D’autres politiques économiques sont possibles

Adhérer

Alors que les banques viennent de finaliser pour leur plus grand avantage, leur autorégulation, via les accords de Bâle 3, un groupe d'économistes veut faire entendre une autre petite musique. Dans ce manifeste que nous publions ci-dessous, ils dénoncent les fausses évidences qui sont à l'origine de la crise et qui demeurent aujourd'hui encore l'alpha et l'oméga des politiques économiques. Un manifeste qui est aussi une pétition…

Ils ne sont pas énervés. Le terme aurait donné sans doute un peu trop dans la phraséologie « gauchiste». Ils sont simplement « atterrés » par la (non) qualité du débat économique. Philippe Askenazy, Thomas Coutrot, André Orléan et Henri Sterdyniak, les quatre chercheurs à l’origine de la pétition intitulée « Manifeste d’économistes atterrés » ont donc pondu un texte qui liste en 10 points « les fausses évidences économiques (qui) inspirent des mesures injustes et inefficaces ».
Comme la première d’entre elles, « l’efficience des marchés », toutes ont été érigées en quasi loi de la physique, et fondent, selon eux, une pratique politique qui a montré son échec avec la crise de 2007-2008. Pire, cette « orthodoxie libérale » s’applique avec « une vigueur renouvelée » depuis, inspirant aujourd’hui les plans de rigueur, comme hier les « ajustements structurels » et autres déréglementations.

C’est sous l’égide de l’Afep (rien à voir avec l’association française des entreprises privées, le lobby des multinationales hexagonales, avec qui elle a en partage le même sigle) que ce texte a été élaboré. L'Association française d’économie politique, présidée par André Orléan entend dénoncer, au travers de ce texte, le pouvoir de la finance. Pour les signataires, ce pouvoir est la matérialisation sociale, donc le produit des schémas de pensée qui orientent les politiques économiques depuis trente ans.

Cet hyper-pouvoir, par nature a-démocratique, ce même Orléan l’avait déjà identifié, il y a une dizaine d’années avec son livre « le Pouvoir de la finance » (Odile Jacob). Le professeur y décrivait déjà tous les éléments constitutifs d’une crise financière qui s’est finalement matérialisée avec l’explosion d’une de ses composantes pourtant marginales, les subprimes. Les quatre économistes ne se limitent cependant pas à identifier dix fausses évidences. Ils livrent également 22 contre-propositions qu’ils souhaitent mettre en débat. Si ces 22 mesures ne sauraient« constituer un programme alternatif », ainsi que l’affirme, très précautionneusement le texte, elles en ont pourtant la portée, tant d’un point de vue technique que politique. On aimerait bien connaître le sentiment de Martine Aubry ou d'Eva Joly sur ce squelette programmatique.

D’ailleurs en conclusion le manifeste cache moins bien son ambition : « Mettre en débat la politique économique, tracer des chemins pour refonder l’Union européenne. » Il s’agit pour eux de faire du judo : s’appuyer sur la nécessaire remise en cause du pouvoir de la finance pour redonner un projet politique à l’Europe. Bref « dégager les États de l’étreinte des marchés financiers. C’est seulement ainsi que le projet de construction européenne pourra espérer retrouver une légitimité populaire et démocratique qui lui fait aujourd’hui défaut. » Et ils ont même une petite idée sur le modus operendi. Pour eux, « il n’est pas réaliste d’imaginer que 27 pays décideront en même temps », ils poussent donc à une « refondation de l’Union européenne (qui) passera elle aussi au début par un accord entre quelques pays. »

Approfondissement plutôt qu’élargissement, et remise sur l’ouvrage des coopérations renforcées…

De vraies idées, un vrai projet: le manifeste vaut assurément le détour.