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Nos chroniques pour "L'âge de faire"

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Solidaire, social et écologique
Mis à jour : il y a 5 jours 9 heures

La transition écologique : une chance pour les jeunes et l’emploi

25 Mai 2013 - 17:47

Par Mireille Bruyère, Économiste atterrée

A l’heure où le chômage des jeunes bat des records en Europe (24 % des moins de 25 ans), les dirigeants annoncent vouloir faire de l’emploi des jeunes un « défi européen ». Le conseil européen de février dernier avait déjà proposé de mettre en place une « garantie pour l’emploi ». Il s’agit d’une aide aux régions afin qu’elles puissent proposer à chaque jeune européen sans travail ni formation depuis quatre mois une offre d’emploi, de formation ou de stage de qualité. Plus récemment, les ministres allemands et français du travail ont lancé une initiative visant à orienter les crédits de la Banque européenne d’investissement vers des entreprises s’engageant à embaucher des jeunes. Mais l’outil principal de la Commission européenne et de nombreux pays européens reste une politique générale de lutte contre le chômage, qui vise surtout le développement de la flexibilité de l’emploi et des salaires. Or nous savons que cette flexibilité ne réduit pas le taux de chômage : elle précarise les populations les plus fragiles comme les jeunes, les femmes et les non qualifiés.
L’alternative est de mettre en place des politiques dites de relance. Elles agissent au niveau macroéconomique et non au niveau du seul marché de l’emploi, et cherchent à augmenter la demande adressée aux entreprises en faisant croître les salaires et la dépense publique. On ne peut cependant se contenter d’une relance quantitative. La crise est aussi climatique, et les solutions pour en sortir doivent initier la transition écologique. Cela n’est pas une contrainte coûteuse, mais bien une chance, en particulier pour l’emploi des jeunes. L’association NégaWatt1 vient d’estimer l’impact sur l’emploi de son scénario 2011-2050 de transition écologique alliant la sobriété énergétique, l’efficacité et le développement des énergies renouvelables. Au total, ce scénario générerait 235 500 emplois de plus en 2020 par rapport à la poursuite des tendances actuelles, et 632  000  emplois en plus en 2050. Ces emplois seront une opportunité pour les jeunes qui sont pourvus, au contraire des salariés plus âgés et expérimentés, de compétences principalement générales, et donc transférables. Le solde positif de ce scénario est remarquable car il est obtenu non pas en cherchant des politiques de croissance économique, mais seulement en engageant la transition écologique. Cela rompt avec l’idée que la sortie de crise passera nécessairement par la croissance économique. La sortie de crise passera par la définition d’un nouveau projet de société alliant une meilleure répartition des richesses, une transition écologique et un renouveau démocratique, et dans ce projet les jeunes auront un rôle central. Peu importe si la mise en œuvre de ce projet conduit à la croissance économique ou pas.

