En second lieu, le CIR donne lieu à un détournement massif par les grandes entreprises de « 6,2 milliards entre 2007 et 2012 », soit plus de 40 % du CIR touché, qui ne se retrouve pas dans leurs dépenses de R&D. Ainsi, le CIR est utilisé comme un instrument de fraude fiscale par les grandes entreprises. Leur stratégie est d’intégrer dans l’assiette du calcul du CIR des dépenses commerciales et administratives, sans innovations scientifiques, ce qui éloigne cette aide fiscale de sa raison d’être : favoriser « l’économie de la connaissance »1.

Les comparaisons internationales démontrent l’inefficacité du CIR : de 2007 à 2012, les dépenses de R&D des entreprises françaises ont augmenté au même rythme que la moyenne des 28 pays de l’Union européenne dont aucun ne dispose de dispositif aussi favorable que le CIR français.

L’État français serait bien inspiré de réformer ses aides à la recherche, et de suivre la suggestion de « Sciences en marche » : recentrer le CIR sur son seul segment efficace – les PME –, ce qui dégagerait 4 milliards d’euros par an. De quoi permettre de remettre à niveau les laboratoires publics de recherche et les universités, et de financer des postes de chercheurs, afin d’éviter la fuite des jeunes scientifiques français à l’étranger.

1 Voir à ce sujet un rapport récent du syndicat Solidaires Finances Publiques : « Crédit d’impôt recherche : du crédit d’impôt à la recherche … », 15 avril 2015.

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Crise grecque : une histoire européenne

28 Avril 2015 - 15:04

Fin 2014, la dette grecque représentait 317 milliards d’euros, soit 176 % du PIB, contre 103 % en 2007. Cette dette résulte d’un triple aveuglement. D’abord, celui des marchés financiers, qui ont prêté à la Grèce, sans tenir compte du niveau insoutenable de ses déficits public et extérieur. Ensuite, l’aveuglement des classes dirigeantes et des gouvernements grecs, qui ont laissé se développer une croissance déséquilibrée, basée sur les bulles financières et immobilières, la corruption, la mauvaise gouvernance, la fraude et l’évasion fiscale. Enfin, l’aveuglement des institutions européennes qui, après le laxisme des années 2001-2007, ont imposé à la Grèce des programmes d’austérité écrasants et humiliants. Ceux-ci ont certes permis de réduire le déficit public, mais ils ont fait augmenter le ratio dette/PIB, en raison de la chute du PIB, qui est 25 % en dessous de son niveau de 2008. L’austérité a surtout plongé la Grèce dans la détresse économique et sociale, dont le taux de chômage supérieur à 25 %, et le taux de pauvreté de 36 %, sont de tristes illustrations.

Par Catherine Mathieu et Henri Sterdyniak, économistes atterrés

Peut-on imposer à la Grèce de continuer à respecter ses engagements européens, de réduire sa dette à 60 % du PIB en 20 ans ? La Grèce devrait verser chaque année 6 % de son PIB ; cette ponction déséquilibrerait son économie et empêcherait toute reprise. L’Europe ne peut demander au gouvernement grec de renoncer à son programme électoral pour mettre en œuvre la politique du gouvernement précédent, qui a échoué.

Le programme de Syriza comporte la reconstitution de la protection sociale, des services publics, d’un niveau de vie acceptable des retraités et salariés pauvres, mais aussi la réforme fiscale, la lutte contre la corruption, la recherche d’un nouveau mode de développement, basé sur le renouveau productif. C’est un chemin ambitieux, qui suppose de lutter contre l’avidité et l’inertie des classes dominantes et de mobiliser la société tout entière, mais c’est le seul porteur d’avenir.

L’Europe doit donner du temps au peuple grec, pour permettre au nouveau gouvernement de mettre en œuvre son programme de redressement social puis productif. Il faut rendre soutenable sa dette en la transformant en dette à très long terme, protégée de la spéculation. Cette dette pourrait être financée par des euro-obligations à des taux très faibles (0,5 % à 10 ans). Ainsi, les contribuables européens ne seront pas mis à contribution, et la charge de la dette grecque sera acceptable.

La France doit soutenir la proposition de Syriza d’une conférence européenne de la dette, car le cas grec ne fait qu’illustrer le dysfonctionnement de la zone. Pour sortir de la crise économique, sociale et politique, la zone euro doit effectuer une rupture franche : ne pas chercher à réduire la dette par l’austérité, mais par la mise en cause de la domination de la finance et par un renouveau productif axé sur la transition écologique.

