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Nos chroniques pour "L'âge de faire"

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Solidaire, social et écologique
Mis à jour : il y a 5 jours 8 heures

Attractivité : l’obsession

26 Avril 2018 - 15:20

En janvier dernier, Emmanuel Macron invitait à Versailles 140 « grands » patrons étrangers dans une entreprise de séduction qui visait à les convaincre de « choisir la France ». En France, l’attractivité est devenue une obsession qui se transmet de gouvernement en gouvernement. Au niveau international ou local, les États et les territoires font régulièrement l’objet de classements relayés par les médias. On entend ainsi que la France retrouve son attractivité, on lit que Londres est la métropole la plus attractive du monde (cabinet PWC). On trouve dans la presse régionale que la Nouvelle Aquitaine est la Région la plus attractive de France (Sud-Ouest), à moins que ce ne soit l’Occitanie (La Tribune) ou la Bretagne (Ouest France) ; chacun s’arrangeant avec ses critères et ses classements.
Que faut-il faire, finalement, pour être un champion de l’attractivité ? Et a-t-on vraiment intérêt à l’être ? Les classements, établis par des organismes privés, peu soucieux de méthodologie, prennent en compte notamment le dynamisme économique à travers le PIB, les investissement publics et privés, la qualité des infrastructures, le niveau d’éducation et la « facilité à faire des affaires ». Moins l’État intervient dans la vie de l’entreprise, plus il permet à son pays d’être un territoire attractif. On s’étonnera peu, dès lors, de voir Hong-Kong, Singapour ou la Suisse truster le haut des classements internationaux.

UN JEU NON COOPÉRATIF
La France peut-elle rivaliser avec ces paradis fiscaux ? Et surtout, y a-t-elle intérêt ? La compétition que se livrent les territoires pour attirer le plus d’investissements possibles s’est traduite ces dernières décennies par une course au « moins-disant » : moins d’impôt, moins de social ou encore moins de normes environnementales. Cette course est vaine et ne se fait pas automatiquement, contrairement à ce qui fut indiqué par l’Elysée lors du Sommet de l’attractivité à Versailles, « au bénéfice de l’investissement et de l’emploi ». Les 25 millions d’euros de subventions publiques accordées depuis 2013 à Ford pour maintenir son activité à Blanquefort, plutôt que de contribuer à la dynamique du territoire, de l’innovation et de l’emploi, débouchent aujourd’hui sur une annonce de délocalisation. Ce jeu non coopératif de l’attractivité est par essence même, et à travers ses conséquences, en totale contradiction avec une politique de développement durable. Une véritable politique d’attractivité à long terme se fonde sur des critères de performances hors-marchés tels que la qualité des systèmes d’éducation et de santé, le dialogue social, la qualité de vie, la capacité à prendre en compte les problématiques environnementales. Mais cela suppose de sortir de l’idéologie du « toujours moins » pour promouvoir une stratégie de développement concertée.
Le reflet qu’offre le miroir de l’attractivité n’est qu’une image éphémère et trompeuse : les premières places du classement n’assurent ni progrès social, ni développement économique durable et renforcent une logique de concurrence qui ne peut faire que des perdants, sauf ceux qui sont aux commandes.

Anne Musson, des Économistes Atterrés

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Attractivité : l’obsession

26 Avril 2018 - 15:20

En janvier dernier, Emmanuel Macron invitait à Versailles 140 « grands » patrons étrangers dans une entreprise de séduction qui visait à les convaincre de « choisir la France ». En France, l’attractivité est devenue une obsession qui se transmet de gouvernement en gouvernement. Au niveau international ou local, les États et les territoires font régulièrement l’objet de classements relayés par les médias. On entend ainsi que la France retrouve son attractivité, on lit que Londres est la métropole la plus attractive du monde (cabinet PWC). On trouve dans la presse régionale que la Nouvelle Aquitaine est la Région la plus attractive de France (Sud-Ouest), à moins que ce ne soit l’Occitanie (La Tribune) ou la Bretagne (Ouest France) ; chacun s’arrangeant avec ses critères et ses classements.
Que faut-il faire, finalement, pour être un champion de l’attractivité ? Et a-t-on vraiment intérêt à l’être ? Les classements, établis par des organismes privés, peu soucieux de méthodologie, prennent en compte notamment le dynamisme économique à travers le PIB, les investissement publics et privés, la qualité des infrastructures, le niveau d’éducation et la « facilité à faire des affaires ». Moins l’État intervient dans la vie de l’entreprise, plus il permet à son pays d’être un territoire attractif. On s’étonnera peu, dès lors, de voir Hong-Kong, Singapour ou la Suisse truster le haut des classements internationaux.

UN JEU NON COOPÉRATIF
La France peut-elle rivaliser avec ces paradis fiscaux ? Et surtout, y a-t-elle intérêt ? La compétition que se livrent les territoires pour attirer le plus d’investissements possibles s’est traduite ces dernières décennies par une course au « moins-disant » : moins d’impôt, moins de social ou encore moins de normes environnementales. Cette course est vaine et ne se fait pas automatiquement, contrairement à ce qui fut indiqué par l’Elysée lors du Sommet de l’attractivité à Versailles, « au bénéfice de l’investissement et de l’emploi ». Les 25 millions d’euros de subventions publiques accordées depuis 2013 à Ford pour maintenir son activité à Blanquefort, plutôt que de contribuer à la dynamique du territoire, de l’innovation et de l’emploi, débouchent aujourd’hui sur une annonce de délocalisation. Ce jeu non coopératif de l’attractivité est par essence même, et à travers ses conséquences, en totale contradiction avec une politique de développement durable. Une véritable politique d’attractivité à long terme se fonde sur des critères de performances hors-marchés tels que la qualité des systèmes d’éducation et de santé, le dialogue social, la qualité de vie, la capacité à prendre en compte les problématiques environnementales. Mais cela suppose de sortir de l’idéologie du « toujours moins » pour promouvoir une stratégie de développement concertée.
Le reflet qu’offre le miroir de l’attractivité n’est qu’une image éphémère et trompeuse : les premières places du classement n’assurent ni progrès social, ni développement économique durable et renforcent une logique de concurrence qui ne peut faire que des perdants, sauf ceux qui sont aux commandes.

Anne Musson, des Économistes Atterrés

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Faut-il faire des économies sur les allocations logement ?

03 Avril 2018 - 13:10
Avoir un toit est le premier besoin des familles. Le poids des dépenses de logement est particulièrement important pour les foyers les plus pauvres.

En moyenne, un ménage consacre 18% de son revenu à ses dépenses de logement, mais, pour les 25% de ménages les plus pauvres, ce taux atteint 27% pour les locataires du secteur social et même 41% pour les locataires du secteur privé.

Heureusement, ce taux d’effort est diminué par des allocations qui représentaient en 2016 une vingtaine de milliards d’euros, soit 1% du PIB, versées à 6,5 millions de ménages. Comme l’indique l’INSEE, les allocations logement sont la prestation sociale la plus redistributive, celle qui contribue le plus à réduire les inégalités de revenu.