Chypre : un paradis ruiné

06 Avril 2013 - 17:33



Par Henri Sterdyniak, économiste atterré

Avec la globalisation financière, des masses énormes de capitaux plus ou moins blanchis sont à la recherche d’une forte rentabilité, d’une faible taxation et du secret bancaire. Beaucoup de pays se sont donc trouvé une nouvelle vocation : devenir un paradis fiscal, bancaire et réglementaire.
C’est le cas surtout de petit pays qui cherchent à attirer les capitaux des riches des pays voisins, et qui ne répugnent pas à recevoir l’argent que les dictateurs sud-américains ou africains ont volé à leur peuple : le Lichtenstein, les îles anglo-normandes, le Luxembourg, la Suisse, mais aussi l’Irlande et les Pays-Bas, qui permettent aux firmes multinationales d’échapper à la réglementation de leur pays. Les milieux dirigeants des grands pays l’acceptent ; cela fait partie d’une sorte d’accord avec les plus riches et les grandes entreprises que de leur laisser cette possibilité. L’Europe aurait pu décider d’interdire à ses banques et à ses entreprises d’avoir des filiales et de déclarer des transferts de bénéfices et de redevances dans les paradis fiscaux. Elle ne l’a pas fait.
Chypre se rêvait, elle aussi, en paradis fiscal. Elle avait sa clientèle toute trouvée : les capitaux russes, issus du pillage qui a suivi la chute de l’URSS. Là aussi, les milieux dirigeants russes acceptaient que Chypre blanchisse et sécurise des masses énormes de capitaux. Malheureusement, les banquiers chypriotes n’ont pas eu de chance ou n’ont pas été habiles : ils ont perdu une grande partie des sommes qu’ils géraient en raison de la banqueroute de l’Etat grec, des difficultés des entreprises grecques, de la crise immobilière à Chypre elle-même.
Face à un tout petit pays, l’Europe a pu se montrer rigoureuse. Ce sont les actionnaires, les créanciers, les gros déposants, qui devront payer les pots cassés. Pas les citoyens européens. Dommage que la même règle ne se soit pas appliquée aux banques irlandaises, espagnoles, britanniques ou pour Dexia. Il est plus facile de mettre en cause le système financier de Chypre, que celui de la City. Mais l’Europe ne tire pas les leçons de cette nouvelle crise. Elle ne prend pas des mesures fortes contre les autres paradis européens ou exotiques.
Comme les Grecs, les Portugais, les Irlandais et les Espagnols, les Chypriotes devront se plier à un plan d’austérité rigoureux défini par la Troïka (BCE, Commission Européenne, FMI) ; ils devront réduire drastiquement leur protection sociale et leurs services publics. Ils sont partis pour plusieurs années de récession, de chômage de masse, de misère. Là aussi, l’Europe n’en tire aucune leçon. Il faut aider chaque pays à réduire fortement le poids de la finance ; à repenser son modèle productif pour préparer la transition écologique ; à axer son développement sur la satisfaction des besoins fondamentaux de sa population.

Complémentaire santé

04 Avril 2013 - 18:27


Une contribution de Nathalie Coutinet.

Généralisation de la complémentaire santé : une réelle avancée ? 

L’Accord national interprofessionnel (Ani) conclu entre le Medef et trois syndicats de salariés (CGC, CFTC et CFE-CGE) en janvier dernier débute par la généralisation de la couverture complémentaire des frais de santé à tous les salariés. Cette mesure fait partie des nouveaux droits, avec notamment les droits rechargeables à l’assurance chômage, ou le compte individuel de formation, en contrepartie desquels les salariés devraient accepter une plus grande flexibilité pour les employeurs. Cette mesure est-elle réellement une avancée sociale ?

DÉSENGAGEMENT DE L’ASSURANCE MALADIE
En 2009, 98 % des salariés ont une complémentaire santé, soit en souscrivant à des contrats individuels, soit grâce à des contrats collectifs accessibles par l’intermédiaire de leur entreprise (60 %). Ces chiffres cachent des disparités importantes selon les catégories socioprofessionnelles. Les cadres et les professions intermédiaires
non fonctionnaires ont un meilleur accès à ces contrats collectifs que les ouvriers non qualifiés et les employés du commerce. Enfin, la qualité de couverture des contrats varie fortement avec la taille de l’entreprise.
Ainsi, ce nouveau droit améliorera sûrement la situation de certains salariés en leur permettant d’accéder à des contrats collectifs qui offrent de meilleurs niveaux de couverture.
Cependant, 6 % de la population sont sans couverture complémentaire. Parmi ces 4 millions de personnes, on trouve surtout des inactifs, des chômeurs, des femmes au foyer, des retraités et des étudiants pour lesquels la généralisation de la complémentaire n’apportera aucune solution, d’autant que celle-ci s’inscrit dans un processus régulier de désengagement de l’assurance maladie dans le financement des dépenses de santé.
La généralisation de la couverture complémentaire santé augmente le risque de voir s’accélérer ce processus de désengagement engendrant une augmentation continue de la part à la charge des patients ou des complémentaires. Ainsi, pour réduire les dépenses de santé supportées par les organismes publics, différentes mesures telles que les participations forfaitaires et les franchises médicales, les déremboursements d’un nombre croissant de médicaments ou l’augmentation du forfait hospitalier augmentent la part financée par les patients.
Ces évolutions rendent le recours à une complémentaire de plus en plus nécessaire. A ceci, s’ajoutent les dépenses
de soins dentaires et d’optique traditionnellement peu, voire pas remboursées
par l’assurance maladie.
Au total, l’une des principales avancées sociales de cet accord concerne finalement un nombre relativement restreint de salariés et risque de permettre aux pouvoirs publics de poursuivre le désengagement de l’Etat dans le financement des dépenses de santé, désengagement qui pèsera plus particulièrement sur les retraités.

