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La soumission au Medef n’est pas une solution, la France a besoin d'un changement de cap.

16 février 2015 - 16:07

A la mi-2014, l’économie française est sur une pente dangereuse. La croissance, nulle depuis un an, s’accompagne d’une hausse sans fin du chômage, d’une décélération des prix, en un mot d’un risque grandissant de déflation. Au lieu de prendre acte de ces résultats catastrophiques et de l’échec de la voie suivie, François Hollande a choisi d’accélérer dans la même direction, en se soumettant toujours davantage aux exigences du Medef.

Lire la suite sur le site des Economistes atterrés.

Pourquoi l'Europe doit relancer les commandes publiques

16 février 2015 - 16:07

Par Sébastien Charles, Thomas Dallery, Jonathan Marie*

Le principe du multiplicateur budgétaire est un mécanisme macroéconomique mis en évidence au début des années 30 par Richard Kahn qui met initialement en relation les variations de l’emploi avec celles de la dépense publique. Ce principe a été étendu par John Maynard Keynes dans la Théorie générale de l’emploi, de l’intérêt et de la monnaie en 1936. Il y met à jour une relation entre la variation de l’activité économique et un changement dans les dépenses publiques. Depuis lors, on sait que le multiplicateur budgétaire est égal au rapport entre la variation du PIB et celle des dépenses publiques, rapport dont la valeur est généralement supérieure à l’unité ; c’est pourquoi on utilise le terme de «multiplicateur». Cela revient à attribuer aux variations des dépenses publiques la variation de l’activité. Plus ce rapport est élevé, plus l’intervention de l’État sur l’activité, via la politique budgétaire, est efficace.

Comment fonctionne ce mécanisme ? Raisonnons avec un exemple simple. Lorsque l’État effectue une commande supplémentaire à une entreprise, la production de cette dernière s’ajoutera à la production nationale pour un montant équivalent. Cette entreprise va, pour répondre à ce marché, utiliser de la main-d’œuvre et ainsi verser des salaires, consommer des produits intermédiaires et générer des profits. Les salariés comme les propriétaires de l’entreprise reçoivent ainsi un pouvoir d’achat qu’ils vont utiliser en achetant des biens et des services qu’ils n’auraient pas consommés sans la commande publique préalable. Des sous-traitants ou fournisseurs sont dans la même situation. Une partie de la consommation générée ainsi s’effectuera auprès d’autres entreprises résidentes. Ces mêmes entreprises vont à leur tour contribuer à l’augmentation de la production nationale et verser des revenus dans l’économie qui vont soutenir une nouvelle augmentation de la demande de biens et services. Pour un euro de dépense publique, l’activité économique aura augmenté de plus d’un euro. Le raisonnement se résume à l’image d’un cercle vertueux, l’impulsion budgétaire initiale génère une augmentation de la production nationale supérieure à cette impulsion. Dans une situation de crise de demande, a fortiori lorsque la politique monétaire est inefficace comme c’est le cas actuellement dans la zone euro, il est primordial que l’État intervienne en utilisant le levier de la dépense publique.

Ce cercle vertueux n’est cependant pas infini, il contient trois limites. D’abord, les revenus supplémentaires ne sont jamais intégralement dépensés en biens produits sur le territoire national. Une partie est utilisée en achat de biens produits à l’étranger et l’autre n’est pas dépensée du tout en consommation, car épargnée ou utilisée pour régler les impôts. On comprend ainsi que le multiplicateur sera d’autant plus élevé que ces fuites sont faibles, c’est-à-dire que la propension à épargner, que la pression fiscale et que la propension à importer sont faibles. Ensuite, une fois atteint le plein-emploi, la dépense publique supplémentaire n’engendre que de l’inflation à cause de contraintes sur l’utilisation des capacités de production des entreprises et des revendications salariales qui peuvent dégénérer en boucle prix-salaires explosive. Enfin, si le multiplicateur joue à la hausse, il fonctionne également à la baisse, une diminution des dépenses publiques conduisant à une contraction plus que proportionnelle de l’activité économique. Cette dernière leçon, pourtant évidente, est régulièrement niée dans le contexte actuel.

Confrontés au ralentissement économique mondial en 2007-2009, les gouvernements ont, dans un premier temps, appliqué les recettes «keynésiennes» qui visent à accroître la dépense publique lorsque la demande privée se contracte, dans l’espoir d’éviter un effondrement économique encore plus profond. Toutefois, dès 2010, et ce particulièrement en Europe, ceux-ci ont adopté des politiques de consolidation budgétaire. L’austérité a été décidée parce que les ratios de dette publique avaient trop augmenté et que des économistes réputés en prophétisaient des conséquences dangereuses. Ainsi, les célèbres économistes de Harvard Carmen Reinhart et Kenneth Rogoff (2010), passés par les plus grandes institutions financières, avaient apporté en 2010 un argument décisif pour limiter l’intervention publique : lorsque le ratio dette publique sur PIB dépasse les 90%, les taux de croissance deviennent plus faibles. A les écouter, il faut donc à tout prix rester en dessous de ce ratio. Bien sûr, aujourd’hui on sait que les feuilles de calcul sur lesquelles les conclusions étaient établies étaient truffées d’erreurs et que les conclusions en ont été affectées, mais le mal était fait. Ce discours paraît tellement raisonnable ! D’autres économistes tout aussi influents, dans une veine initiée par Alberto Alesina et Roberto Perotti (1995) soutenaient même que l’austérité ne serait pas défavorable à la croissance, et qu’elle pourrait au contraire avoir un effet positif sur la croissance (le multiplicateur pourrait être selon eux inférieur à 0).