Le montant des allocations logement versées en France est équivalent à celui versé au Royaume-Uni, un autre pays qui souffre de la cherté des loyers. La technocratie de Bercy est persuadée qu’il est possible de faire des économies importantes là-dessus. Elle prétend que ce sont ces allocations qui feraient augmenter les loyers, alors que la moitié des bénéficiaires sont dans un logement social, que 90 % des autres ont maintenant un loyer supérieur au plafond des allocations.

Ainsi Emmanuel Macron a-t-il déclaré : « La France dépense 40 milliards d’euros pour le logement. Nous avons 4 millions de mal-logés.  Est-ce une politique efficace ? Non ». Il feint d’ignorer que les impôts sur le logement ont rapportés 62 milliards. Il ne met pas en cause les avantages fiscaux des investisseurs privés – avantages utilisés comme argument publicitaire par des officines de défiscalisation –, peu soucieux de satisfaire les besoins prioritaires.

Le logement locatif privé ne peut résoudre le problème des mal-logés puisque les propriétaires sélectionnent les locataires, refusent les personnes à faibles revenus, en emplois précaires, sans caution familiale.

« Réduction des loyers de solidarité »

En 2017, le gouvernement a arbitrairement décidé d’une baisse de 5 euros par mois des allocations logement, sous prétexte de garantir le passage de la France sous la barre des 3% de déficit public.

En 2018, il instaure une baisse de 50 euros des allocations pour les seuls locataires des HLM, sous le nom trompeur de « réduction des loyers de solidarité ». Par ailleurs, est annoncée la fin des allocations logement accession (qui facilitait l’accession à la propriété de familles modestes), la prise en compte du patrimoine des bénéficiaires dans le calcul des droits aux allocations, le gel de l’indexation des APL et la prise en compte des ressources de l’année courante.

Mesures qui, au total, devraient lui permettre de réduire de 3,2 milliards les dépenses annuelles d’allocation logement d’ici 2022. D’un côté, les ménages les plus pauvres verront s’accroître leurs difficultés financières. De l’autre, les HLM doivent diminuer leurs loyers pour compenser la baisse de l’APL pour leurs locataires bénéficiaires.

Cette baisse des ressources (1,7 milliards sur 2,6 de capacité d’autofinancement) pèse sur les sociétés d’HLM les plus pauvres, celles qui abritent les populations les plus défavorisées. Elle va nuire à leur capacité à entretenir et rénover les logements, en particulier du point de vue énergétique. La baise va freiner l’engagement des nouvelles constructions qui sont nécessaires pour améliorer la situation des 4 millions de mal-logés. C’est un coup direct contre les conditions de logement des familles les plus pauvres, qui nuit à leur capacité d’élever leurs enfants dans des conditions dignes.

Henri Sterdyniak, pour les Économistes Atterrés

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Faut-il faire des économies sur les allocations logement ?

03 Avril 2018 - 13:10

Avoir un toit est le premier besoin des familles. Le poids des dépenses de logement est particulièrement important pour les foyers les plus pauvres. En moyenne, un ménage consacre 18% de son revenu à ses dépenses de logement, mais, pour les 25% de ménages les plus pauvres, ce taux atteint 27% pour les locataires du secteur social et même 41% pour les locataires du secteur privé. Heureusement, ce taux d’effort est diminué par des allocations qui représentaient en 2016 une vingtaine de milliards d’euros, soit 1% du PIB, versées à 6,5 millions de ménages. Comme l’indique l’INSEE, les allocations logement sont la prestation sociale la plus redistributive, celle qui contribue le plus à réduire les inégalités de revenu. Le montant des allocations logement versées en France est équivalent à celui versé au Royaume-Uni, un autre pays qui souffre de la cherté des loyers.

Cependant, la technocratie de Bercy est persuadée qu’il est possible de faire des économies importantes là-dessus. Elle prétend que ce sont ces allocations qui feraient augmenter les loyers, alors que la moitié des bénéficiaires sont dans un logement social, que 90 % des autres ont maintenant un loyer supérieur au plafond des allocations. Ainsi Emmanuel Macron a-t-il déclaré : « La France dépense 40 milliards d’euros pour le logement. Nous avons 4 millions de mal-logés. Est-ce une politique efficace ? Non ». Il feint d’ignorer que les impôts sur le logement ont rapportés 62 milliards. Il ne met pas en cause les avantages fiscaux des investisseurs privés – avantages utilisés comme argument publicitaire par des officines de défiscalisation –, peu soucieux de satisfaire les besoins prioritaires. Le logement locatif privé ne peut résoudre le problème des mal-logés puisque les propriétaires sélectionnent les locataires, refusent les personnes à faibles revenus, en emplois précaires, sans caution familiale.

« Réduction des loyers de solidarité »

En 2017, le gouvernement a arbitrairement décidé d’une baisse de 5 euros par mois des allocations logement, sous prétexte de garantir le passage de la France sous la barre des 3% de déficit public. En 2018, il instaure une baisse de 50 euros des allocations pour les seuls locataires des HLM, sous le nom trompeur de « réduction des loyers de solidarité ». Par ailleurs, est annoncée la fin des allocations logement accession (qui facilitait l’accession à la propriété de familles modestes), la prise en compte du patrimoine des bénéficiaires dans le calcul des droits aux allocations, le gel de l’indexation des APL et la prise en compte des ressources de l’année courante. Mesures qui, au total, devraient lui permettre de réduire de 3,2 milliards les dépenses annuelles d’allocation logement d’ici 2022. D’un côté, les ménages les plus pauvres verront s’accroître leurs difficultés financières. De l’autre, les HLM doivent diminuer leurs loyers pour compenser la baisse de l’APL pour leurs locataires bénéficiaires. Cette baisse des ressources (1,7 milliards sur 2,6 de capacité d’autofinancement) pèse sur les sociétés d’HLM les plus pauvres, celles qui abritent les populations les plus défavorisées. Elle va nuire à leur capacité à entretenir et rénover les logements, en particulier du point de vue énergétique. Elle va freiner l’engagement des nouvelles constructions qui sont nécessaires pour améliorer la situation des 4 millions de mal-logés. C’est un coup direct contre les conditions de logement des familles les plus pauvres, qui nuit à leur capacité d’élever leurs enfants dans des conditions dignes.

Henri Sterdyniak, pour les Économistes Atterrés

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Faut-il faire des économies sur les allocations logement ?

03 Avril 2018 - 13:10

Avoir un toit est le premier besoin des familles. Le poids des dépenses de logement est particulièrement important pour les foyers les plus pauvres. En moyenne, un ménage consacre 18% de son revenu à ses dépenses de logement, mais, pour les 25% de ménages les plus pauvres, ce taux atteint 27% pour les locataires du secteur social et même 41% pour les locataires du secteur privé. Heureusement, ce taux d’effort est diminué par des allocations qui représentaient en 2016 une vingtaine de milliards d’euros, soit 1% du PIB, versées à 6,5 millions de ménages. Comme l’indique l’INSEE, les allocations logement sont la prestation sociale la plus redistributive, celle qui contribue le plus à réduire les inégalités de revenu. Le montant des allocations logement versées en France est équivalent à celui versé au Royaume-Uni, un autre pays qui souffre de la cherté des loyers.

