D’autres politiques économiques sont possibles

Adhérer

SMIC, encore raté!

Le gouvernement avait lancé une réflexion sur la refonte de l’indexation du Smic. Mais la retouche ne sera que marginale.

L’absence de coup de pouce en janvier révèle le statu quo concernant l’un des derniers outils dont dispose l’Etat–donc nous citoyenspour influencer le travail.
En fait, le débat était mal parti. Tout d’abord, il est basé sur une vision erronée du monde. Le Smic n’est en rien une exception française. Bien au contraire, le salaire minimum tend à se généraliser dans les pays de l’OCDE, en premier lieu dans les pays qui souffrent des inégalités les plus profondes. Il est au coeur du débat social des futures élections allemandes.
Le niveau du Smic n’est pas lui-même exceptionnel, globalement comparable à celui en vigueur au Royaume Uni. Son champ d’application non plus. Il est même plus restreint que dans certains états américains, chaque état pouvant fixer un salaire minimum propre plus favorable que le niveau fédéral. L’indexation du Smic est moins favorable que celle prévalant dans une dizaine d’Etats outre-Atlantique, où l’indice des prix utilisé donne un poids largement supérieur à celui retenu en France, à l’envol des coûts de logement.
Le débat est surtout tronqué, se réduisant à un « arbitrage », jamais démontré, entre pouvoir d’achat et emploi. Le salaire minimum s’applique essentiellement à des emplois (féminins) de services non confrontés à la concurrence internationale. De fait, il n’y a pas plus de coiffeuses en Allemagne qu’en France alors que leur salaire est deux fois moindre ; il y a juste plus de coiffeuses pauvres outre-Rhin. Le salaire minimum est donc fondamentalement la valeur que la société donne à leur travail ; les lois le régissant dans le monde anglo-saxon parlent de « fair standard», de niveau « juste » pour contrebalancer la faiblesse du travailleur face à l’employeur. Il est grand temps qu’en France, le débat droitier sur la « valeur travail » laisse place à celui progressiste sur la « valeur du travail » de chacun(e).