Smic : encore raté !

02 Mars 2013 - 13:47

Par Philippe Askenazy, chercheur au CNRS, co-fondateur des Economistes Atterrés

 

 

Le gouvernement avait lancé une réflexion sur la refonte de l’indexation du Smic. Las, la retouche ne sera que marginale. L’absence de coup de pouce en janvier révèle le statu quo concernant l’un des derniers outils dont dispose l’Etat –donc nous citoyens- pour influencer le travail.

En fait, le débat était mal parti. Tout d’abord, il est basé sur une vision erronée du monde. Le Smic n’est en rien une exception française. Bien au contraire, le salaire minimum tend à se généraliser dans les pays de l’OCDE, en premier lieu dans les pays qui souffrent des inégalités les plus profondes. Il est au cœur du débat social des futures élections allemandes. Le niveau du Smic n’est pas lui-même exceptionnel, globalement comparable à celui en vigueur au Royaume Uni. Son champ d’application non plus. Il est même plus restreint que dans certains Etats américains, chaque Etat pouvant fixer un salaire minimum propre plus favorable que le niveau fédéral. L’indexation du Smic est moins favorable que celle prévalant dans une dizaine d’Etats outre-Atlantique, où l’indice des prix utilisé donne un poids largement supérieur à celui retenu en France à l’envol des coûts de logement.

Le débat est surtout tronqué, se réduisant à un « arbitrage », jamais démontré, entre pouvoir d’achat et emploi. Le salaire minimum s’applique essentiellement à des emplois (féminins) de services non confrontés à la concurrence internationale. De fait, il n’y a pas plus de coiffeuses en Allemagne qu’en France alors que leur salaire est deux fois moindre ; il y a juste plus de coiffeuses pauvres outre-Rhin. Le salaire minimum est donc fondamentalement la valeur que la société donne à leur travail ; les lois le régissant dans le monde anglo-saxon parlent de « fair standard », de niveau « juste » pour contrebalancer la faiblesse du travailleur face à l’employeur. Il est grand temps qu’en France, le débat droitier sur la « valeur travail » laisse place à celui progressiste sur la « valeur du travail » de chacun(e).

 

Ani : un accord qui risque d’aggraver la précarité des salariés

02 Mars 2013 - 13:38

Sabina Issehnane, Université Paris XIII

 

 

L’Accord national interprofessionnel (Ani) signé le 11 janvier dernier par certains syndicats et le Medef est contesté par de nombreuses organisations syndicales et politiques. Quelles sont les raisons de cette contestation ? Cet accord est remis en cause pour deux raisons : d’une part, sa légitimité est contestée car signé par trois syndicats qui ne représentent qu’une minorité de salariés, et d’autre part son contenu risque d’aggraver la précarité des salariés et d’accentuer la flexibilité du travail.  Loin de fournir une analyse complète des 28 articles de cet accord, nous voulons ici en souligner quelques points qui remettent en cause le droit du travail et la protection de l’emploi. Dans un environnement économique difficile, c’est donc aux salariés de s’adapter en premier lieu.