Cependant, la technocratie de Bercy est persuadée qu’il est possible de faire des économies importantes là-dessus. Elle prétend que ce sont ces allocations qui feraient augmenter les loyers, alors que la moitié des bénéficiaires sont dans un logement social, que 90 % des autres ont maintenant un loyer supérieur au plafond des allocations. Ainsi Emmanuel Macron a-t-il déclaré : « La France dépense 40 milliards d’euros pour le logement. Nous avons 4 millions de mal-logés. Est-ce une politique efficace ? Non ». Il feint d’ignorer que les impôts sur le logement ont rapportés 62 milliards. Il ne met pas en cause les avantages fiscaux des investisseurs privés – avantages utilisés comme argument publicitaire par des officines de défiscalisation –, peu soucieux de satisfaire les besoins prioritaires. Le logement locatif privé ne peut résoudre le problème des mal-logés puisque les propriétaires sélectionnent les locataires, refusent les personnes à faibles revenus, en emplois précaires, sans caution familiale.

« Réduction des loyers de solidarité »

En 2017, le gouvernement a arbitrairement décidé d’une baisse de 5 euros par mois des allocations logement, sous prétexte de garantir le passage de la France sous la barre des 3% de déficit public. En 2018, il instaure une baisse de 50 euros des allocations pour les seuls locataires des HLM, sous le nom trompeur de « réduction des loyers de solidarité ». Par ailleurs, est annoncée la fin des allocations logement accession (qui facilitait l’accession à la propriété de familles modestes), la prise en compte du patrimoine des bénéficiaires dans le calcul des droits aux allocations, le gel de l’indexation des APL et la prise en compte des ressources de l’année courante. Mesures qui, au total, devraient lui permettre de réduire de 3,2 milliards les dépenses annuelles d’allocation logement d’ici 2022. D’un côté, les ménages les plus pauvres verront s’accroître leurs difficultés financières. De l’autre, les HLM doivent diminuer leurs loyers pour compenser la baisse de l’APL pour leurs locataires bénéficiaires. Cette baisse des ressources (1,7 milliards sur 2,6 de capacité d’autofinancement) pèse sur les sociétés d’HLM les plus pauvres, celles qui abritent les populations les plus défavorisées. Elle va nuire à leur capacité à entretenir et rénover les logements, en particulier du point de vue énergétique. Elle va freiner l’engagement des nouvelles constructions qui sont nécessaires pour améliorer la situation des 4 millions de mal-logés. C’est un coup direct contre les conditions de logement des familles les plus pauvres, qui nuit à leur capacité d’élever leurs enfants dans des conditions dignes.

Henri Sterdyniak, pour les Économistes Atterrés

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Pour défendre le salaire minimum

04 Janvier 2018 - 13:59
Comme chaque année, un groupe de cinq experts vient de se prononcer contre la revalorisation du SMIC.

Pire, ils demandent maintenant que soit remises en cause ses règles d’évolution, qui font que le SMIC est indexé sur l’inflation et que son pouvoir d’achat augmente comme la moitié de celui des ouvriers et employés. Ce n’est pas étonnant, le gouvernement choisit ses experts, qui se sont toujours prononcés contre le salaire minimum, contre le droit du travail, et même contre le débat en matière économique.

Cette mise en cause est particulièrement malvenue, quand l’Allemagne introduit un salaire minimum. Ensuite le Royaume-Uni augmente le sien, quand la France plaide pour l’harmonisation sociale en Europe.

Un salaire minimum de 60 % du salaire médian dans chaque pays éviterait la pression à la baisse sur les salaires par l’importation de travailleurs, immigrés ou détachés, sous-payés. Un niveau satisfaisant du salaire minimum valorise le travail et évite que certaines entreprises ne profitent trop de la situation de salariés en difficulté.

Le problème est que le salaire minimum est aujourd’hui contourné, par le travail rémunéré à la tâche et surtout par le pseudo auto-entreprenariat ; qu’il ne protège plus de la pauvreté en raison du développement du travail précaire, à temps partiel.

Faire payer les crises financières aux smicards

Qui peut croire que le SMIC nuit à la compétitivité alors qu’il ne concerne que 6 % des salariés de l’industrie, que son coût pour l’entreprise n’est que 37 % de celui du salaire moyen ? Quel est son poids par rapport à celui de la financiarisation (dividendes et salaires des hauts dirigeants) ?

La plupart des emplois au SMIC sont aujourd’hui des emplois de services indispensables. La hausse du SMIC ne va pas faire disparaitre le besoin de manutentionnaires, d’agents de nettoyage, de serveurs, d’aides-soignantes.

Faut-il supprimer le lien entre l’évolution du SMIC et celle du salaire moyen ? Très vite, le « SMIC » perdrait son rôle et l’écart des salaires se creuserait encore dans les entreprises.

Faut-il, comme le préconisent les experts, avoir la possibilité de faire payer aux smicards les crises financières induites par l’avidité des marchés financiers en réduisant encore la consommation des ménages ?

Les experts prétendent compenser la baisse du SMIC par la hausse de la prime d’activité.Comme si les contraintes financières imposées par l’Europe ne pesaient pas sur les dépenses sociales. Une fois le SMIC abaissé, l’argument « il faut que le travail paie » aboutira vite à la baisse du RSA. La France ne doit pas se donner comme objectif de baisser le niveau de vie des plus pauvres.

 

Henri Sterdyniak, économiste atterré.

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Pour défendre le salaire minimum

04 Janvier 2018 - 13:59
Comme chaque année, un groupe de cinq experts vient de se prononcer contre la revalorisation du SMIC.

Pire, ils demandent maintenant que soit remises en cause ses règles d’évolution, qui font que le SMIC est indexé sur l’inflation et que son pouvoir d’achat augmente comme la moitié de celui des ouvriers et employés. Ce n’est pas étonnant, le gouvernement choisit ses experts, qui se sont toujours prononcés contre le salaire minimum, contre le droit du travail, et même contre le débat en matière économique. Cette mise en cause est particulièrement malvenue, quand l’Allemagne introduit un salaire minimum, quand le Royaume-Uni augmente le sien, quand la France plaide pour l’harmonisation sociale en Europe. Un salaire minimum de 60 % du salaire médian dans chaque pays éviterait la pression à la baisse sur les salaires par l’importation de travailleurs, immigrés ou détachés, sous-payés. Un niveau satisfaisant du salaire minimum valorise le travail et évite que certaines entreprises ne profitent trop de la situation de salariés en difficulté. Le problème est que le salaire minimum est aujourd’hui contourné, par le travail rémunéré à la tâche et surtout par le pseudo auto-entreprenariat ; qu’il ne protège plus de la pauvreté en raison du développement du travail précaire, à temps partiel.