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Combien pour une vie décente?

29 Mars 2015 - 15:30

Par Pierre Concialdi, économiste atterré,

Une récente étude de l’Observatoire national de la pauvreté et de l’exclusion sociale (ONPES) vient de chiffrer le budget nécessaire pour avoir un « niveau de vie minimum décent » et « participer à la vie sociale ». La méthode est novatrice. Elle a consisté à réunir des groupes de consensus représentant environ 200 ménages, pour les faire discuter et argumenter sur le contenu détaillé du panier de biens et services nécessaires pour mener une vie décente, dans un processus qui s’est étalé sur plus de deux ans. Cette démarche permet de dépasser le caractère conventionnel des seuils statistiques usuels.

Avec un logement en parc social dans une ville moyenne, le budget minimum s’élève à 1 424 euros par mois pour une personne seule ; il atteint 3 585 euros pour un couple avec deux enfants logé dans le parc privé. Dans toutes les situations familiales examinées, on est très loin du niveau de vie garanti par les minima sociaux, lesquels couvrent environ la moitié de ces budgets. Selon la situation familiale, le déficit de revenu varie d’environ 500 euros à 800 euros par mois et par équivalent adulte.

40 % des ménages en deçà du seuil

Environ 40 % des ménages ne disposent pas de ce minimum nécessaire et doivent faire des économies forcées en rognant sur divers postes de dépense. Ce pourcentage grimpe à 95 % pour les familles monoparentales – essentiellement des femmes – avec deux enfants : ces ménages sacrifient leurs besoins en matière de soins et se serrent fortement la ceinture sur les frais de garde et de cantine. Ces restrictions touchent aussi fortement (à 60 %) les personnes retraitées vivant seules. Seuls les couples sans enfant s’en sortent un peu mieux : 12 % « seulement » de ces ménages sont dans le rouge.

Le caractère massif de ce phénomène n’est pas réellement surprenant. D’une part, parce que ce résultat est cohérent avec les études régulières de l’Insee et du ministère des affaires sociales sur les conditions de vie des ménages. D’autre part, parce qu’il traduit dans une large mesure le bas niveau des revenus salariaux. L’exemple des familles monoparentales l’illustre bien. Pour accéder au budget minimum nécessaire (2 599 euros dans le parc social, 2 830 euros dans le parc privé), il faut disposer d’un revenu salarial annuel au moins égal à 2,1 Smic. Or, les trois quarts des salariés gagnent moins dans l’année.

Ces chiffres donnent la mesure des difficultés quotidiennes auxquelles sont confrontées nombre de ménages. Ils permettent aussi de mieux comprendre le sentiment d’exclusion qui peut s’emparer de ces ménages privés des moyens nécessaires pour participer à la vie sociale.

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L’agriculture grignotée par le capital

04 Mars 2015 - 15:19

Par Alban Pellegris, économiste atterré.

L’effacement démographique est une constante de l’histoire de l’agriculture française. En 2010, sur 100 actifs, seuls 3 travaillaient dans l’agriculture, contre 36 en 1946. La poursuite de leur disparition, à un rythme de 2,5 %, par an interpelle. « A quoi cela rimera de n’avoir plus que 50 000 agriculteurs dans un pays qui aura peut être 5 millions de chômeurs ? » demande à juste titre Roland Huraux (Marianne, 05/03/10). Mais au delà de la question de l’emploi, c’est le choix du modèle de développement agricole qui resurgit : une agriculture écologique moins spécialisée, moins dépendante des intrants chimiques et du pétrole, relocalisée, serait nécessairement plus intensive en main d’œuvre. Nous n’en prenons apparemment pas le chemin, et le renouvellement des acteurs de la production agricole ne laisse guère plus optimiste.

La fin d’une singularité

A la fin des années 50, les paysans peu productifs avaient été incités à se retirer pour laisser la place à ceux d’entre eux aspirant à devenir des agriculteurs « modernes ». Cependant, malgré ce bouleversement des moyens techniques et de la productivité, l’agriculteur continuait de mettre en œuvre, à l’instar du paysan, un outil de travail qui lui appartenait : indépendant, il recourait de manière marginale au salariat. L’ambition du syndicalisme agricole d’après guerre était en effet de promouvoir la constitution d’exploitations suffisamment rentables pour que le couple accède à la parité des niveaux de vie avec le reste de la société. Ainsi l’exploitation familiale devint la base sociale du productivisme de sorte que, en 2007 encore, 20 % des travailleurs de l’agriculture sont salariés, contre 90 % pour l’ensemble des secteurs.

