D’autres politiques économiques sont possibles

Adhérer

Fin juillet 2026, les États-Unis sont intervenus sur le marché des changes en vendant l’équivalent de 20 milliards de dollars — en euros, et non en dollars — pour acheter du yen. L’opération a été menée via l’Exchange Stabilization Fund, le bras armé du Trésor, et sans notification préalable à la BCE. Quatre remarques.

  1. Le montant est insignifiant. Vingt milliards de dollars ne suffisent ni à bouger durablement une parité de change majeure, ni à influencer la courbe des taux américains comme certains commentateurs l’ont suggéré. À l’échelle des flux quotidiens sur le marché du yen — plusieurs centaines de milliards —, c’est une goutte d’eau.
  2. Le yen dévisse contre toute théorie. Si la parité des taux d’intérêt enseignée dans tous les manuels décrivait correctement le monde, le yen, adossé à des taux très bas, devrait s’apprécier pour compenser le différentiel de rendement. On observe l’inverse depuis quinze ans. Le carry trade — emprunter en yen pour placer ailleurs — génère activement la pression baissière et fait échouer la prédiction manuel-standard. Il s’agit d’un phénomène structurel que la théorie dominante n’arrive pas à intégrer.
  3. La suprématie du dollar est le produit de la politique budgétaire européenne autant que de la politique américaine. Le dollar domine parce que le marché de la dette souveraine américaine est de loin le plus profond du monde, seul capable d’absorber les flux de capitaux à l’échelle globale. En cherchant depuis des décennies à limiter sa dette publique, l’Europe s’est empêchée de créer des marchés assez profonds pour accueillir ces capitaux. Résultat : il n’existe aucune alternative sérieuse au dollar — ni l’euro, ni le yuan (contrôle des capitaux), ni le bitcoin (échelle dérisoire, très volatile). C’est une conséquence directe que les partisans de la réduction de la dette publique européenne semblent complètement ignorer. Pire encore, l’expansion budgétaire massive annoncée par Trump va élargir encore le pool d’actifs sûrs libellés en dollars — et rendre une dédollarisation indolore d’autant plus difficile.
  4. Le sujet qui devrait mobiliser l’attention européenne, ce n’est pas cette opération de change marginale, c’est le tsunami industriel chinois. La Chine domine désormais l’automobile électrique, les batteries, l’ensemble de la chaîne de valeur des technologies vertes, et une grande partie de l’électronique de pointe. L’Allemagne, longtemps complaisante avec le déclin industriel du Sud de l’Europe tant qu’elle vendait ses machines-outils à la Chine, se retrouve elle-même prise à revers depuis trois ans. C’est là que se joue l’avenir économique européen — pas dans une vente de 20 milliards de dollars d’OAT et de Bunds par le Trésor américain. L’article entier ici