Faire payer les crises financières aux smicards
Qui peut croire que le SMIC nuit à la compétitivité alors qu’il ne concerne que 6 % des salariés de l’industrie, que son coût pour l’entreprise n’est que 37 % de celui du salaire moyen ? Quel est son poids par rapport à celui de la financiarisation (dividendes et salaires des hauts dirigeants) ? La plupart des emplois au SMIC sont aujourd’hui des emplois de services indispensables. La hausse du SMIC ne va pas faire disparaitre le besoin de manutentionnaires, d’agents de nettoyage, de serveurs, d’aides-soignantes.
Faut-il supprimer le lien entre l’évolution du SMIC et celle du salaire moyen ? Très vite, le SMIC perdrait son rôle et l’écart des salaires se creuserait encore dans les entreprises. Faut-il, comme le préconisent les experts, avoir la possibilité de faire payer aux smicards les crises financières induites par l’avidité des marchés financiers en réduisant encore la consommation des ménages ?
Les experts prétendent compenser la baisse du SMIC par la hausse de la prime d’activité, comme si les contraintes financières imposées par l’Europe ne pesaient pas sur les dépenses sociales. Une fois le SMIC abaissé, l’argument « il faut que le travail paie » aboutira vite à la baisse du RSA. La France ne doit pas se donner comme objectif de baisser le niveau de vie des plus pauvres.

Henri Sterdyniak, économiste atterré.

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Pour défendre le salaire minimum

04 Janvier 2018 - 13:59
Comme chaque année, un groupe de cinq experts vient de se prononcer contre la revalorisation du SMIC.

Pire, ils demandent maintenant que soit remises en cause ses règles d’évolution, qui font que le SMIC est indexé sur l’inflation et que son pouvoir d’achat augmente comme la moitié de celui des ouvriers et employés. Ce n’est pas étonnant, le gouvernement choisit ses experts, qui se sont toujours prononcés contre le salaire minimum, contre le droit du travail, et même contre le débat en matière économique. Cette mise en cause est particulièrement malvenue, quand l’Allemagne introduit un salaire minimum, quand le Royaume-Uni augmente le sien, quand la France plaide pour l’harmonisation sociale en Europe. Un salaire minimum de 60 % du salaire médian dans chaque pays éviterait la pression à la baisse sur les salaires par l’importation de travailleurs, immigrés ou détachés, sous-payés. Un niveau satisfaisant du salaire minimum valorise le travail et évite que certaines entreprises ne profitent trop de la situation de salariés en difficulté. Le problème est que le salaire minimum est aujourd’hui contourné, par le travail rémunéré à la tâche et surtout par le pseudo auto-entreprenariat ; qu’il ne protège plus de la pauvreté en raison du développement du travail précaire, à temps partiel.

Faire payer les crises financières aux smicards
Qui peut croire que le SMIC nuit à la compétitivité alors qu’il ne concerne que 6 % des salariés de l’industrie, que son coût pour l’entreprise n’est que 37 % de celui du salaire moyen ? Quel est son poids par rapport à celui de la financiarisation (dividendes et salaires des hauts dirigeants) ? La plupart des emplois au SMIC sont aujourd’hui des emplois de services indispensables. La hausse du SMIC ne va pas faire disparaitre le besoin de manutentionnaires, d’agents de nettoyage, de serveurs, d’aides-soignantes.
Faut-il supprimer le lien entre l’évolution du SMIC et celle du salaire moyen ? Très vite, le SMIC perdrait son rôle et l’écart des salaires se creuserait encore dans les entreprises. Faut-il, comme le préconisent les experts, avoir la possibilité de faire payer aux smicards les crises financières induites par l’avidité des marchés financiers en réduisant encore la consommation des ménages ?
Les experts prétendent compenser la baisse du SMIC par la hausse de la prime d’activité, comme si les contraintes financières imposées par l’Europe ne pesaient pas sur les dépenses sociales. Une fois le SMIC abaissé, l’argument « il faut que le travail paie » aboutira vite à la baisse du RSA. La France ne doit pas se donner comme objectif de baisser le niveau de vie des plus pauvres.

Henri Sterdyniak, économiste atterré.

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Enseignement supérieur : un peu d’ordre social…

01 Décembre 2017 - 11:06
Fin octobre. Le ministère de l’Enseignement supérieur et de la recherche a rendu sa copie concernant la réforme de l’entrée à l’université. Dès la rentrée prochaine, les étudiants se verront opposer différentes réponses à leurs vœux de poursuite d’étude.

Outre le fait d’être accepté directement, l’étudiant pourra recevoir deux autres réponses à ses demandes de formation : « oui-si », signifiant que son acceptation sera conditionnelle à l’inscription d’un parcours d’étude spécifique au préalable; « en attente », signifiant que l’étudiant a postulé dans une filière en tension et qu’il sera accepté en cas de désistement.

Comment appeler cette réforme autrement que par « sélection » ?

Rappelons qu’elle s’inscrit dans un contexte de cure d’austérité des établissements depuis que la Loi Pécresse de 2007. Cette dernière a consacré leur autonomie budgétaire. Le nombre d’enseignants- chercheurs ayant diminué et les infrastructures étant insuffisantes, les universités ne peuvent pas faire face au choc démographique étudiant.

La réponse du gouvernement n’a pas été d’augmenter (logiquement) les moyens alloués aux universités. Mais de faire le « tri » entre les étudiants.

CETTE RÉFORME ACCENTUERA LES INÉGALITÉS

Alors que l’enseignement supérieur se trouve traversé de toute part par les inégalités sociales – en termes de répartition des différentes catégories sociales par disciplines, par types d’établissement ou niveaux d’étude. Le constat est toujours le même, celui d’une reproduction et d’une légitimation de ces inégalités par le système scolaire.

Or, cette réforme ne fera que les accentuer.

Néanmoins  certains publics étudiants, les plus démunis scolairement et socialement, se verront ainsi opposer une barrière à l’entrée de certaines formations, renforçant de facto leur caractère inégalitaire. De nombreux travaux de recherche montrent qu’à résultats scolaires identiques, les élèves ne font pas les mêmes choix d’orientation en fonction de leur milieu social d’origine.

In fine, cette réforme conduira à une auto-sélection des étudiants pro- venant des milieux les plus modestes. Au-delà d’une hiérarchisation des filières, la réforme va, en introduisant la possibilité pour les établissements d’introduire des spécificités locales dans la définition des attendus, créer une polarisation entre établissements.

Penser qu’afficher les « attendus » par filière permettra à tous les étudiants d’avoir les mêmes capacités à s’orienter, c’est oublier les grandes inégalités socio-économiques et culturelles qui préexistent et qui ne feront que s’accentuer avec la politique actuelle.

 

Sabina Issehnane et Léonard Moulin, des Économistes atterrés

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Enseignement supérieur : un peu d’ordre social…

01 Décembre 2017 - 11:06

Fin octobre, le ministère de l’Enseigne- ment supérieur et de la recherche a rendu sa copie concernant la réforme de l’entrée à l’université. Dès la rentrée prochaine, les étudiants se verront opposer différentes réponses à leurs vœux de poursuite d’étude. Outre le fait d’être accepté directement, l’étudiant pourra recevoir deux autres réponses à ses demandes de formation : « oui-si », signifiant que son acceptation sera conditionnelle à l’inscription d’un parcours d’étude spécifique au préalable, et « en attente », signifiant que l’étudiant a postulé dans une filière en tension et qu’il sera accepté en cas de désistement. Comment appeler cette réforme autrement que par « sélection » ? Rappelons qu’elle s’inscrit dans un contexte de cure d’austérité des établissements depuis que la Loi Pécresse de 2007 a consacré leur autonomie budgétaire. Le nombre d’enseignants- chercheurs ayant diminué et les infrastructures étant insuffisantes, les universités ne peuvent pas faire face au choc démographique étudiant. La réponse du gouvernement n’a pas été d’augmenter (logiquement) les moyens alloués aux universités, mais de faire le « tri » entre les étudiants.