Cet accord remet en cause la hiérarchie des normes. Autrement dit, il permet qu’un accord d’entreprise soit moins favorable que la convention collective et que la loi. Ainsi, afin de faire face à des difficultés conjoncturelles, « prévisibles ou déjà présentes », des accords dits de « maintien de l’emploi » peuvent être conclus afin de sauvegarder la sacro-sainte compétitivité des entreprises. Rien n’est dit sur les seuils à partir desquels on jugera qu’une entreprise est en difficulté ou non. Il sera alors possible, pour le salarié, de voir son salaire diminuer tout en travaillant plus longtemps, tout cela pour une période pouvant aller jusqu’à deux ans. Le salarié n’aura d’autres choix que d’accepter ou d’être licencié. L’entreprise se verra alors « exonérée des obligations légales et conventionnelles qui auraient résulté d’un licenciement collectif pour motif économique ». Cet accord prévoit aussi l’expérimentation d’un contrat de travail intermittent, avec une alternance de périodes travaillées et non travaillées. En outre, le recours et les procédures de licenciements collectifs pour motif économique seront simplifiés et raccourcis. Ils pourront être validés par un simple accord collectif signé par une partie des organisations syndicales. La France répond pleinement aux recommandations de la Commission européenne, dans le cadre de la stratégie « Europe 2020 », qui affirme qu’en France « la législation actuelle sur la protection de l’emploi reste trop stricte ». Elle recommande à la France d’alléger ces modalités, c’est chose faite avec cet accord.

Les salariés constituent la seule variable d’ajustement. Sous prétexte de crise économique, cet accord conduit à aggraver durablement leurs conditions de travail et d’emploi.

Vive la dépense publique !

02 février 2013 - 13:57

Par Christophe Ramaux – Université de Paris, auteur de L’Etat social pour sortir du chaos néolibéral
(Mille   et une nuit), membre des Economistes atterrés

 

La crise qui n’en finit pas est clairement celle du néolibéralisme. Finance libéralisée, libre-échange, austérité salariale et endettement privé des ménages : ce régime a explosé en 2007. Les néolibéraux sont pourtant à l’offensive. Ils prennent prétexte des conséquences de leur modèle – la hausse des dettes publiques et les différentiels de compétitivité (fruit de la concurrence sociale et fiscale mortifère entre pays de l’Union européenne elle-même) – pour aller plus loin dans l’application de leur politique.

La dépense publique est désignée comme une galeuse. Ce n’est pas nouveau : c’est sous un angle accusateur qu’elle est traditionnellement désignée et même nommée (« charges sociales », « prélèvements obligatoires »). L’idée communément répandue est la suivante : le public supposé improductif serait financé par un prélèvement sur le privé, ce qui étranglerait celui-ci, alors même qu’il créerait, seul, la richesse.

La dépense publique joue pourtant un rôle irremplaçable en termes de bien être social (population mieux formée, soignée, etc.), mais aussi, ce qui est moins connu, en termes de production et de revenu des ménages.

En France, elle s’élève à 1119 milliards d’euros (en 2011), soit 56 % du PIB. Mais cela ne signifie pas que « plus de la moitié de la richesse va aux fonctionnaires ».

Rien ne se perd

La moitié (576 milliards) est constituée de prestations sociales en espèces (retraites, allocations chômage et familiales, etc.) et en nature (remboursement des médicaments, des consultations, etc.) qui sont directement versées aux ménages. Et cela soutient leur dépense auprès du privé.

L’autre moitié sert principalement à payer les services publics non marchands. Tous les fonctionnaires contribuent au PIB au même titre que les travailleurs du privé. Mais leur production n’est pas vendue : elle est délivrée gratuitement (éducation, hôpital…). Or il faut bien la payer. L’impôt stricto sensu sert justement à cela, tout comme le prix sert à payer la production privée.

Au total, 42 % du revenu des ménages est constitué de prestations sociales ou de consommation de services publics individualisables (éducation, hôpital, etc.). En comptant les services publics non individualisables (police, justice, infrastructures…), on arrive à 46 %. Rien ne se perd.

Aux Etats-Unis, les prélèvements obligatoires sont plus faibles. Mais les prélèvements destinés au privé (fonds de pension, assurances privées…) sont plus élevés. Est-ce plus juste et plus efficace ? Clairement non : ce pays dépense bien plus pour la santé (18 % du PIB) que la France (13 %), pour des performances médicales moindres.

Pour sortir (enfin !) de la crise du néolibéralisme, il faut réhabiliter l’Etat social.

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