Cette singularité est peut être en train de prendre fin. Depuis 1995, le pourcentage de salariés augmente et les plus grosses exploitations prennent des allures de firmes : le capital y est détenu par des investisseurs qui ne travaillent pas sur l’exploitation, tandis que le travail est apporté par des salariés. En cause, la nouvelle Pac (Politique agricole commune) libérale n’a pas mis fin à la course aux rendements, raison pour laquelle une partie de la profession bataille, avec succès, contre la « discrimination à l’encontre des sociétés » ainsi que toutes mesures limitant leur expansion. La ferme des mille vaches (1 750 bovins, un méthaniseur, 18 salariés, 27 000 L de lait/jour) est devenue le symbole de ce phénomène. Les conséquences sanitaires et environnementales, mais aussi la prise de pouvoir des grands détenteurs de capitaux au sein des exploitations, doivent être dénoncées. Elles nous éloignent d’une alternative qui est urgente.

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La zone euro dans le piège de la déflation

28 Janvier 2015 - 16:41

La zone euro dans le piège de la déflation

par Dominique Plihon, économiste attérré.

La zone euro est la région du monde développé qui a le moins bien résisté au choc de la crise. Plus de 18 millions de personnes y sont au chômage. Mais il y a une autre source d’inquiétude : les prix ont baissé dans la zone à la fin 2014, ce qui peut être le début d’un processus de déflation, spirale négative entrainant une baisse durable des prix et des salaires. La déflation est dangereuse, car elle se traduit par une chute cumulative de l’activité et de l’emploi. Dans un climat de baisse des prix et d’incertitude, ménages et entreprises préfèrent différer leurs dépenses, ce qui déprime l’activité et l’emploi. De plus, sortir du piège de la déflation est extrêmement difficile. En témoigne l’expérience récente du Japon qui a subi une spirale déflationniste depuis les années 1990 dont il a du mal à sortir, malgré la thérapie de choc du premier ministre Shinzo Abe.

Les facteurs qui ont conduit la zone euro au bord de la déflation sont bien identifiés. Il y a bien sûr la baisse spectaculaire des prix du pétrole. Mais les causes profondes sont ailleurs : ce sont les politiques d’austérité budgétaire et salariale imposées par les dirigeants européens, et qui ont été érigées en dogme officiel avec l’adoption en 2012 du « Traité pour la stabilité, la coordination et la gouvernance » (TSCG)1.

 

Rénovation thermique, transports collectifs…

Face à ce risque de déflation, la zone euro n’a recours qu’à une seule arme : une politique monétaire non sélective. La Banque centrale européenne a prêté sans aucune condition aux banques plus de 1 000 milliards d’euros à des taux d’intérêt proches de zéro, avec un effet quasi-nul sur l’investissement. Ce qui n’est pas une surprise ! Les ménages et entreprises ne peuvent que s’abstenir d’investir dans le contexte récessif créé par les politiques d’austérité.

En refusant, par pur dogmatisme, d’abandonner l’austérité budgétaire et salariale, alors que la politique monétaire actuelle a atteint ses limites, les responsables européens font preuve d’un aveuglement coupable. Seul un changement de cap radical permettra d’éviter l’écueil de la déflation dont on a vu les risques considérables dans les années 1930. Le plan de relance de 310 milliards d’euros proposé par Juncker, le président de la Commission européenne, apparait insuffisant. Pour des impératifs sociaux et écologiques, il est urgent de mettre en œuvre un programme massif d’investissements publics dans les énergies renouvelables, la rénovation thermique de l’habitat et les transports collectifs. Pour enclencher un cercle économique vertueux, ce plan doit s’accompagner d’une augmentation du pouvoir d’achat et des dépenses sociales. Ce sont là des propositions du Nouveau Manifeste des économistes atterrés2.

 

1 Les économistes atterrés, « L’Europe mal-Traitée – refuser le Pacte budgétaire et ouvrir d’autres perspectives », Les Liens qui Libèrent, 2012.

2 « Nouveau Manifeste des économistes atterrés – 15 chantiers pour une autre économie », Les liens qui Libèrent, 2015.