CETTE RÉFORME ACCENTUERA LES INÉGALITÉS

Alors que l’enseignement supérieur se trouve traversé de toute part par les inégalités sociales – en termes de répartition des différentes catégories sociales par disciplines, par types d’établissement ou niveaux d’étude –, le constat est toujours le même, celui d’une reproduction et d’une légitimation de ces inégalités par le système scolaire. Or, cette réforme ne fera que les accentuer. Certains publics étudiants, les plus démunis scolairement et socialement, se verront ainsi opposer une barrière à l’entrée de certaines formations, renforçant de facto leur caractère inégalitaire. De nombreux travaux de recherche montrent qu’à résultats scolaires identiques, les élèves ne font pas les mêmes choix d’orientation en fonction de leur milieu social d’origine. In fine, cette réforme conduira à une auto-sélection des étudiants pro- venant des milieux les plus modestes. Au-delà d’une hiérarchisation des filières, la réforme va, en introduisant la possibilité pour les établissements d’introduire des spécificités locales dans la définition des attendus, créer une polarisation entre établissements. Penser qu’afficher les « attendus » par filière permettra à tous les étudiants d’avoir les mêmes capacités à s’orienter, c’est oublier les grandes inégalités socio-économiques et culturelles qui préexistent et qui ne feront que s’accentuer avec la politique actuelle.

Sabina Issehnane et Léonard Moulin, des Économistes atterrés

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Enseignement supérieur : un peu d’ordre social…

01 Décembre 2017 - 11:06

Fin octobre, le ministère de l’Enseigne- ment supérieur et de la recherche a rendu sa copie concernant la réforme de l’entrée à l’université. Dès la rentrée prochaine, les étudiants se verront opposer différentes réponses à leurs vœux de poursuite d’étude. Outre le fait d’être accepté directement, l’étudiant pourra recevoir deux autres réponses à ses demandes de formation : « oui-si », signifiant que son acceptation sera conditionnelle à l’inscription d’un parcours d’étude spécifique au préalable, et « en attente », signifiant que l’étudiant a postulé dans une filière en tension et qu’il sera accepté en cas de désistement. Comment appeler cette réforme autrement que par « sélection » ? Rappelons qu’elle s’inscrit dans un contexte de cure d’austérité des établissements depuis que la Loi Pécresse de 2007 a consacré leur autonomie budgétaire. Le nombre d’enseignants- chercheurs ayant diminué et les infrastructures étant insuffisantes, les universités ne peuvent pas faire face au choc démographique étudiant. La réponse du gouvernement n’a pas été d’augmenter (logiquement) les moyens alloués aux universités, mais de faire le « tri » entre les étudiants.

CETTE RÉFORME ACCENTUERA LES INÉGALITÉS

Alors que l’enseignement supérieur se trouve traversé de toute part par les inégalités sociales – en termes de répartition des différentes catégories sociales par disciplines, par types d’établissement ou niveaux d’étude –, le constat est toujours le même, celui d’une reproduction et d’une légitimation de ces inégalités par le système scolaire. Or, cette réforme ne fera que les accentuer. Certains publics étudiants, les plus démunis scolairement et socialement, se verront ainsi opposer une barrière à l’entrée de certaines formations, renforçant de facto leur caractère inégalitaire. De nombreux travaux de recherche montrent qu’à résultats scolaires identiques, les élèves ne font pas les mêmes choix d’orientation en fonction de leur milieu social d’origine. In fine, cette réforme conduira à une auto-sélection des étudiants pro- venant des milieux les plus modestes. Au-delà d’une hiérarchisation des filières, la réforme va, en introduisant la possibilité pour les établissements d’introduire des spécificités locales dans la définition des attendus, créer une polarisation entre établissements. Penser qu’afficher les « attendus » par filière permettra à tous les étudiants d’avoir les mêmes capacités à s’orienter, c’est oublier les grandes inégalités socio-économiques et culturelles qui préexistent et qui ne feront que s’accentuer avec la politique actuelle.

Sabina Issehnane et Léonard Moulin, des Économistes atterrés

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Que veut-on vraiment pour l’agriculture bio en France ?

30 Octobre 2017 - 15:15

La demande est forte, il faut laisser jouer le marché pour arriver à des prix permettant de justes rémunérations » : c’est par cette idée – que lui a soufflée le secrétaire général de la FNSEA Jérôme Despey – que Stéphane Travert, actuel ministre de l’Agriculture, a justifié en septembre l’abandon du soutien de l’État au financement des aides au maintien de l’agriculture biologique. Le sort de celle-ci résulterait dès lors du seul arbitrage des conseils régionaux. Si l’idée d’arriver à de justes rémunérations apparaît louable, l’argument du marché apparaît en revanche comme une grosse ficelle. En effet, une majorité des agriculteurs de notre pays tire une part plus qu’importante de leur revenu des subsides de la politique agricole commune (PAC). En 2015, alors que 91 % des exploitations bénéficiaient au moins d’une subvention, 53 % des exploitations présentaient un résultat courant avant impôt négatif, niveau ramené à 15 % après subventions (1). Alors pourquoi viser ainsi l’agriculture bio ? Est-ce que cela coûte trop cher ? Est-ce inefficace ?

Patrimoine environnemental
Jusqu’alors, les aides à l’agriculture bio représentaient environ 160 millions d’euros par an (sur la période 2015-2020), à rapporter aux 9 milliards du budget total de la PAC sur la période. Pour la Fédération nationale de l’agriculture biologique (Fnab), plutôt que d’annoncer une baisse du soutien aux agriculteurs bio, il aurait au contraire été bienvenu de renforcer les moyens financiers afin de montrer l’importance des enjeux portés par cette filière, tant du point de vue écologique que du point de vue social.
De fait, ces aides se justifient tout d’abord au regard d’arguments techniques, celui des rendements, qui sont généralement inférieurs en agriculture bio, en particulier lors des phases de conversion. Mais, même dans l’hypothèse où les rendements atteints seraient comparables à ceux en agriculture conventionnelle, ce qui peut être rendu possible par la recherche d’économies d’échelle, l’utilisation de processus plus intensifs, une mécanisation accrue (objectifs par ailleurs dénoncés comme participant d’une dérive bio business et d’une « conventionalisation » de la bio), il reste un argument majeur pour légitimer la pérennisation des aides dans le temps : celui de la contribution positive de cette agriculture à la préservation du patrimoine environnemental. Que vaut cette contribution à l’écologie  ? Le gouvernement semble avoir tranché sans avoir entendu l’appel des organisations montées au créneau pour réclamer des moyens à la hauteur des ambitions.
1 – Agreste Primeur n°342-décembre 2016.

Mathieu Béraud,  des Économistes atterrés

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Que veux-t-on vraiment pour l’agriculture bio en France ?