Ces thèses ont eu d’incroyables conséquences, la Commission européenne se complaisant en effet dans cette perspective. Suite à l’éclatement de la crise grecque en 2010, la Troïka (FMI, BCE et Commission européenne) a fait subir à la Grèce un plan d’austérité d’autant plus violent qu’elle sous-estimait les effets négatifs des ajustements budgétaires sur l’activité. Cette erreur d’appréciation du multiplicateur, combinée à une vision idéologique de l’efficacité de la politique économique, a condamné ces politiques à l’échec. En effet, si l’activité se réduit, la base fiscale rétrécit et les dépenses publiques augmentent mécaniquement, notamment par la hausse du nombre de chômeurs à indemniser. Devant l’évidence que les politiques de rigueur nuisaient plus que prévu à la croissance économique, le FMI (World Economic Outlook, 2012, pages 41-43) a réévalué l’impact de celles-ci, reconnaissant qu’il avait sous-estimé les multiplicateurs et la perte de croissance issue de la rigueur budgétaire. Dans cette optique, de nombreuses études ont montré que les multiplicateurs étaient plus élevés en période de récession. Ces études rappellent un enseignement essentiel, négligé par l’orthodoxie néolibérale : la politique budgétaire doit être contra-cyclique, c’est-à-dire expansionniste durant la récession et rigoureuse durant les périodes d’expansion.

Faire de l’austérité en période de crise est plus néfaste sur l’emploi et la croissance que la même austérité en période de prospérité. L’austérité dans une période déjà marquée par la récession ne fait qu’amplifier cette récession. A l’inverse, un plan de relance budgétaire est plus efficace en période de crise qu’en période d’expansion et permettrait de diminuer le coût économique et social du chômage. Au final, l’État doit jouer le rôle d’un amortisseur et impulser le rebond lorsque la crise est particulièrement forte et qu’elle engendre une incertitude telle que la consommation recule et que les entreprises reportent perpétuellement leurs projets d’investissement. Par ailleurs, un gouvernement souhaitant maximiser son stimulus à l’économie ne doit pas essayer d’améliorer la consommation des ménages ou l’investissement des entreprises par des réductions d’impôts ou des réductions de cotisations sociales incitatives mais doit favoriser la dépense des administrations publiques. C’est en effet ce type de dépense qui provoque le moins d’importations, l’État ayant conservé une localisation importante de ses dépenses sur son territoire, alors que les ménages et les entreprises privées ont une tendance plus forte à se procurer leurs biens et leurs services à l’étranger. [1] Du fait de ces fuites en importation plus faibles, le premier cycle de revenus versés dans l’économie domestique se trouve optimisé. Un raisonnement analogue peut être mené avec la production de services non marchands (santé, éducation et recherche). Celle-ci accroît le PIB sans que ces services ne soient fortement importés (sur le premier tour de multiplicateur la part de la dépense qui fuite en importation est quasiment nulle), tout en sachant que cela contribuera à une demande supplémentaire future adressée aux entreprises privées.

Compte tenu du niveau d’activité dans la zone euro, les gouvernements doivent réactiver des politiques contracycliques, notamment par le biais de commandes publiques adressées aux entreprises privées dans le secteur de la transition énergétique (rénovation thermique, développement des énergies alternatives) et par le biais de services publics. De plus, la zone euro est un espace dont les importations provenant de l’extérieur sont relativement faibles : une coordination de ces politiques de relance pour bénéficier d’effets multiplicateurs importants et efficaces est donc tout à fait possible ! L’austérité généralisée et les politiques de l’offre ne peuvent résoudre une crise de demande déflationniste. Pour sortir de la crise actuelle, il est plus que nécessaire de s’appuyer sur le principe simple du multiplicateur et de défendre une politique budgétaire efficace et intelligente.

Références

Alesina, A., Perotti, R. (1995), «Fiscal Expansions and Adjustments in OECD Economies», Economic Policy, vol. 21, pp. 207-247.

Bussière, M., Callegari, G., Ghironi, F., Sestieri, G., Yamano, N. (2013), «Estimating Trade Elasticities: Demand Composition and the Trade Collapse of 2008-9», American Economic Journal: Macroeconomics, vol. 5, pp. 118-151.

Kahn, R.F. (1931), «The Relation of Home Investment to Unemployment», The Economic Journal, vol. 41, pp. 173–198.

Keynes, J.M. (1936), The General Theory of Unemployment, Interest and Money, London: Macmillan.

Reinhart, C., Rogoff, K. (2010), «Growth in a Time of Debt», American Economic Review, vol. 100, pp. 573-78.

Trésor-Eco, «Une nouvelle lecture de la contribution du commerce extérieur à la croissance», n° 6, décembre 2006

World Economic Outlook (2012), International Monetary Fund, October.

[1] Voir Bussière et al. (2013) ainsi que l’étude de la Direction générale du Trésor.

*Maîtres de Conférences, respectivement au LED (Université Paris 8), au Clersé (Université du Littoral Côte d’Opale) et au CEPN (Université Paris 13).

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