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Amérique latine : le retour des vieux démons

26 Décembre 2014 - 17:01

Par Jean-François Ponsot, économiste atteré

Le dégel des relations diplomatiques entre les Etats-Unis et Cuba n’est pas anodin. Il traduit la volonté des Etats-Unis de conquérir un nouveau marché, mais également de retrouver leur zone d’influence naturelle : l’Amérique latine. Il faut dire qu’avec l’alternance politique dans les années 2000 en Amérique du sud, ils ont perdu de leur suprématie dans la région. L’arrivée au pouvoir de gouvernements de gauche (Lula au Brésil, Chavez au Venezuela, Kirchner en Argentine, Correa en Equateur, Morales en Bolivie, etc.) a favorisé dans ces pays le rejet des prescriptions néolibérales du Consensus de Washington, une intervention accrue de l’Etat, avec notamment l’activation d’ambitieuses politiques de redistribution des richesses, et le souci d’intégrer des objectifs sociaux et environnementaux dans les politiques publiques. Elle a traduit aussi une forte volonté de se détourner de la dépendance au dollar. Le poids des motivations d’ordre politique ou économiques diffèrent selon les pays. Mais, globalement, la recherche de cet objectif a réuni les dirigeants sud-américains autour de la nécessité de diversifier la liste des partenaires commerciaux, de rejeter la zone de libre-échange des Amériques (ZLEA) voulue par George Bush, de prendre ses distances avec les institutions financières internationales (Banque Mondiale, FMI), et enfin de promouvoir le développement de la coopération monétaire régionale pour se passer du dollar.

La Chine, grand gagnant

Le grand gagnant de cette évolution est la Chine, devenue le premier partenaire commercial du Brésil et le premier créancier de la région. Les crédits qu’elle accorde servent en priorité ses intérêts : financements d’industries extractivistes et exploitation intensives des ressources naturelles. Certains gouvernements, ceux du Venezuela et de l’Equateur, vivent à nouveau sous perfusion financière. Mais la Chine sait accorder des facilités de paiement : plus de la moitié des prêts sont assortis de clauses permettant de rembourser l’emprunt en pétrole. Ce qui n’incite évidemment pas à sortir de la spécialisation centrée sur l’exploitation du pétrole…

L’essor des échanges entre la Chine et l’Amérique du sud n’a donc pas contribué à la mise en application d’un nouveau modèle de développement pourtant voulu par les nouveaux dirigeants. Au contraire, ils ont enfermé l’Amérique du sud dans une nouvelle dépendance commerciale et financière, accéléré la désindustrialisation et la reprimarisation de l’économie, engagé une redistribution inéquitable des richesses et accentué l’exploitation intensive des ressources naturelles. L’Amérique du sud a renoué, malgré elle, avec deux de ses vieux démons : la dette, et une dépendance commerciale qui l’enferme dans l’extractivisme. Si l’on ajoute à cela, le net ralentissement de la croissance et la chute brutale du prix du pétrole qui pénalise les exportateurs de brut, nul doute que l’année 2015 sera difficile pour la majorité des pays de ce continent.

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Après la bulle immobilière, la bulle étudiante ?

27 Novembre 2014 - 18:04

Eric Berr (économiste atterré).

Tandis que nous sommes toujours éclaboussés par les conséquences de l’éclatement de la bulle immobilière (la crise des subprime), une note de la Banque de France (1) nous signale que de nombreux risques pèsent sur le marché du crédit étudiant aux Etats-Unis. Nous y apprenons en effet qu’en 2012, 70 % des étudiants diplômés aux Etats-Unis avaient contracté ce type de crédit. Au total, ce sont 40 millions d’Américains qui ont un prêt étudiant, dont le montant moyen s’élève à 30 000 dollars et dont l’encours total atteint 1 100 milliards de dollars début 2014 (la dette étudiante est, après l’emprunt immobilier, la deuxième source d’endettement aux Etats-Unis). Le fait que 85 % de ceux-ci sont des prêts fédéraux à taux d’intérêt fixe et garantis par l’Etat amène l’auteur de cette note à conclure que, s’il existe bel et bien un risque pour les finances publiques en raison d’un nombre croissant de défauts, la faible titrisation de ces prêts fait que la dette étudiante ne constitue pas un risque du même ordre que les prêts subprime.