30 Octobre 2017 - 15:15

La demande est forte, il faut laisser jouer le marché pour arriver à des prix permettant de justes rémunérations » : c’est par cette idée – que lui a soufflée le secrétaire général de la FNSEA Jérôme Despey – que Stéphane Travert, actuel ministre de l’Agriculture, a justifié en septembre l’abandon du soutien de l’État au financement des aides au maintien de l’agriculture biologique. Le sort de celle-ci résulterait dès lors du seul arbitrage des conseils régionaux. Si l’idée d’arriver à de justes rémunérations apparaît louable, l’argument du marché apparaît en revanche comme une grosse ficelle. En effet, une majorité des agriculteurs de notre pays tire une part plus qu’importante de leur revenu des subsides de la politique agricole commune (PAC). En 2015, alors que 91 % des exploitations bénéficiaient au moins d’une subvention, 53 % des exploitations présentaient un résultat courant avant impôt négatif, niveau ramené à 15 % après subventions (1). Alors pourquoi viser ainsi l’agriculture bio ? Est-ce que cela coûte trop cher ? Est-ce inefficace ?

Patrimoine environnemental
Jusqu’alors, les aides à l’agriculture bio représentaient environ 160 millions d’euros par an (sur la période 2015-2020), à rapporter aux 9 milliards du budget total de la PAC sur la période. Pour la Fédération nationale de l’agriculture biologique (Fnab), plutôt que d’annoncer une baisse du soutien aux agriculteurs bio, il aurait au contraire été bienvenu de renforcer les moyens financiers afin de montrer l’importance des enjeux portés par cette filière, tant du point de vue écologique que du point de vue social.
De fait, ces aides se justifient tout d’abord au regard d’arguments techniques, celui des rendements, qui sont généralement inférieurs en agriculture bio, en particulier lors des phases de conversion. Mais, même dans l’hypothèse où les rendements atteints seraient comparables à ceux en agriculture conventionnelle, ce qui peut être rendu possible par la recherche d’économies d’échelle, l’utilisation de processus plus intensifs, une mécanisation accrue (objectifs par ailleurs dénoncés comme participant d’une dérive bio business et d’une « conventionalisation » de la bio), il reste un argument majeur pour légitimer la pérennisation des aides dans le temps : celui de la contribution positive de cette agriculture à la préservation du patrimoine environnemental. Que vaut cette contribution à l’écologie  ? Le gouvernement semble avoir tranché sans avoir entendu l’appel des organisations montées au créneau pour réclamer des moyens à la hauteur des ambitions.
1 – Agreste Primeur n°342-décembre 2016.

Mathieu Béraud,  des Économistes atterrés

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Vers la financiarisation de l’action sociale ?

03 Octobre 2017 - 16:58

Le 6 septembre dernier, Emmanuel Macron a nommé Christophe Itier Haut commissaire à l’Économie sociale et solidaire. C’est encore un signe fort de l’orientation idéologique de ce gouvernement : sous le discours vide de la conciliation raisonnable d’intérêts divergents, l’objectif est d’étendre l’emprise des logiques financières et marchandes sur l’ensemble de la société.
M. Itier est présenté comme un spécialiste de l’« innovation sociale » dans le champ de l’ESS car il a été, durant sept ans, directeur d’une grosse association, « La sauvegarde du Nord », qui a signé
avec le gouvernement précédent un des quatre contrats à impact social (CIS). Ces contrats sont en fait des outils de financiarisation du monde associatif. Dans un contexte d’austérité permanente et de baisse du financement des associations, ils font appel à des financeurs privés (comme BNP Paribas, la Caisse des Dépôts, Renault Mobiliz Invest, AG2R La Mondiale et la Fondation Avril) à la recherche de rentabilité substantielle pour financer des actions traditionnellement étrangères à cette logique, car relevant de la solidarité et du lien social.

DES OBJECTIFS CHIFFRÉS
Alors, comment rendre rentable une action sociale initialement non marchande ? En « rationalisant » l’action sociale, c’est à dire en diminuant les coûts (salaires et charges de fonctionnement des associations), mais surtout en développant la marchandisation. Ainsi, le CIS signé par « La Sauvegarde du Nord » permet de financer une équipe « commando » de dix travailleurs sociaux dont l’objectif unique est de baisser le taux de placement d’enfants dans des familles d’accueil, car le placement est bien plus cher que le suivi dans leur famille (de 60 000 euros contre 3 000 euros par an). Si l’objectif est atteint, l’investisseur est remboursé avec un profit substantiel et la collectivité fait des économies sur les placements.
Mais, en quoi le SEUL objectif de baisse du taux de placement serait-il le bon critère pour la société sans autres considérations (situations des familles, intérêt de l’enfant, l’évolution économique
et sociale du territoire…) ? Ce CIS rend aveugle le travail social en le focalisant sur des objectifs chiffrés et réduits à des considérations économiques. Il ne manque plus que ces CIS, qui sont des titres de dettes, s’échangent sur les marchés financiers pour que la spéculation s’empare du travail social. On le voit, ces CIS sont des instruments de rationalisation quantitative du travail social. Ce dernier, déjà très fragilisé depuis quinze ans par la logique de mise en concurrence des appels à projets, risque de subir une ultime mutilation de sa portée sociale et politique. Mais n’est-ce pas cela, la visée idéologique des ces « innovations sociales » ?

Mireille Bruyère, des Économistes atterrés

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Vers la financiarisation de l’action sociale ?

03 Octobre 2017 - 16:58

Le 6 septembre dernier, Emmanuel Macron a nommé Christophe Itier Haut commissaire à l’Économie sociale et solidaire. C’est encore un signe fort de l’orientation idéologique de ce gouvernement : sous le discours vide de la conciliation raisonnable d’intérêts divergents, l’objectif est d’étendre l’emprise des logiques financières et marchandes sur l’ensemble de la société.
M. Itier est présenté comme un spécialiste de l’« innovation sociale » dans le champ de l’ESS car il a été, durant sept ans, directeur d’une grosse association, « La sauvegarde du Nord », qui a signé
avec le gouvernement précédent un des quatre contrats à impact social (CIS). Ces contrats sont en fait des outils de financiarisation du monde associatif. Dans un contexte d’austérité permanente et de baisse du financement des associations, ils font appel à des financeurs privés (comme BNP Paribas, la Caisse des Dépôts, Renault Mobiliz Invest, AG2R La Mondiale et la Fondation Avril) à la recherche de rentabilité substantielle pour financer des actions traditionnellement étrangères à cette logique, car relevant de la solidarité et du lien social.

DES OBJECTIFS CHIFFRÉS
Alors, comment rendre rentable une action sociale initialement non marchande ? En « rationalisant » l’action sociale, c’est à dire en diminuant les coûts (salaires et charges de fonctionnement des associations), mais surtout en développant la marchandisation. Ainsi, le CIS signé par « La Sauvegarde du Nord » permet de financer une équipe « commando » de dix travailleurs sociaux dont l’objectif unique est de baisser le taux de placement d’enfants dans des familles d’accueil, car le placement est bien plus cher que le suivi dans leur famille (de 60 000 euros contre 3 000 euros par an). Si l’objectif est atteint, l’investisseur est remboursé avec un profit substantiel et la collectivité fait des économies sur les placements.
Mais, en quoi le SEUL objectif de baisse du taux de placement serait-il le bon critère pour la société sans autres considérations (situations des familles, intérêt de l’enfant, l’évolution économique
et sociale du territoire…) ? Ce CIS rend aveugle le travail social en le focalisant sur des objectifs chiffrés et réduits à des considérations économiques. Il ne manque plus que ces CIS, qui sont des titres de dettes, s’échangent sur les marchés financiers pour que la spéculation s’empare du travail social. On le voit, ces CIS sont des instruments de rationalisation quantitative du travail social. Ce dernier, déjà très fragilisé depuis quinze ans par la logique de mise en concurrence des appels à projets, risque de subir une ultime mutilation de sa portée sociale et politique. Mais n’est-ce pas cela, la visée idéologique des ces « innovations sociales » ?

Mireille Bruyère, des Économistes atterrés

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Pouvoir d’achat : la réforme miracle

06 Septembre 2017 - 11:53

Emmanuel Macron et son gouvernement prétendent augmenter le pouvoir d’achat des actifs par une réforme miracle. La suppression des cotisations maladie et chômage des salariés (3,15 % actuellement) serait compensée par une hausse de 1,7 point de la CSG. Les salariés gagneraient donc 1,45 % de salaire brut, sans coût supplémentaire pour les entreprises et pour les finances publiques. Faut-il applaudir ?
Non, car la réforme met en cause le principe de l’assurance chômage. La suppression des cotisations des salariés permettra d’évincer les syndicats de la gestion de l’Unedic. Elle risque d’aboutir au remplacement des prestations chômage actuelles – droit des salariés ayant cotisé, proportionnelles au salaire perdu – par une prestation uniforme de faible montant. Les bénéficiaires de revenus du capital ne seront pas perdants, puisque le gouvernement prévoit au contraire de baisser à 30 % leur taux d’imposition (qui est aujourd’hui de l’ordre de 44 %, en ajoutant la CSG, les prélèvements sociaux et l’impôt sur le revenu).

BAISSE DRASTIQUE DES ALLOCATIONS CHÔMAGE
Aux non-salariés, le gouvernement a fait deux promesses contradictoires : d’une part, qu’ils auraient le même gain de pouvoir d’achat que les salariés, soit 1,45 % de leur revenu alors qu’ils ne paient pas actuellement de cotisations chômage ; d’autre part, qu’ils auraient droit à l’assurance chômage. Mais cela suppose que leur revenu supporte les mêmes cotisations que les salaires (soit les 1,7 point de CSG et les 4 points de cotisations sociales patronales), soit une perte de revenu de 5,7 %. Nul ne sait comment la contradiction sera résolue. Les perdants seront essentiellement les retraités (du moins les 60 % d’entre eux dont le revenu mensuel est supérieur à 1 330 euros) qui subiront une perte de revenu de 1,7 %. Déplaisante politique de déshabiller Pierre pour habiller Paul en essayant de culpabiliser les retraités. Ainsi, le ministre de l’Économie les exhorte à accepter ce sacrifice pour aider les actifs, comme si les retraités ne supportaient pas déjà, depuis de nombreuses années, l’absence de toute revalorisation du pouvoir d’achat de leurs pensions, de plus rognées par la montée en puissance de la CSG.
Globalement, le pouvoir d’achat des ménages ne devrait pas augmenter puisqu’il ne faut pas augmenter le déficit public : la hausse de la CSG est censée compenser la baisse des cotisations salariés… sauf que le projet n’est pas équilibré financièrement : 14 milliards de hausse de revenu pour les actifs et 2 milliards d’allocation chômage pour les non-salariés, contre 6 milliards prélevés sur les retraités. La face cachée du projet est que les 10 milliards manquants seront obtenus par une baisse drastique des allocations chômage.

Henri Sterdyniak,
des Économistes atterrés

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Le référendum d’entreprise contre la démocratie sociale

06 Juillet 2017 - 14:08
Recentrer le lieu de négociation là où l’employeur se trouve en position de force. Permettre à l’employeur de négocier directement avec les représentants du personnel. Faire sauter le « verrou » des syndicats.

Programmée pour être finalisée au cœur de l’été et imposée en bloc via la procédure des ordonnances, la refonte du droit du travail prévue par le gouvernement entend « rénover » le dialogue social en étendant le champ des accords d’entreprise. L’objectif est de permettre que l’accord d’entreprise puisse à la fois contourner les conventions collectives, redéfinir certaines caractéristiques du CDI (notamment les conditions de licenciement) et même modifier les contrats de travail, avec à la clé la possibilité pour les employeurs de licencier tout salarié refusant ces accords.

Le gouvernement prétend que libéraliser les accords d’entreprise permettra de développer le dialogue social au plus près de la relation employeurs-salariés. En réalité, il s’agit de recentrer le lieu de négociation là où, précisément, l’employeur se trouve en position de force.

En effet, dans de très nombreuses entreprises, notamment les PME, s’il existe des délégués du personnel, il n’existe pas de représentants syndicaux. Or, la loi impose que pour être valides ou soumis à référendum, les accords doivent non seulement être majoritaires, mais surtout signés par des organisations syndicales représentatives. Ainsi, pour éviter de défavoriser les PME, le gouvernement envisage de simplifier la procédure en permettant à l’employeur de négocier directement avec les représentants du personnel ou de recourir à des référendums d’initiative patronale.

Le salarié n’est pas souverain

Dans les deux cas, il s’agit de faire sauter le « verrou » des syndicats. Mais permettre l’usage du référendum sans validation syndicale serait une manière de pervertir gravement la démocratie sociale. D’abord parce qu’à la différence des délégués du personnel, les syndicats sont les garants d’un intérêt général qui dépasse les seuls intérêts des salariés de l’entreprise. Ensuite, parce qu’un référendum d’entreprise ne peut être assimilé à un référendum citoyen. En effet, le salarié n’est pas souverain mais dans un lien de subordination. Libre de licencier ou de décider de la fermeture d’un site, l’employeur pourra user du référendum comme d’un outil de chantage.

L’exemple de Smart démontre en effet que la consultation des salariés n’est pas une garantie de protection. En 2015, à la suite d’un référendum, les dirigeants étaient parvenus à faire accepter un retour aux 39h payés 37. L’opposition des syndicats les avait néanmoins contraint à négocier avec chaque salarié pour modifier individuellement les contrats de travail. Le projet gouvernemental permettrait de court-circuiter cette opposition syndicale en faisant passer des accords d’entreprises contre leur avis. Débarrassé des syndicats, le « dialogue social » risque alors de ressembler à un tête à tête de l’employeur avec lui-même.