Les raisons de s’inquiéter sont pourtant nombreuses. En période d’augmentation du chômage, l’entrée sur le marché du travail est retardée et l’on prolonge souvent ses études afin d’accroître ses chances de décrocher un emploi conforme à ses attentes. Or, les droits d’inscription dans les universités américaines ont augmenté de près de 30 % entre 2006 et 2012, afin de compenser la chute de 85 % des revenus financiers des universités sur la même période et le désengagement des Etats.

L’accroissement du chômage et l’augmentation des droits d’inscription conduisent inévitablement à la hausse du crédit étudiant qui, à son tour, impacte négativement la consommation (celle des étudiants car les remboursements grèvent largement leur budget, mais aussi celle de leur famille car les étudiants endettés restent plus longtemps chez leurs parents). En outre, avec un système de retraite par capitalisation, les jeunes actifs américains ont également plus de mal à épargner en vue de leur retraite.

Afin d’enrayer cette spirale négative, le président Obama a décidé en juin 2014 d’étendre le programme d’aide au remboursement des prêts étudiants (pay as you earn) afin de permettre aux jeunes diplômés de plafonner à 10 % de leur revenu mensuel le remboursement de leurs prêts étudiants fédéraux. Si une telle mesure peut redonner un peu d’air à court terme, elle contraint toutefois les jeunes diplômés à demeurer endettés sur une longue période. Ce n’est certainement pas ainsi qu’on leur prépare un bel avenir.

1-Céline Mistretta-Belna, « L’accroissement de la dette étudiante aux Etats-Unis, source de fragilité économique ? », Bulletin de la Banque de France N° 197, 3e trimestre 2014.

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Contrôlons le gouvernement plutôt que les chômeurs

01 Novembre 2014 - 15:09

Par Sabina Issehnane, économiste atterrée.

Après avoir entendu les déclarations de François Rebsamen, ministre du Travail, sur la nécessité de contrôler les chômeurs, le rapport sur l’expérimentation dédiée au contrôle des demandeurs d’emploi vient d’être rendu public. Ce rapport, qui n’a aucune vocation scientifique, montre des résultats qui ne peuvent être utilisés qu’avec prudence, comme l’affirme aujourd’hui le directeur de Pôle emploi. Pourtant, pendant près d’une semaine, a résonné sur toutes les ondes un résultat erroné, selon lequel un chômeur sur cinq ne recherchait pas un emploi.

Rappelons que, depuis début 2014, Pôle emploi a mis en place une nouvelle offre de service qui distingue trois types d’accompagnement, selon les besoins du demandeur d’emploi : « renforcé », « guidé », « suivi ». Un conseiller suit ainsi en moyenne 181 demandeurs d’emploi en portefeuille « suivi », 108 demandeurs d’emploi pour un portefeuille « guidé », et 56 demandeurs d’emploi pour l’accompagnement « renforcé ». Derrière ces moyennes, se cachent d’importantes disparités, notamment territoriales : un conseiller peut être amené à suivre plus de 400 personnes.

Pôle emploi déclare que le contrôle pour insuffisance de recherche d’emploi, lors des entretiens de suivi, a conduit à environ 1 175 chômeurs radiés par mois, en 2013. Pourquoi vouloir créer, dans ces conditions, des équipes dédiées au contrôle de la recherche d’emploi ? L’expérimentation a été mise en œuvre dans neuf agences de trois régions différentes. Cette étude conclut que 8 à 35 % des demandeurs d’emploi contrôlés ont été radiés, soit une moyenne de 17 % sur les 6 572 demandeurs d’emploi contrôlés.

L’expérimentation comporte cependant plusieurs biais. D’abord, les résultats sont fortement dépendants des modèles de ciblage retenus afin d’effectuer les contrôles, selon que ces derniers s’appuient davantage sur des requêtes ciblées à partir de la situation du demandeur d’emploi, que sur des requêtes aléatoires. En outre, il faut noter que les radiations ont été pour l’essentiel d’une durée de 15 jours et le taux de réinscription après radiation a été de 61 à 71 %. Seuls les chômeurs avec plus de 4 mois d’ancienneté ont été contrôlés. Les chômeurs sanctionnés sont ainsi, en majorité, des chômeurs de longue durée, et sont moins souvent indemnisés. Nous sommes donc loin d’une armée de chômeurs vivant sur leur allocation sans rechercher un emploi.