David Cayla, des Économiste atterrés

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Sous la férule de l’oligarchie

01 Juin 2017 - 09:52

Sous la férule de l’oligarchie par Henri Sterdyniak, des Économistes Atterrés.
L’élection présidentielle de 2017 laisse un goût amer. Se sont affrontées au second tour deux conceptions inacceptables de l’évolution de notre société. D’un côté, le Front national qui veut détourner sur les immigrés les difficultés des victimes du capitalisme mondialisé. De l’autre, Emmanuel Macron, le symbole même de l’alliance entre la technocratie étatique et l’oligarchie financière. Son programme vise à imposer les réformes que demandent les classes dirigeantes : réécriture du droit du travail par ordonnances, baisse des impôts sur les revenus du capital, suppression de l’ISF, réduction des dépenses publiques, mise en cause de l’autonomie financière des communes, allègement de la régulation bancaire et des normes écologiques. La suppression des cotisations chômage des salariés, financée par les retraités, permettra d’expulser les syndicats de la gestion de l’assurance-chômage, de diminuer les allocations et, sous prétexte d’un meilleur contrôle, d’imposer aux chômeurs de se concurrencer pour des emplois sous-payés. La France s’engagera encore plus dans la stratégie européenne « austérité budgétaire/réformes structurelles », qui a échoué.

DES RÉFORMES QUE REFUSENT LES FRANÇAIS
Le nouveau discours dominant vante les jeunes entreprises innovantes sans s’interroger sur l’intérêt social ou écologique des prétendues innovations. Les préoccupations écologiques passeront au second plan derrière le choix de laisser les coudées franches aux chefs d’entreprise. Cette élection a mis en évidence les défauts de nos institutions bonapartistes. Avec 18 % des inscrits (score du premier tour) dont la moitié déclarent avoir voté pour lui sans adhérer à son programme, Emmanuel Macron et la technocratie vont pouvoir engager des réformes que refusent la majorité des Français. La stratégie alternative – s’engager résolument dans la transition écologique et sociale, donner plus de pouvoir aux citoyens et aux salariés – n’a pas réussi à émerger politiquement avec assez d’unité et de force. Ce sont les mouvements sociaux qui devront la promouvoir dans les années à venir par la mobilisation dans des combats syndicaux (défendre le droit du travail, exiger la participation des salariés aux choix de leurs entreprises…), économiques (boycotter les entreprises qui pratiquent l’évasion fiscale et les banques qui financent la spéculation…), sociaux (défendre la protection sociale, réclamer un revenu minimum garanti…), écologiques (organiser la transition énergétique, développer de nouveaux modes de production et de consommation, exiger des produits sobres et durables…) et citoyens (développer la démocratie participative…).

Henri Sterdyniak,
des Économistes Atterrés

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Macron et l’ISF  : banquier un jour, banquier toujours !

04 Avril 2017 - 12:54

Alors que l’échéance approche, les candidats progressivement dévoilent leurs programmes. Emmanuel Macron fut l’un des derniers à le faire. Sur un point, tout spécialement, il était attendu : qu’allait proposer cet ancien banquier en matière de finance ? Allait-il, comme on le lui suggérait de toutes parts, se démarquer de ses anciens confrères et ainsi couper court aux mauvaises langues qui le présentent comme le candidat de la finance ?

Une mesure emblématique permet d’en juger : celle relative à l’ISF (Impôt sur la Fortune). En apparence, dans le programme du candidat, l’ISF est maintenu. Mais si l’on regarde les choses de plus près, on découvre qu’il n’est maintenu que pour les seules parties de la fortune détenue en immeubles. En clair, et là est la nouveauté apportée par Macron, la détention d’actifs financiers (portefeuilles d’actions notamment) n’entre plus dans le champ de l’impôt. La justification avancée est qu’avec la détention d’actifs financiers, il s’agit « d’économie réelle » et que celle-ci ne doit pas « être pénalisée ». Ainsi, la détention d’actions par les riches particuliers qui placent une partie de leur fortune dans des Hedge Funds (fonds spécialisés dans les placements sur des produits exotiques à hauts risques et hauts rendements) est considérée comme faisant partie de « l’économie réelle ». Avec Macron, la détention de titres financiers et les spéculations les plus opaques auxquelles ils peuvent donner lieu seraient donc exclue de l’impôt payé au titre de l’ISF.

Carlos Gohsn peut remercier Macron

Sur ce sujet, Macron est un récidiviste. C’est en effet lui qui, en tant que ministre de l’ Économie, avait introduit la défiscalisation de la distribution gratuite d’actions. Motif avancé : ne pas pénaliser les start up. Seul problème : la mesure concerne aussi, et de fait bien davantage, les dirigeants du CAC 40. Ainsi la fameuse rémunération de Carlos Ghosn (plus de 16 millions d’euros en 2016) a largement bénéficié de cette mesure, puisqu’une grande partie de cette rémunération consistait en distribution gratuite d’actions.

« Banquier un jour, banquier toujours !» dit un dicton populaire. Ah ! comme on aurait aimé que Macron le fasse mentir !

Benjamin Coriat, économiste atterré

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Il n’est de richesses que d’hommes qui coopèrent

23 février 2017 - 18:10

Dans les Alpes maritimes, Mouans-Sartoux, 10 300 habitants et presque autant de membres actifs dans des associations, présente une dynamique originale dans la situation française, s’inscrivant dans une évolution soutenable. La petite commune, coincée entre Cannes et Grasse, a su échapper à son destin de cité-dortoir en s’appuyant sur son capital
social. Sous l’impulsion de son maire André Aschieri, elle s’est ainsi appropriée une nouvelle gestion collective de l’eau puis des Pompes funèbres et possède depuis peu un jardin (et un jardinier !) municipal qui fournit les cantines scolaires. Parallèlement, le réseau associatif très développé a permis de développer une offre culturelle hors norme pour une commune de cette taille. Pour dynamiser un territoire, et pour le faire de manière durable, la stratégie ne se limite pas à une politique industrielle créatrice d’emplois et respectueuse de l’environnement. Développer les réseaux, les normes, la confiance, qui vont faciliter la coordination et la coopération constitue ainsi une véritable politique territoriale s’appuyant sur le capital social local.

UNE RICHESSE IMMATÉRIELLE
Avec le capital humain, le capital social constitue la plus grande partie de la richesse des pays, bien plus que le capital produit. Cette richesse immatérielle participe ainsi autant au développement durable qu’au bien-être, et son rôle est particulièrement important dans les problématiques liées au changement climatique. L’étude de l’engagement de résidents de communautés locales, en Inde, dans des actions collectives visant à faire face à la vulnérabilité de leur territoire montre, ainsi, comment le capital social permet d’établir de nouveaux investissements dans les activités de développement et de gérer de manière efficace les glissements de terrain et autres menaces environnementales. Elinor Ostrom, première femme récipiendaire du prix Nobel d’économie en 2009, explique que le capital social, en instaurant la confiance entre individus et en développant des règles institutionnelles bien adaptées aux systèmes écologiques, est d’une importance cruciale pour gérer les ressources environnementales et pour résoudre les dilemmes sociaux, cela d’une façon plus efficace qu’une gestion centralisée.
Face aux crises sociales et écologiques, les propositions des économistes qui s’écartent de la doxa libérale consistent ainsi à développer la collaboration des acteurs locaux afin de rendre les territoires plus riches, d’améliorer leur capacité d’adaptation et d’atténuer leur vulnérabilité.

Anne Musson, des Économistes Atterrés

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