Rappelons juste que moins de la moitié des demandeurs d’emploi sont indemnisés au titre du chômage (hors allocation formation), et que les bénéficiaires de l’assurance chômage perçoivent 1 055 euros par mois en moyenne. Au lieu de remettre la responsabilité du chômage sur les chômeurs eux-mêmes, le gouvernement devrait se préoccuper davantage de sa politique économique et sociale.

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Vers la domination des entreprises mastodondes

27 Août 2014 - 11:33

 

Par Henri Sterdyniak, économiste atterré.

Le XXIe siècle verra sans doute quelques firmes mastodontes jouer un rôle de plus en plus dominant dans l’économie mondiale. Ce seront les empires du siècle, avec leurs seigneurs et leurs serfs, qui auront autant, sinon plus de pouvoir, sur la vie des générations futures que les Etats.

Ces firmes, nous les voyons grossir, prendre de plus en plus d’importance. Elles bénéficient des possibilités qu’offre internet. Elles peuvent facilement lever des capitaux : en ces temps de liquidités abondantes, il leur suffit de convaincre quelques banquiers et financiers qui leurs ouvrent des lignes de crédit quasi-illimités ; elles peuvent ainsi être à l’affut des progrès techniques, acheter à prix d’or les brevets innovants ou censés l’être, augmenter leur influence grâce à l’effet d’économie d’échelle et de réseau : le client préfère utiliser un logiciel qui a déjà beaucoup d’applications et d’utilisateurs qu’un nouveau logiciel. Il est important d’être le premier à développer un produit, d’où leur frénésie d’innovation.

C’est Amazon, qui conquiert des positions dominantes dans la diffusion d’objets culturels. Le libraire compétent est remplacé par un manutentionnaire beaucoup moins bien rémunéré ; Amazon, devenu acheteur dominant, va pouvoir imposer ses prix à ses fournisseurs, au détriment des éditeurs ou des producteurs. Surtout Amazon va pouvoir favoriser tel ou tel produit culturel, refuser de vendre celui-ci ou du moins décourager ses achats. Une entreprise multinationale opaque va progressivement prendre le contrôle de l’univers culturel.

Des règles de fonctionnement socialement décidées

C’est Google qui peut choisir les sites vers lesquels elle oriente les demandes des utilisateurs, qui peut promouvoir les sites qui lui versent des redevances, qui met en vente des mots-clefs, qui détourne les recettes publicitaires à son profit, et ne respecte guère les règles de respect de la vie privée. C’est Apple qui peut choisir les logiciels et les applications qu’elle propose à ses clients, qui organise l’obsolescence accélérée de ses produits. C’est Booking.com qui impose des commissions importantes aux hôtels qu’elle référence. Ces firmes se caractérisent aussi par des stratégies d’optimisation fiscale qui leur permettent de payer peu d’impôts, ce qui leur donne un avantage injustifié par rapport aux entreprises nationales.

Certes, ces entreprises apportent un plus aux clients, mais ce plus, elles le font payer et acquièrent progressivement un pouvoir incontrôlable. Ne faudrait-il pas que les Etats imposent à ces grandes entreprises de nouvelles règles de fonctionnement, socialement décidées et contrôlées, par exemple en mettant en place des comités représentant toutes les parties prenantes (usagers, fournisseurs, salariés) ?

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Plein emploi permanent

03 Juillet 2014 - 12:05

Par Dany Lang, économiste atterré,

L’employeur en dernier ressort pour le plein emploi permanent,

Depuis les années 1970, le chômage est devenu une maladie structurelle des économies développées. Le tournant néolibéral des années 1980, ainsi que les politiques d’austérité et autres politiques de l’offre menées depuis 2009, l’aggravent. Pourtant, le chômage n’est pas une fatalité. La mise en œuvre de stratégies volontaristes de reconversion écologique permettrait d’assurer une hausse significative de l’emploi. Avec un véritable plan de reconversion écologique, de nombreuses personnes seraient employées à des tâches permettant la transition vers des économies moins énergivores et plus humaines. Pour autant, il nous faut réfléchir à la manière d’assurer, durablement, le plein emploi, et ce indépendamment de la phase du cycle dans laquelle l’économie se trouve. Dans le même mouvement, il faut mener des politiques destinées à déconnecter l’emploi de la croissance.

Keynes définissait le plein emploi comme une situation où le taux de chômage est inférieur à 1% en temps de paix. Pour Keynes comme pour Minsky, on ne peut compter sur le secteur privé pour y parvenir, tout simplement parce que tel n’est pas son travail. L’action de l’État ou des collectivités locales comme « employeur en dernier ressort » (EDR) s’impose alors. Dans une politique d’EDR, la puissance publique s’engage à fournir un emploi à tous ceux qui sont prêts à travailler pour un salaire de subsistance et éventuellement plus élevé, en fonction des qualifications requises pour les emplois proposés. Selon Minsky, il s’agit de « prendre les chômeurs tels qu’ils sont » et « d’adapter les emplois publics à leurs compétences ». Les emplois se situent dans des services intensifs en travail et socialement utiles (que le marché est incapable de prendre en charge) : aide aux enfants, personnes âgées et malades, amélioration de la vie urbaine (espace verts, médiation sociale, restauration de bâtiments …), environnement, animation en milieu scolaire, activités artistiques, etc. Comme le résume Minsky, l’objectif est «  une meilleure utilisation des capacités existantes plutôt que leur accroissement ».

Pour Keynes, l’EDR doit être une politique permanente pour lutter contre les cycles : en période d’intense activité, le vivier d’EDR s’amoindrit, ce qui permet de contrer un risque éventuel d’inflation. A l’opposé, en période de récession, les tendances déflationnistes sont contrées par des embauches massives dans le cadre des programmes d’EDR.

Des impôts fortement redistributifs et les économies réalisées sur les prestations des personnes qui sortiraient du chômage permettraient de financer ces emplois. Ces sources pourraient être combinées à une taxe kilométrique, destinée à inciter les agents à consommer des produits locaux.Au vu des taux de chômage historiquement élevés des économies européennes, le plein emploi doit redevenir l’objectif final des politiques. La stratégie d’EDR, largement mise en place sous Roosevelt, mais aussi, plus récemment, en Inde et en Argentine, est une manière convaincante d’y parvenir.

 

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Tafta : un nouveau traité pour arranger les affaires des grandes multinationales

27 Mai 2014 - 12:04

Nathalie Coutinet, économiste atterrée

Cela fait presque un an que la Commission Européenne est entrée en négociation, au nom des 28 Etats membres de l’Union, avec les Etats-Unis afin d’établir une vaste zone de libre-échange : TAFTA.

L’enjeu de ces négociations est de baisser, voire d’éliminer, les différentes barrières aux échanges, c’est à dire les Droits de douanes et les Barrières non tarifaires. Les droits de douane entre les deux puissances étant déjà très faibles, le véritable enjeu concerne les « barrières non tarifaires », c’est à dire l’ensemble des « normes » et des réglementations qui encadrent la production et la circulation des biens et services. Ces dernières expriment généralement des préférences sociales et culturelles et contribuent à dessiner des « modèles de société ». Cela se traduit notamment par le fait que les Européens appliquent dans de nombreux domaines – santé, agriculture, l’alimentation… – le principe de précaution, tandis que les Américains appliquent le principe de la preuve (c’est aux consommateurs de « prouver » que le produit est nocif). L’agriculture constitue un secteur exemplaire : les Américains mangent du bœuf boosté aux hormones ou des volailles chlorées, lesquelles sont interdites dans l’UE.

Cependant, la disposition la plus inquiétante concerne la protection des investisseurs. Au nom d’un décrété « traitement juste et équitable », des entreprises auraient le droit de s’opposer à un Etat ou une collectivité locale dont elles estimeraient les décisions contraires à leurs intérêts. Et ces contestations seraient conduites non pas devant une juridiction étatique mais devant des arbitres internationaux « indépendants »… C’est ainsi qu’une compagnie américaine qui exploite du gaz de schiste a obtenu 151 millions d’euros de dédommagements parce que l’Etat québécois a instauré un moratoire sur l’exploration de ce gaz.

Cet accord profiterait donc principalement aux grandes multinationales. Négociés dans le secret, Tafta aurait, au mieux, des retombées macroéconomiques extrêmement faibles : de l’ordre de 119 milliards de dollars par an pour l’Union Européenne sur une période de 10 ans (CEPR, 2013).

Dans le même esprit, l’Union européenne négocie, toujours en secret, avec 23 autres pays dans le cadre de l’Organisation mondiale du commerce, un accord dénommé TISA, sur le commerce des services, qui vise une libéralisation totale, c’est à dire une ouverture à la concurrence du « marché des services », y compris les services publics.

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